Rationalité de marché et économie du charisme.

À propos de Charles Taze Russell.

1

Régis Dericquebourg

Nous devons à Weber une réflexion sociologique sur le prophétisme et sur le charisme 2. L’auteur de Économie et société apporte une définition de ces phénomènes sociaux et décrit les modalités de leur fonctionnement. Par la suite, d’autres auteurs comme Bryan Wilson ont approfondi la notion wéberienne du prophète, notamment à partir de la connaissance des sociétés traditionnelles. Nous voulons le faire ici à partir du prophétisme moderne en nous penchant sur un personnage prophétique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et non le moindre, puisqu’il s’agit du fondateur d’un groupe religieux, les Etudiants de la Bible, qui s’est perpétué sous forme de multiples sectes dissidentes et rivales, dont les Témoins de Jéhovah. Ces derniers se réclament encore aujourd’hui de ce prophète, bien qu’ils aient « effacé » quelques éléments de sa doctrine et ne vouent aucun culte à son souvenir.
Nous examinerons la vie de Russell et le contexte dans lequel ses activités religieuses prennent place; puis nous tenterons de dégager les raisons pour lesquelles il peut être considéré comme un prophète et nous envisagerons les conséquences sociologiques de cette reconnaissance prophétique. Nous nous demanderons en particulier si la thèse de Wilson selon laquelle le prophétisme ne peut se développer en milieu industriel n’est pas contredite par le prophétisme de Russell.

I. — BIOGRAPHIE DE RUSSELL

a) Conversion.

Né le 16 février 1852, fils d’un riche commerçant d’Allegheny (Pennsylvanie), Russell reçut une éducation religieuse dans l’église presbytérienne. Il ne fréquenta pas longuement l’école. Vers 16-17 ans, il se mit à douter de la justesse des principes religieux qu’on lui avait enseignés. Il entra alors en contact avec des groupes religieux tels que les congrégationalistes et les adventistes. Ces derniers lui firent retrouver la foi en l’inspiration divine de la Bible, lui donnèrent la conviction que l’enfer n’existe pas et que la fin du monde est proche.
Lorsque Russell prit contact en 1969 avec I’Eglise adventiste, celle- ci n’avait pas encore un âge bien avancé. En effet, elle venait d’être officiellement organisée le 21 mai 1863. Les débuts du mouvement dont elle est issue remontent cependant à 1831; à cette date un fermier, William Miller, avait commencé à proclamer que le Christ reviendrait en 1844 à la fin du millenium (adventus), ressuscitant les justes immédiatement et les injustes mille ans plus tard. Après la déconvenue de 1844, un des adeptes de Miller prétendit qu’à cette date le Christ était entré dans la phase finale de son ministère. Puis après sa mort en 1849, le mouvement accrut son influence sous l’impulsion de Ellen Gould White. Les principes (confessions de foi) adventistes sont rassemblés en 22 articles 3 et il semble que certains d’entre eux aient plu à Russell, notamment les articles 10, 11, 13, 20, 21 et 22 qui ont trait à la mort, aux moyens de restauration du Royaume. L’article 10 concernant la mort mit fin à son inquiétude au sujet de l’enfer. Les autres principes l’ont sans doute orienté vers la recherche des dates exactes du retour du Christ 4

b) Naissance d’un militantisme.

