Sociologue des nouvelles spiritualités
Par Par Régis Dericquebourg
Paru dans : Croyances et Sociétés, (Bertrand Ouellet et Richard Bergeron. Ed., Montréal, Fides, 1998. Pp. 79-102.Je me propose simplement de planter le décor d’une «guerre aux sectes» qui a lieu en France. Celle-ci a commencé il y a plus de 20 ans à l’initiative des groupes anti-sectes et elle a été relayée par une nébuleuse d’opposants aux groupes religieux minoritaires.
On l’a maintes fois signalé : la France fait exception dans la lutte contre les groupes religieux minoritaires. En effet, alors qu’en Occident celle-ci marque le pas (avec notamment la dissolution du CAN américain), elle reste vive en France et elle prend même actuellement de l’ampleur.
En présentant une série de constats, je privilégie la description. Je m’appuie sur une expérience de terrain vieille de 20 ans. J’ai utilisé des documents accumulés au fil des ans comme les décisions de justice, comme les articles de presse découpés par mes soins ou reçus de divers groupes religieux et conservés pour le cas où un étudiant voudrait bien faire une analyse de contenu sur la presse et les groupes religieux minoritaires.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Politico HermeticaDans nos travaux précédents, nous avons isolé un sous-ensemble du champ religieux minoritaire que nous avons appelé : mouvements religieux à vocation thérapeutique, Eglises de guérison ou tout simplement de religions de guérison(1). Ces dernières ont la particularité de placer au centre de leurs préoccupations le traitement spirituel de la maladie alors que dans les autres confessions les préoccupations de santé, quand elles sont présentes, ne sont que périphériques. Parmi ces dernières, nous pouvons citer l’exemple de l’Eglise catholique qui a des dévotions aux saints guérisseurs, des pèlerinages, des messes, une onction pour les malades mais ceux-ci restent secondaires par rapport à la recherche du salut de l’âme. Les premières rassemblent de multiples groupes religieux comme l’Antoinisme, la Science Chrétienne, Invitation à la Vie et l’Alliance universelle (dans la filiation des « disciples du Christ de Montfavet » . Dans chacun d’eux, nous trouvons la présence d’une religiothérapie qui passe par l’administration de médications spirituelles. Les religions à vocation thérapeutique fournissent aux sociologues un corpus d’interrogations très riche. L’une d’elles porte évidemment sur la fréquentation de ce type de religion dans une société où une médecine officielle à vocation scientifique s’est imposée et n’est plus fondamentalement remise en cause .
Par Régis Dericquebourg
Paru dans la revue française de pschanalyse 3/1997 p.965 – 979.Les liens entre les croyances, la maladie et la santé sont anciens. Nous constatons qu’ils perdurent dans les sociétés où la médecine biologique s’est imposée.
Dans l’Antiquité grecque, les soins étaient placés sous les auspices d’Asclépias, dieu de la médecine, devenu Esculape chez les Romains Dans certaines sociétés traditionnelles, les chamans et les medecine-men, après avoir atteint l’extase par divers procédés, exorcisent les patients et se rendent aux enfers pour arracher l’âme des malades aux Esprits ou aux démons. Ils la réintègrent ensuite car la maladie est attribuée à une perte d’âme. La cure de ces thérapeutes passe donc par un contact avec le surnaturel et peut être considérée comme magico-religieuse. Les spiritualités asiatiques, bouddhisme et hindouisme, proposent une extinction des souffrances et développent une médecine liée à leurs doctrines. Chez les protestants, les pasteurs peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. On connaît le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières (1) pour les malades ainsi que les dévotions populaires dans le catholicisme.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Plat Pays, numéro spécial « Iconoclasme, Hérétiques, Érasme », Lille, N° 6, Association des néerlandisants de France, 1987.Tous les chrétiens vivent dans l’espérance du retour du Christ à la fin des temps mais tous ne l’attendent pas de la même façon.
Selon les Évangiles, la venue du sauveur sera précédée de catastrophes et de calamités. Elle sera également devancée par les agissements de l’antichrist, figure du démon, qui séduira les hommes et qui martyrisera tous ceux qui se rangeront du côté de Dieu. Durant ces prémisses, le Christ conduira contre ce personnage maléfique un combat victorieux à l’issue duquel l’histoire de l’humanité prendra fin pour céder la place au Royaume divin où entreront les « bons » pour une éternité de paix et de bonheur. Les méchants, quant à eux seront éliminés.
J’ai été psychologue clinicien hospitalier pendant dix ans. J’exerce la profession de Maître de conférences en psychologie sociale et clinique à l’université Charles De Gaulle-Lille3. Je suis membre statutaire d’un laboratoire de recherche du CNRS. J’étudie le phénomène des sectes depuis 1975, année où j’ai commencé ma thèse sur les Témoins de Jéhovah sous la direction de M. Jean Séguy. Je suis ensuite passé à l’étude des Églises de guérison (celles qui pratiquent le traitement spirituel des maux physiques et psychiques). J’ai passé une habilitation à diriger des recherches sur ce thème qui m’occupe toujours.
