Rationalité de marché et économie du charisme.
À propos de Charles Taze Russell.
Régis Dericquebourg
Nous devons à Weber une réflexion sociologique sur le prophétisme et sur le charisme. L’auteur de Économie et société apporte une définition de ces phénomènes sociaux et décrit les modalités de leur fonctionnement. Par la suite, d’autres auteurs comme Bryan Wilson ont approfondi la notion wéberienne du prophète, notamment à partir de la connaissance des sociétés traditionnelles. Nous voulons le faire ici à partir du prophétisme moderne en nous penchant sur un personnage prophétique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et non le moindre, puisqu’il s’agit du fondateur d’un groupe religieux, les Etudiants de la Bible, qui s’est perpétué sous forme de multiples sectes dissidentes et rivales, dont les Témoins de Jéhovah. Ces derniers se réclament encore aujourd’hui de ce prophète, bien qu’ils aient « effacé » quelques éléments de sa doctrine et ne vouent aucun culte à son souvenir.
Nous examinerons la vie de Russell et le contexte dans lequel ses activités religieuses prennent place; puis nous tenterons de dégager les raisons pour lesquelles il peut être considéré comme un prophète et nous envisagerons les conséquences sociologiques de cette reconnaissance prophétique. Nous nous demanderons en particulier si la thèse de Wilson selon laquelle le prophétisme ne peut se développer en milieu industriel n’est pas contredite par le prophétisme de Russell.