De 1870 à 1875, Russell forma un petit groupe d’études bibliques se réunissant à Pittsburg, puis il fréquenta un groupe d’adventistes de Rochester dirigé par Nelson Barbour, qui selon Hoekema 5 était déjà un adventiste dissident à cause de sa croyance au retour du Christ sous une forme invisible et non en chair. Russell se lia avec Barbour et publia avec lui en 1876 le périodique The Herald of the Morning. L’alliance de Russell avec ce dissident prête à réflexion. En effet, nous voyons Russell former un groupe d’études bibliques, puis publier avec un associé, ce qui laisse supposer qu’il n’était pas uniquement en quête d’une vérité pour son salut et sa satisfaction personnelle, mais qu’il avait le désir de fonder un groupe et de délivrer un discours. Il ne s’agit donc pas d’une recherche introvertie, mais déjà d’une démarche qui prend des allures de militantisme. Ce militantisme est-il un trait caractéristique chez Russell ? On peut le supposer puisque les Témoins de Jéhovah racontent qu’a alors qu’il était encore jeune homme et avant de connaître la Vérité sur les desseins divins, il sortait la nuit pour tracer à la craie des textes bibliques à des endroits bien en vue, de sorte que les ouvriers qui passaient par là soient avertis et sauvés des tourmentes de l’enfer » 6
Parallèlement à sa quête de vérité, Russell travaillait dans la boutique de son père et grâce à leur talent commercial, tous deux accrurent leur affaire jusqu’à posséder quatre filiales. En 1879, iI épousa Maria Frances Ackley et, à 27 ans, il choisit de se donner entièrement à ses activités religieuses. II vendit ses fonds de commerce qui valaient ensemble 250 000 dollars de l’époque, somme qu’il consacra à la diffusion de ses idées religieuses. Il se fit appeler « Pasteur Russell » bien que n’étant ordonné d’aucune Église, ce qui nous permet de supposer qu’il avait le désir de conduire le «troupeau » d’adeptes qui avaient apprécié le système théologique développé dans son livre Les Trois Mondes, écrit en 1877 avec Barbour. En 1880, il fonda 30 ecclesias ou congrégations réparties sur sept Etats. Il s’agissait de groupes qui étudiaient et diffusaient son enseignement, tenant des réunions le dimanche et commémorant la Cène le vendredi. En 1881, Russell publia des tracts et des brochures et il annonça que tous ses adeptes (les «.Etudiants de la Bible s) avaient pour devoir de les diffuser largement. Il publia Le Divin Plan des dges, premier volume d’une série appelée L’Aurore du millenium. En 1889, la Société de la Tour de Garde de Sion fit construire un immeuble: la Maison de la Bible à Allegheny (Pennsylvanie). Ce bâtiment abritait le bureau de la société. Cette année-là, le couple Russell adopta une orpheline. A cette époque, le mouvement tint aussi son premier congrès avec 360 personnes; 70 s’y firent baptiser.

c) Premiers ennuis et divorce.

La vie de Russell a été marquée par quelques événements qui ont terni sa réputation et freiné le développement de son œuvre :
— son divorce: en 1897 la discorde apparut entre les époux Russell à propos du bulletin mensuel Zion’s Watchtower and Herald of Christ’s Presence. Madame Russell s’opposait aux modifications que son mari voulait apporter aux articles qu’elle écrivait pour le mensuel. Elle quitta son mari cette année-là, puis, en 1903, demanda la séparation de corps et de biens. En 1906 le divorce fut prononcé. Par la suite, la fidélité conjugale de Russell fut mise en question, notamment par le Washington Post. Le fondateur du mouvement des Etudiants de la Bible attaqua ce journal en diffamation et gagna son procès en appel. Mais la réputation du prophète en fut atteinte 7;
— la déconvenue de 1878 : Russell s’attendait à voir les « saints en vie être enlevés subitement et miraculeusement, avec leur corps, pour être désormais auprès du Seigneur pour toujours » en 1878 8. Rien de semblable ne se produisant, il déçut ses disciples;
— la déconvenue de 1914: Russell avait annoncé que 1914 marquerait « la fin du temps des Gentils » en se basant sur une chronologie biblique. Rien ne vint vérifier la prophétie (Russell n’a jamais identifié la guerre de 1914-1918 à la bataille d’Harmaguédon) et Russell perdit des propagandistes; c’est ainsi qu’en 1916, la distribution de tracts de la société de la Tour de Garde baissa de moitié.

d) Par-delà les déconvenues.