J’ai été conduit à m’intéresser à la polémique sur les sectes car je voyais mon nom cité comme apologiste des sectes ou comme membre de tel ou tel mouvement religieux. En lisant des sites internet ou en prenant connaissance de propos tenus à mon égard, j’ai appris que j’étais scientologue, ce que j’ignorais. Je dépose régulièrement une plainte en diffamation contre X pour cette accusation. J’appartiens au conseil d’administration de Human Right Without Frontiers int. J’ai publié religions de guérison au Cerf, Croire et guérir chez Dervy, Les Antoinistes chez Brépols et la Christian Science chez Elledici (Italie). Je suis auteur de nombreux articles parus dans des revues scientifiques et j’ai participé à de nombreuses conférences dans des colloques nationaux et internationaux.
R.D. : Le mot secte a un sens précis en sociologie depuis Troeltsch et Max Weber. Il correspond à un type de mouvement qui possède certaines caractéristiques. Des sociologues ont préféré l’expression : Nouveaux mouvements religieux pour éviter le mot secte considéré comme péjoratif et peut-être pour insister sur la nouveauté supposée de certains mouvements. Des sectes nées au 19 me siècle ont ainsi été baptisées : nouveaux mouvements religieux alors qu’elles se situaient parfois dans la veine millénariste de l’effervescence religieuse du Moyen Age. La nouveauté est dans la tête de ceux qui ne connaissent pas l’histoire religieuse et qui trouvent que tout est nouveau. On peut prendre un exemple : le raëlisme qualifié de nouveau reprend le mythe du Cargo-cults (Ils attendent les êtres venus d’une autre planète qui apporteront une science beaucoup plus avancée que la nôtre pour guérir et donner l’immortalité comme certains peuples attendaient des bateaux blancs qui apporteraient la richesse). Il reprend des idées platoniciennes sur le gouvernement des hommes) ainsi que la vieille thèse de la plausibilité des mondes habités. On pourrait aller plus loin dans la recherche des légendes de base ou des théodicées anciennes sur lesquelles sont fondés des dits NMR. Comme le disait un collègue anglais, on peut se demander si on n’a pas affaire à du vieux vin dans de nouvelles outres. Placer tout les mouvements sous l’étiquette de « sectes » ou de nouveaux mouvements religieux montre simplement que l’on ne connaît pas les typologies proposées par les sociologues : Eglise, secte, dénomination, groupes métaphysiques, « cults » (impossible à traduire). J’ai proposé de placer ces types sous l’expression générique : groupe religieux minoritaires dans un cahier déjà ancien (1992) du bulletin « Mouvements religieux » dirigé par Bernard Blandre. Cette appellation n’est pas une panacée mais elle met l’accent sur la mentalité de minoritaire en religion. Toutefois, je tiens à la notion de secte qui est utile pour qualifier certains mouvements et, pour moi, ce n’est pas péjoratif. Certains proposent actuellement l’expression « groupes religieux controversés ». Cela ne les distingue en rien de toutes les Églises, de tous les partis politiques, de toutes les institutions financières et industrielles qui sont controversés. Pour certains l’Eglise catholique est controversé en raison des actes pédophiles commis par quelques ecclésiastiques, qui ne représentent pas toute l’Eglise. On sait que la franc-maçonnerie a été controversée à cause de scandales financiers commis par quelques francs-maçons avérés ou supposés.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Vivre. Revue pluraliste, Liège (B), Maison Albert Schweitzer, Printemps, 1998/1. P.63-80.Personne ne nie que depuis la décennie 1960, le champ religieux se transforme. Mais en dehors de ce constat, les appréciations des sociologues à propos du changement en cours et de son aboutissement divergent.
Des auteurs annoncent le transfert à la société des éléments habituellement pris en compte par les religions comme S. Freud(1) (1856-1939) et E. Durkheim(2) (1858-1917) l’ont fait en leur temps. D’autres constatent un retour du «religieux» sous des formes nouvelles, d’autres enfin pensent que les croyances traditionnelles se perpétuent à travers des sectes et autres mouvements religieux selon un processus de rupture et de continuité.
L’appréciation de l’évolution du champ religieux dans les sociétés occidentales au regard des groupes religieux minoritaires passe par l’examen de ces interprétations.
