Sociologue des nouvelles spiritualités
Par Régis Dericquebourg
Témoin de Jéhovah. Encyclopédie catholicisme.Les Témoins de Jéhovah sont réunis dans une organisation qui s’appelle officiellement : La société de la Tour de Garde. Celle-ci est issue d’un schisme qui s’est produit en 1918 à l’intérieur du mouvement des Étudiants de la Bible constitué légalement aux États-Unis en 1884 par Charles Taze Russell, le fils d’un riche commerçant d’Alleghany élevé dans une l’Eglise presbytérienne, puis converti à l’Adventisme avant de fonder son propre groupe religieux. Son enseignement consigné dans les six volumes des Études dans les Écritures est essentiellement centré sur l’attente de la fin des temps dont la conception est originale : un conflit mondial entre le Travail et le Capital abolira tous les systèmes politiques et sociaux existants et débouchera sur le retour du Christ et le rétablissement du paradis terrestre. Après son décès, en 1916, le mouvement des Étudiants de la Bible a été dirigé par Joseph Franklin Rutherford (1869-1942).
Par Régis Dericquebourg
L’antoinisme est une religion de guérison implantée essentiellement en France et en Belgique, fondée par Louis Antoine. (7 juin 1846, Mons-Crotteux, Belgique – 25 juin 1912, Jemeppe-sur-Meuse, Belgique).
Ce dernier, issu d’ une famille catholique très modeste de la région de Mons (Belgique), a été houilleur puis métallurgiste. A quarante-deux ans, déçu par un prêtre qui ne fournit pas de réponses à ses questions existentielles, il s’initie au spiritisme et fonde un groupe spirite d’obédience kardeciste dont il devient la figure de proue. En pratiquant la médiumnité, il se découvre un don de guérison. Il écrit quelques opuscules destinés à faire connaître le spiritisme autour de lui. Peu à peu, il se démarque de ce dernier pour élaborer sa propre doctrine qu’il appelle l’enseignement moral puis le nouveau spiritualisme. Cette théodicée est contenue dans trois ouvrages : La Révélation d’Antoine le Généreux (1909), Le Couronnement de l’œuvre révélée (1909) et Le Développement de l’enseignement du Père (1910).
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Conférence prononcée à Genève – 2003
Par Régis Dericquebourg
En France, les rapports entre les religions et l’État sont soumis au principe de la laïcité. Ceci est le résultat d’une histoire qui selon la sociologue J. Baubérot est marquée par deux étapes.
Le premier fut le concordat. Voté le 8 avril 1802, il s’agissait d’ une convention entre le Pape et le gouvernement français. Dans cette convention, le catholicisme est reconnu comme la religion de la majorité des français et non plus comme la religion de l’État mais le pluralisme religieux est fondé en droit puisque deux tendances du protestantisme et, en 1808, le judaïsme sont reconnus dans une France qui, du point de vue religieux, se définissait comme catholique.
Dans les faits, le concordat a établi le régime des cultes reconnus qui sont à l’époque : le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme. D’autre part, le législateur reconnaissait à la religion une mission de service public bien que l’État et la société ne faisaient plus cause commune, chacun pouvant proposer une morale concurrente.
Le régime du concordat a duré un peu plus d’un siècle avant d’être remplacé par la loi de 1905 préparée sous la poussée des associations de libres-penseurs. Elle marque le seconde étape du processus de la laïcité.
Par Régis Dericquebourg
L’objet de cette consultation est de faire le point sur la Scientologie d’un point de vue sociologique.
La question posée est : la Scientologie est-elle une religion ? Et si oui, quel type de religion ?
Nous tenterons d’apporter des éléments de réponse. Nous décrirons aussi quelques aspects de la Scientologie telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui.
Le texte que nous avons rédigé est le fruit d’une étude de l’Eglise de Scientologie qui se poursuit. Elle a aboutit à quelques articles et à quelques contributions dans des colloques.
Notre présentation n’est ni polémique, ni apologétique.
Cette consultation ne peut donner lieu à un débat de fond sur la définition de religion. On peut toutefois s’accorder comme l’a fait Bryan Wilson sur un nombre minimum de caractéristiques que l’on trouve dans la plupart des religions. Il s’agit en somme d’une définition utile. Nous n’ignorons pas que cette perspective écarte provisoirement le débat sur la définition de religion que les nouvelles formes de religion imposent.