Deux affaires navrantes marquent également l’itinéraire du prophète: sa mésaventure à propos de sa prétendue connaissance du grec et l’histoire du ((blé miraculeux ». La première se produit à l’instigation d’un ministre du culte baptiste J. J. Ross 9 qui, en 1912, dans un pamphlet intitulé Quelques faits à propos du soi-disant Pa$teur Charles Taze Russell, accusa celui-ci de s’attribuer un titre de pasteur sans avoir étudié la théologie ni avoir reçu l’ordination, et de s’enrichir aux dépens des ignorants. Russell répliqua en intentant un procès à Ross. Au cours de ce procès, il prétendit connaître le grec et fut confondu lorsqu’on lui demanda de lire un texte dans cette langue 10.
La seconde affaire eut lieu un an après son divorce. Russell apprit qu’un agronome américain avait écrit un rapport sur une espèce de blé apparue brusquement dans un jardin et qui avait un rendement supérieur au blé ordinaire. Cet agronome appela cette céréale le «blé miraculeux» et en vanta si bien les récoltes que le gouvernement américain ordonna une enquête. Russell, quant à lui, fut enthousiasmé par cette découverte, voyant là un signe du millenium. Deux personnes qui en avaient cultivé lui firent don d’une certaine quantité de blé qu’il revendit cher (60 $ le boisseau, au lieu du prix normal de 1 $ de l’époque) au profit de son oeuvre de prédication. En 1911, le journal Daily Eagle ironisa sur cette vente. Russell attaqua le journal et perdit son procès. Cette anecdote témoigne que l’auteur des Etudes dans les Ecritures ne dédaignait pas de joindre un certain sens des affaires à son oeuvre de prédication.

e) Les voyages de Russell et son activisme.

Russell a beaucoup voyagé pour propager ses idées religieuses et favoriser l’éclosion de groupes d’adeptes. Les Témoins de Jéhovah 11 estiment qu’il a parcouru un million et demi de kilomètres. Entre 1879 et 1880, Russell et ses compagnons parcoururent toute l’Amérique et ils fondèrent 30 congrégations en Pennsylvanie, dans les États de New York, du Massachusetts, du Delaware, de l’Ohio et du Michigan. Russell visitait toutes les congrégations créées, en tenant une ou plusieurs réunions bibliques avec chaque groupe 12 Il entreprit de développer son mouvement à travers le monde et en 1891 il voyagea en Europe, en Afrique et en Asie. Il fonda à Londres un dépôt qui devint une filiale en 1900. Dès 1891, il fit traduire ses œuvres en allemand, en grec, en français, en suédois, en danois, en norvégien, en polonais, en vue d’une expansion mondiale. En 1903, il passa de nouveau en Angleterre et en Europe, ainsi qu’en 1907, 1910 et 1911. Puis, de décembre 1911 à mars 1912, il fit un nouveau tour du monde. Et c’est dans un train qu’il mourut en 1916, au cours d’un périple américain.

Deux traits apparaissent de prime abord chez Russell. En premier lieu, son activisme. Ce personnage se dépense dans la propagation de son oeuvre; il fait imprimer énormément de tracts, livres et brochures expliquant sa doctrine et il voyage beaucoup pour regrouper ses fidèles. Il réussit, puisque à sa mort 25 000 adeptes se réclament de son enseignement et que 1200 congrégations ont été fondées. En second lieu, sa volonté d’être le seul dispensateur de la « Vérité ». En effet, il semble qu’il prenne prétexte d’une petite divergence doctrinale avec son associé Barbour pour rompre et s’emparer du périodique parce qu’il en est l’actionnaire majoritaire. A la suite de cette rupture, il publie seul son propre mensuel : le Zion’s Watchtower and Herald of Christ’s Presence. On voit en outre ici l’actionnaire au service d’une volonté prophétique.

II. — LA DOCTRINE DE RUSSELL

Russell est l’auteur de 5000 pages imprimées ; il a prononcé trente mille sermons qui auraient été reproduits dans quatre mille journaux. À sa mort, sa série L’Aurore du millenium, intitulée plus tard Études dans les Écritures circulait à 16 millions d’exemplaires traduits en trente-quatre langues. Il a été l’instigateur d’une œuvre cinématographique importante à l’époque: le «Photodrame de la création », film qui retrace sa version de l’histoire de l’humanité, sous forme de vues stéréoscopiques et films animés formant huit heures de projection. L’oeuvre était synchronisée avec des disques de gramophone. On pouvait entendre pendant la projection douze petits discours écrits par Russell, formant ensemble 96 minutes d’explications prononcées par l’artiste Harry Humphrey. Ce photodrame fut un des premiers films parlants présentés au public américain de 1914. On le projeta chez des particuliers, dans des églises, des théâtres, des opéras, des auditoriums. Neuf millions de personnes dans le monde l’ont vu. Russell fut aussi le créateur de l’ « eurêka-drame » : il s’agissait de 96 disques de discours et de musique accompagnant des vues fixes et formant deux conférences. Cet ensemble de media répandit l’enseignement que Russell a laissé. En quoi consiste cet enseignement ?