Par Régis Dericquebourg
Colloque national organisé par le Centre de formation et d’études judiciaires, auditorium Louis Edmond Pettiti de la maison du barreau, le 29 janvier 2003. Paru In Jean Marc Florand (ed.) : Les nouvelles formes du sentiment religieux : un défi pour la laïcité moderne ? Paris l’Harmattan, 2003. p. 143-167.La population française et ceux qui la gouvernent ont assimilé à des degrés variables diverses innovations sociales. Nous pouvons citer quelques exemples. L’écologie considérée comme une préoccupation de passéistes opposés au progrès dans la décennie 1950-1960 a été acceptée par les politiciens chez qui elle devient une nécessité inscrite dans les programmes électoraux. L’homosexualité a cessé d’être vue comme un outrage à « l’ordre naturel ». L’union des homosexuels a été officialisée (Pacs) et la discrimination envers homosexuels est sanctionnée par les juges. Beaucoup de revendications féministes ont été prises en compte. L’objection de conscience a été admise. L’autonomie des adolescents est reconnue, l’interruption volontaire de grossesse a été légalisée et réglementée. Or, si la France comme d’autres pays a assimilé un nombre de pratiques sociales et d’opinions nouvelles, elle reste réticente, même parfois opposée à la présence de groupes religieux minoritaires (dits «sectes ») sur son sol, ce qui n’est pas neuf puisqu’on les historiens ont montrés qu’il en allait de même au Moyen Age (cf Norman Cohn, Christopher Hill…). Certes, on ne tue plus les croyants marginaux mais ils inquiètent toujours. Il suffit de faire une revue de presse sur le sujet pour s’en apercevoir et de compter le nombre de rapports parlementaires consacrés aux sectes parus depuis les années 1980-. Il suffit aussi de constater l’importance qu’ont pris les associations antisectes du point de vue de leur audience et de leur financement public.
Par Régis Dericquebourg
The population of France and the persons that govern it have variously adopted diverse social innovations. Let us cite several examples. Ecology, long considered the concern of backward-looking opponents to progress in the decade of the 1950’s, is now accepted by politicians as a necessary element of the electoral platform. Homosexuality has ceased to be seen as an offence against the “natural order”. The union of homosexuals has been legalized, and discrimination against homosexuals is punished by judges. Many feminist demands have been granted. Conscientious objection has been accepted. The autonomy of adolescents is recognized, voluntary interruption of pregnancy has become legalized and regulated.
However, if France like other countries has assimilated a number of new opinions and social practices, she remains reticent, perchance opposed to the presence of religious minorities (so-called sects). That this is nothing new has been demonstrated by historians who have traced it to the middle ages (See the work of Norman Cohn, Christopher Hill, and others.) Of course one no longer murders marginal believers, but their presence is still unsettling. All it takes is to survey the press on the subject and count the number of parliamentary reports consecrated to sects since the 1980’s. Or again consider the attention and funding given to anti-sect militants by the public powers.
The critical question is what place should be granted to these religious movements if one refuses to acknowledge them as religions.
Une étude de Régis Dericquebourg.
Parue sur le site du Cesnur (Cesnur.org)
La France compte trois millions de chômeurs, cinq cent mille sans abri ou sans domicile fixe ; en décembre, une dizaine de personnes sont mortes de froid dans la rue. Le nombre de repas distribués par les restaurants du cœur augmente sans cesse. Un français sur quatre n’a pas accès aux soins médicaux.
La France a le taux de violence au travail le plus élevé, elle compte beaucoup de zones d’ombre sur le travail des enfants (Le Monde du 22/23 novembre 1998). Les lycéens viennent de nous apprendre que leurs conditions de vies sont « paradisiaques « . Le niveau des collégiens est tel qu’un nombre croissant d’enseignants demandent que leur établissement soit classé en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Si leurs demandes et leurs revendications ne sont pas entendues, ils pourront toujours ronger l’os sectaire en faisant un projet éducatif aussi inutile que les précédents. Les banlieues flambent. La corruption politico-financière touche beaucoup de partis y compris les plus moralisateurs et ceux qui se donnent une image de chevalier blanc prêt à nettoyer la France. Le capitalisme a généralisé la précarité de l’emploi. Le politique s’efface devant l’économique.
Par Régis Dericquebourg
In quest’articolo accennerà alla terapia religiosa e alla guarigione spirituale. Mi riferisco non alle guarigioni miracolose conosciute nel cattolicesimo1, ma alla terapia spirituale dei mali fisici e psichici e anche delle sventure (perché in questo campo la malattia ha un significato esteso nel senso di infirmitas del medio Evo) che viene proposta da gruppi religiosi minori specializzati nella capacità religiosa di curare. La «Chiesa della Scienza cristiana», l’«Antoinisme», l’«Invitation à la Vie», i gruppi di preghiera di Maguy Lebrun e della Chiesa di Scientology che in una certa misura «curano» le malattie, l’Alleanza universale (ex chiesa cristiana universale di Georges Roux) ne sono degli esempi. In questi gruppi religiosi la guarigione non è considerata come un miracolo, che è un intervento eccezionale con il quale Dio ricorda di tanto in tanto agli uomini la sua presenza e la sua potenza per risvegliare la fede nei «tiepidi». È «semplicemente» il risultato dell’applicazione di una tecnica di meditazione che deve ben riuscire, come un medico che prescrive una posologia ritenuta efficace. In alcuni lavori precedenti2 ho descritto questi tipi di gruppi enumerando le caratteristiche che fondono al tempo stesso la loro specificità e che li differenziano da altri movimenti religiosi. Le cure spirituali in uso in questi gruppi sono la preghiera, il fluido, l’energia d’aurore, il cambiamento dei piani di coscienza, la riconciliazione con il proprio passato o con gli altri, la liberazione dei traumi della vita presente e delle vite precedenti.
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