Par Régis Dericquebourg
L’homosexualité comme phénomène social in L’homosexuel(les) dans les sociétés civiles et religieuses, Strasbourg, Cerdic publication, 1985. pp 145-163.Il peut paraître étrange de présenter l’homosexualité comme un phénomène social. En effet, l’orientation dans le choix sexuel apparaît d’abord comme un phénomène psychologique personnel. Hesnard la définit de ce point de vue. « L’homosexualité consiste en une attirance érotique, préférentielle ou absolue, envers un partenaire sexuel de son propre sexe » et Haverlock Ellis, dans le chapitre : « L’inversion sexuelle» (1), débat de la question de l’orientation personnelle comme l’ont fait plus tard Hesnard dans sa Psychologie homosexuelle (2) et en partie H. Giese dans L’homosexualité de l’homme (3). Le problème étant celui des causes, différentes selon les auteurs. Mais en dehors du cas d’abstinence sexuelle, l’homosexuel a affaire à l’autre comme partenaire ou comme homophobe et, si l’on veut bien considérer que l’unité de base des phénomènes sociaux est le lien social ou l’interaction même, on fait entrer l’homosexualité dans l’ordre des phénomènes sociaux. Il n’est donc pas nécessaire d’inventer l’homosexualité en tant que réalité sociale, comme le fit Durkheim à propos du suicide lorsqu’il montre qu’un fait individuel isolé est aussi, au regard du sociologue, un fait social. Il suffit simplement de concevoir qu’il donne lieu à une multiplication d’interactions sociales. De toute façon, un fait individuel peut aussi être un fait collectif comme le montre S. Freud dans sa Psychologie collective et analyse du moi (4), lorsqu’il détruit l’idée qu’il existe une opposition profonde entre une psychologie collective et une psychologie individuelle en ces termes :
Par Par Régis Dericquebourg
Paru dans : Croyances et Sociétés, (Bertrand Ouellet et Richard Bergeron. Ed., Montréal, Fides, 1998. Pp. 79-102.Je me propose simplement de planter le décor d’une «guerre aux sectes» qui a lieu en France. Celle-ci a commencé il y a plus de 20 ans à l’initiative des groupes anti-sectes et elle a été relayée par une nébuleuse d’opposants aux groupes religieux minoritaires.
On l’a maintes fois signalé : la France fait exception dans la lutte contre les groupes religieux minoritaires. En effet, alors qu’en Occident celle-ci marque le pas (avec notamment la dissolution du CAN américain), elle reste vive en France et elle prend même actuellement de l’ampleur.
En présentant une série de constats, je privilégie la description. Je m’appuie sur une expérience de terrain vieille de 20 ans. J’ai utilisé des documents accumulés au fil des ans comme les décisions de justice, comme les articles de presse découpés par mes soins ou reçus de divers groupes religieux et conservés pour le cas où un étudiant voudrait bien faire une analyse de contenu sur la presse et les groupes religieux minoritaires.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Politico HermeticaDans nos travaux précédents, nous avons isolé un sous-ensemble du champ religieux minoritaire que nous avons appelé : mouvements religieux à vocation thérapeutique, Eglises de guérison ou tout simplement de religions de guérison(1). Ces dernières ont la particularité de placer au centre de leurs préoccupations le traitement spirituel de la maladie alors que dans les autres confessions les préoccupations de santé, quand elles sont présentes, ne sont que périphériques. Parmi ces dernières, nous pouvons citer l’exemple de l’Eglise catholique qui a des dévotions aux saints guérisseurs, des pèlerinages, des messes, une onction pour les malades mais ceux-ci restent secondaires par rapport à la recherche du salut de l’âme. Les premières rassemblent de multiples groupes religieux comme l’Antoinisme, la Science Chrétienne, Invitation à la Vie et l’Alliance universelle (dans la filiation des « disciples du Christ de Montfavet » . Dans chacun d’eux, nous trouvons la présence d’une religiothérapie qui passe par l’administration de médications spirituelles. Les religions à vocation thérapeutique fournissent aux sociologues un corpus d’interrogations très riche. L’une d’elles porte évidemment sur la fréquentation de ce type de religion dans une société où une médecine officielle à vocation scientifique s’est imposée et n’est plus fondamentalement remise en cause .
Par Régis Dericquebourg
Paru dans la revue française de pschanalyse 3/1997 p.965 – 979.Les liens entre les croyances, la maladie et la santé sont anciens. Nous constatons qu’ils perdurent dans les sociétés où la médecine biologique s’est imposée.
Dans l’Antiquité grecque, les soins étaient placés sous les auspices d’Asclépias, dieu de la médecine, devenu Esculape chez les Romains Dans certaines sociétés traditionnelles, les chamans et les medecine-men, après avoir atteint l’extase par divers procédés, exorcisent les patients et se rendent aux enfers pour arracher l’âme des malades aux Esprits ou aux démons. Ils la réintègrent ensuite car la maladie est attribuée à une perte d’âme. La cure de ces thérapeutes passe donc par un contact avec le surnaturel et peut être considérée comme magico-religieuse. Les spiritualités asiatiques, bouddhisme et hindouisme, proposent une extinction des souffrances et développent une médecine liée à leurs doctrines. Chez les protestants, les pasteurs peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. On connaît le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières (1) pour les malades ainsi que les dévotions populaires dans le catholicisme.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Plat Pays, numéro spécial « Iconoclasme, Hérétiques, Érasme », Lille, N° 6, Association des néerlandisants de France, 1987.Tous les chrétiens vivent dans l’espérance du retour du Christ à la fin des temps mais tous ne l’attendent pas de la même façon.