La doctrine de Russell n’est plus diffusée entièrement par les Témoins de Jéhovah. Il faut aller la chercher chez leurs rivaux, le Mouvement missionnaire intérieur laïque, qui publie encore les oeuvres de Russell. Nous trouvons dans sa série en six volumes L’Aurore du Milleniuin a) une chronologie détaillée des étapes de l’humanité depuis ses débuts jusqu’à l’instauration du Royaume, chronologie établie d’après une relecture de la Bible et symbolisée par la pyramide de Giseh dont les mesures et l’agencement des parties semblent figurer le plan de Dieu; b) l’affirmation d’un anti-évolutionnisme; c) l’annonce du rétablissement d’Isral; d) une description de la future bataille d’Harmaguédon qui sera la lutte du travail contre le capital, lutte qui se terminera par un conflit mondial fatal; e) des principes pour l’organisation du mouvement.
La proclamation d’un enseignement religieux et une vie entièrement vouée à sa diffusion : ne retrouve-t-on pas là les caractéristiques du prophétisme tel que le définit Weber ?

III. — LA CONCEPTION WEBERIENNE DU PROPHÈTE

Dans Economie et Société , Weber définit le prophète par ses qualités intrinsèques et par son rôle social spécifique.
Le prophète est un porteur de charismes purement personnels, qui « en vertu de sa mission, proclame une doctrine religieuse ou un commandement divin », qu’il soit « fondateur de religion » (en apportant des révélations nouvelles) ou « rénovateur de religion» (en prêchant à nouveau une ancienne révélation). Peu importe que sa prédication engendre ou non la formation d’une communauté ou que les adeptes s’attachent à la personne du prophète plus qu’à son enseignement, et vice-versa.
Weber distingue deux types de prophètes : le prophète exemplaire, qui s’« adresse à l’intérêt personnel de ceux qui éprouvent l’ardent besoin d’être sauvés et les engage à suivre la même voie que lui; il montre par son exemple personnel la voie du Salut » : — c’est le cas du Bouddha — le prophète éthique qu’on trouve dans la tradition moyen- orientale, annonçant la volonté d’un Dieu éthique, personnel et transcendant.

La conception du monde chez les prophètes consiste selon Weber en une vue unitaire et significative de la vie: … « La vie et le monde, les événements cosmiques ont un sens unitaire, systématique et déterminé. La conduite des hommes doit être orientée selon ce sens et être modelée de façon significative pour qu’on puisse leur apporter le salut ». Cette vision peut mêler des éléments hétérogènes (car toute cette conception n’est pas en premier lieu dominée par la cohérence logique mais par des évolutions pratiques. Elle signifie toujours, à des degrés et avec des résultats divers, une tentative de systématiser toutes les manifestations de la vie, de résumer aussi le comportement pratique en une manière de vivre; peu importe l’aspect que prend celle-ci dans les cas individuels »

Les faits et paroles du prophète peuvent aboutir à la création d’un cercle d’auxiliaires permanents (élèves, disciples) ayant des liens personnels avec lui et participant à son charisme, et d’un groupe d’adeptes qui le soutient en lui offrant de l’argent, des services, pour développer sa mission. Ces rassemblements autour de la personne centrale du maître peuvent aboutir à une communauté permanente, résultat d’une routinisation « qui se produit lorsque le prophète lui-même ou ses disciples veulent assurer l’existence permanente de leur prédication ainsi que la continuité de la distribution de la grâce, donc lorsqu’ils veulent sauvegarder l’existence économique de cette distribution et de ses administrateurs et, en outre, monopoliser les droits en faveur de ceux qui sont chargés de devoirs ». La constitution d’une « communauté émotionnelle » «fait entrer la doctrine du prophète dans la vie quotidienne en tant que fonction d’une institution permanente ». Les disciples deviennent alors prêtres, directeurs de conscience au service de la « communauté émotionnelle des laïques »

Weber différencie le rôle du prophète par rapport à d’autres rôles sociaux. Tout d’abord, le prophète se distingue du prêtre. Celui-ci détient une charge qui le met au service d’une tradition tandis que l’autre revendique une autorité d’après une révélation personnelle en se réclamant d’un charisme. Le clergé à l’inverse du prophète est payé pour les biens qu’il dispense. D’autre part, si le fondateur d’Eglise recourt à une authentification charismatique « magique » de son autorité, sa visée essentielle reste, à l’opposé du magicien, d’apporter un enseignement. Cependant, le fait de transmettre une doctrine ne l’assimile pas aux moralistes, aux philosophes ni aux réformateurs sociaux, car il est « toujours plus proche du démagogue, du publiciste politique que du maître et de son entreprise » ; son œuvre consiste dans une prédication émotionnelle, contrairement à celle des philosophes et des réformateurs sociaux. L’auteur du Judaïsme antique distingue également le prophète du législateur, même s’il lui arrive d’édicter des lois du salut, car les fondateurs de religion n’assument pas leur mission parce que les hommes les en ont chargés, mais parce qu’ils usurpent « leur pouvoir en vertu d’une autorité ». Il n’est pas non plus un maître d’éthique sociale lié à ses disciples de façon autoritaire comme le gourou. Le prophète se distingue enfin du mystagogue qui administre des sacrements garantissant le salut, lequel ressemble – toujours selon Weber – au magicien. Cependant, la prophétie exemplaire « se mue très régulièrement en mystagogie dès la seconde génération ».

Pour Weber, le charisme, qui spécifie le prophète, est « la qualité extraordinaire (à l’origine déterminée de façon magique tant chez les prophètes et les sages, thérapeutes et juristes, que chez les chefs des peuples chasseurs et les héros-guerriers) d’un personnage qui est, pour ainsi dire, doué de forces ou de caractères surnaturels ou surhumains ou tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessible au commun des mortels, ou encore qui est considéré comme envoyé par Dieu ou comme un exemple, et en conséquence considéré comme un « chef » (Fuhrer) ». Le charisme assure au personnage qui en est détenteur une domination. Les dominés, impressionnés par ses qualités, le reconnaissent librement. Mais, si la confirmation tarde à venir, s’il paraît abandonné de son Dieu, de sa puissance magique ou héroïque, ou si son gouvernement n’apporte pas la prospérité, son autorité charismatique risque de disparaître. Le chef charismatique domine une communauté émotionnelle. Il ne gouverne pas comme un politicien. Dans le groupe on ne connaît ni carrière, ni règlement, ni salaire. Sa domination est le contraire de la domination bureaucratique. Par ailleurs, « le charisme pur est spécifiquement étranger à l’économie ». Le personnage charismatique agit par vocation ou mission, rejette l’utilisation économique de la grâce comme source de revenus, « ce qui, certainement, est souvent plus une prétention qu’une réalité» ajoute Weber. Une autre caractéristique du charisme est qu’il constitue « la grande puissance révolutionnaire des époques liées à la tradition », mais à la différence de la puissance rationnelle, le charisme « peut consister en une transformation de l’intérieur ». En effet le personnage charismatique propose en général « une orientation entièrement nouvelle de toutes les positions envers toutes les formes particulières de vie et envers le « monde »13

IV. — LE «PROPHÉTISME» DE RUSSELL

D’après la biographie que nous avons rappelée, Russell apparaît bien comme un « prophète éthique » selon la terminologie de Weber. En effet, il n’a jamais cessé de proclamer une vision unitaire du monde et de montrer une voie salvatrice et il a toujours indiqué quelle était la volonté d’un Dieu éthique, personnel et transcendant. Sa prédication a engendré la formation de groupes locaux d’adeptes tenant son enseignement pour vrai et qui se sont coordonnés par la suite en se donnant les moyens de continuer à se réunir et à pratiquer un culte même après le décès du prophète. Nous retrouvons ici le processus décrit par Max Weber dans Economie et Société et selon lequel, lorsque la chose est possible, les disciples du prophète cherchent à sociétiser les adeptes dans une organisation permanente qui fixe des droits et des devoirs précis, cette organisation étant la communauté émotionnelle des laïcs. Grâce à ses nombreux voyages, Russell a lui-même participé à la formation et à la coordination de groupes locaux régis par des laïcs. Il a même indiqué, dans le sixième volume des Études dans les Écritures, le mode de fonctionnement de ces groupes.