Selon les Évangiles, la venue du sauveur sera précédée de catastrophes et de calamités. Elle sera également devancée par les agissements de l’antichrist, figure du démon, qui séduira les hommes et qui martyrisera tous ceux qui se rangeront du côté de Dieu. Durant ces prémisses, le Christ conduira contre ce personnage maléfique un combat victorieux à l’issue duquel l’histoire de l’humanité prendra fin pour céder la place au Royaume divin où entreront les « bons » pour une éternité de paix et de bonheur. Les méchants, quant à eux seront éliminés.
J’ai été psychologue clinicien hospitalier pendant dix ans. J’exerce la profession de Maître de conférences en psychologie sociale et clinique à l’université Charles De Gaulle-Lille3. Je suis membre statutaire d’un laboratoire de recherche du CNRS. J’étudie le phénomène des sectes depuis 1975, année où j’ai commencé ma thèse sur les Témoins de Jéhovah sous la direction de M. Jean Séguy. Je suis ensuite passé à l’étude des Églises de guérison (celles qui pratiquent le traitement spirituel des maux physiques et psychiques). J’ai passé une habilitation à diriger des recherches sur ce thème qui m’occupe toujours.
J’ai été conduit à m’intéresser à la polémique sur les sectes car je voyais mon nom cité comme apologiste des sectes ou comme membre de tel ou tel mouvement religieux. En lisant des sites internet ou en prenant connaissance de propos tenus à mon égard, j’ai appris que j’étais scientologue, ce que j’ignorais. Je dépose régulièrement une plainte en diffamation contre X pour cette accusation. J’appartiens au conseil d’administration de Human Right Without Frontiers int. J’ai publié religions de guérison au Cerf, Croire et guérir chez Dervy, Les Antoinistes chez Brépols et la Christian Science chez Elledici (Italie). Je suis auteur de nombreux articles parus dans des revues scientifiques et j’ai participé à de nombreuses conférences dans des colloques nationaux et internationaux.
R.D. : Le mot secte a un sens précis en sociologie depuis Troeltsch et Max Weber. Il correspond à un type de mouvement qui possède certaines caractéristiques. Des sociologues ont préféré l’expression : Nouveaux mouvements religieux pour éviter le mot secte considéré comme péjoratif et peut-être pour insister sur la nouveauté supposée de certains mouvements. Des sectes nées au 19 me siècle ont ainsi été baptisées : nouveaux mouvements religieux alors qu’elles se situaient parfois dans la veine millénariste de l’effervescence religieuse du Moyen Age. La nouveauté est dans la tête de ceux qui ne connaissent pas l’histoire religieuse et qui trouvent que tout est nouveau. On peut prendre un exemple : le raëlisme qualifié de nouveau reprend le mythe du Cargo-cults (Ils attendent les êtres venus d’une autre planète qui apporteront une science beaucoup plus avancée que la nôtre pour guérir et donner l’immortalité comme certains peuples attendaient des bateaux blancs qui apporteraient la richesse). Il reprend des idées platoniciennes sur le gouvernement des hommes) ainsi que la vieille thèse de la plausibilité des mondes habités. On pourrait aller plus loin dans la recherche des légendes de base ou des théodicées anciennes sur lesquelles sont fondés des dits NMR. Comme le disait un collègue anglais, on peut se demander si on n’a pas affaire à du vieux vin dans de nouvelles outres. Placer tout les mouvements sous l’étiquette de « sectes » ou de nouveaux mouvements religieux montre simplement que l’on ne connaît pas les typologies proposées par les sociologues : Eglise, secte, dénomination, groupes métaphysiques, « cults » (impossible à traduire). J’ai proposé de placer ces types sous l’expression générique : groupe religieux minoritaires dans un cahier déjà ancien (1992) du bulletin « Mouvements religieux » dirigé par Bernard Blandre. Cette appellation n’est pas une panacée mais elle met l’accent sur la mentalité de minoritaire en religion. Toutefois, je tiens à la notion de secte qui est utile pour qualifier certains mouvements et, pour moi, ce n’est pas péjoratif. Certains proposent actuellement l’expression « groupes religieux controversés ». Cela ne les distingue en rien de toutes les Églises, de tous les partis politiques, de toutes les institutions financières et industrielles qui sont controversés. Pour certains l’Eglise catholique est controversé en raison des actes pédophiles commis par quelques ecclésiastiques, qui ne représentent pas toute l’Eglise. On sait que la franc-maçonnerie a été controversée à cause de scandales financiers commis par quelques francs-maçons avérés ou supposés.
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