Comme à tout prophète qui réussit, ses adeptes semblent lui avoir attribué des qualités extraordinaires. Ils l’ont bien souvent décrit comme une personne qui triomphait de ses contradicteurs et de ses calomniateurs, capable de travailler plus que les autres et inspirée par Dieu. En ce sens on peut remarquer qu’aujourd’hui encore, alors que le souvenir de Russell a été quelque peu effacé de l’histoire du mouvement, les Témoins de Jéhovah ne contredisent pas l’affirmation selon laquelle il était un ange et chaque Témoin pense qu’il était réellement inspiré par Dieu.

De son vivant, son avis faisait autorité pour toutes les décisions concernant la doctrine et la conduite du mouvement. Ses mésaventures juridiques et ses erreurs de prédiction ne l’ont pas fait chuter, bien qu’elles aient eu pour conséquence de ternir quelque peu son portrait. Conformément à une réaction, qui est devenue systématique chez les Témoins de Jéhovah, ses disciples ont vu Satan à l’oeuvre dans ses détracteurs. On sait aussi que Russell ne profitait pas personnellement du bénéfice produit par la vente de ses oeuvres. Il s’est contenté de vivre comme un membre permanent ordinaire du mouvement, réinvestissant dans ce dernier le fruit de ses écrits. Le seul luxe qu’il se permettait était de voyager dans un wagon confortable des chemins de fer. Il fascinait ses adeptes et beaucoup, par identification à lui, s’habillaient en noir et se laissaient pousser la barbe. Plus tard, son successeur Rutherford a combattu ces marques d’identification.

Nous savons que Russell avait vendu des remèdes contre l’appendicite et le cancer. Nous pouvons y voir, outre la manifestation d’une rivalité avec la Science chrétienne qui se développe rapidement à l’époque de Russell, un désir chez celui-ci d’apporter la guérison du corps à ses adeptes en même temps que celle de l’esprit, comme substitut d’un pouvoir de guérison justifiant son charisme.

Le prophétisme personnel de Russell étant ainsi vérifié, reste, pour la compréhension du phénomène du prophétisme, qui est un phénomène social, à nous interroger sur les conditions sociologiques dans lesquelles ce prophétisme s’est développé et à rechercher s’il est bien exact, comme d’aucuns, tel Wilson, le prétendent, que le prophétisme ne naît pas en milieu industriel.

V. — UN CONTEXTE INDUSTRIEL CAPITALISTE

Industrialisation, immigration, conflits sociaux.

La doctrine de Russell et la fondation du Mouvement des Etudiants de la Bible apparaissent au moment où l’Amérique entre dans une phase d’expansion industrielle et de prospérité qui feront d’elle le premier producteur du monde industriel à la fin du XIXe siècle2 L’avènement du big business se produit grâce à une population immigrée fuyant la misère et l’oppression politique et constituant un apport de main-d’oeuvre abondant. Ces émigrants espéraient trouver du travail et un salaire qui leur permît de vivre. Cette « aspiration fondamentale» fécondée par les rumeurs, les récits des parents d’émigrés, les lettres, les réclames des agents; d’émigration et de transport contribue à « créer le mythe d’une terre promise où l’espace, l’abondance, l’accueil, la bienveillance, et avec tout cela le bonheur, sera le lot de chacun »15. Ces émigrés se concentrent dans les villes (la population urbaine augmente de près de 80 %), cherchent du travail, connaissent des conditions de vie en deçà de leurs espérances et à la merci des fluctuations économiques. En fait, l’expansion industrielle des Etats-Unis s’accompagne de ((soubresauts, de conflits, de chocs parfois très violents entre le patronat et les travailleurs qui s’efforcent de mettre sur pied une organisation d’envergure nationale, capable de faire aboutir des revendications aussi radicales que la nationalisation des services publics et l’établissement de coopératives de production, programme qui sera violemment combattu non seulement par les employeurs, mais aussi par les ouvriers qualifiés à partir de 1886, groupés au sein de l’American Federation of Labor de tendance pragmatique et réformiste ». Plus précisément, en 1873, moment où Russell forme un groupe d’étude de la Bible, une panique financière éclate entraînant le chômage et la misère. En Pennsylvanie où Russell s’active, les mines sont exploitées de façon intensive pour répondre aux besoins de la grande industrie sans « le moindre souci des conditions de vie et de main-d’œuvre »16. Les ouvriers répondent par grèves, des violences et une flambée de terrorisme. Puis, en 1877, les salaires subissent une baisse de 10 %; en réponse, des émeutes se produisent; les combats avec les milices d’Etat entraînent à Pittsburgh même, où habite Russell, la mort d’hommes et des destructions de matériel. Les grévistes écoutent des harangues sur l’oppression du capital et la révolution sociale. Puis le climat s’apaise, mais des conflits éclatent encore en 1886, 1892 à Pittsburgh et en 1894. Notons qu’en 1892 la détresse économique avait fait naître un mouvement populiste demandant un changement politique et social au profit des travailleurs. Ce mouvement disparut en 1896 et fut remplacé en 1905 par le mouvement des réformes, sans rapports avec lui.

Sur le plan idéologique, la doctrine libérale sert de justification au système. Le libéralisme s’appuie sur le darwinisme social de Herbert Spencer; il fonde en théorie l’écrasement des plus faibles.

Prophétisme apocalyptique et tensions sociales et politiques.

Sur le plan religieux, le catholicisme commence à progresser grâce à l’arrivée d’émigrés catholiques, irlandais, polonais, italiens, ce qui entraîne chez les protestants la formation d’associations anticatholiques telles que l’American Protective Association (1887) qui vise à maintenir les catholiques dans une situation sociale inférieure en évitant qu’ils n’accèdent aux rouages administratifs et politiques. Russell condamne ces antagonismes et propose une autre voie; il considère que la bataille d’Harmaguédon 17 sera marquée par un combat sans issue du travail contre le capital, et à ces émigrés déçus, il propose une nouvelle chance celle d’Harmaguédon qui sera favorable aux justes. Il n’est pas impensable que ces conceptions soient inspirées par les événements sociaux qui se déroulent sous ses yeux. Cependant, Russell n’a jamais prôné un réformisme visant à corriger les abus du capitalisme pour réaliser les idéaux moraux de la foi chrétienne, comme l’a fait par exemple, aux États-Unis, le Père John Augustin Ryan, qui s’est joint aux protestants dans la lutte pour la justice sociale sous l’influence de l’encyclique Rerum Novarum (mai 1891).

On peut également noter que les attaques de Russell contre la politique (second maître qu’un homme ne peut servir s’il se voue à Dieu) rejoignent dans une certaine mesure les attaques menées aux Etats-Unis contre la conception de « l’origine divine » de la constitution américaine. Certains s’opposent à l’élection directe des sénateurs et aux autres transformations démocratiques au nom de cette ((origine divine ». Un peu plus tard, le muckracking, un phénomène qui touche les journaux de l’époque, vient étayer le discours antipolitique du prophète. En effet, l’expansion de la presse s’accompagne d’une recherche permanente de scandales: on dénonce la corruption des hommes politiques, les fraudes et la dégradation des mœurs… Bref, toutes choses qui ne font que corroborer la vision rusellienne d’une société en décomposition avant Harmaguédon.
Enfin, on peut remarquer que le désir qu’a Russell d’établir son mouvement salvifique dans le monde entier n’est pas étranger à la volonté des États-Unis de tenir un leadership mondial. En 1885, un historien, dans un article du Harper’s Magazin intitulé « Manifest Destiny », prétend que les autres nations doivent imiter l’exemple américain et que, sans pratiquer de conquêtes territoriales, les États-Unis doivent exercer une influence sur la terre entière18. Des ecclésiastiques tels que le Révérend Josiah Strong approuvent cette idée. De fait, l’influence internationale des États-Unis s’affirme.

Prophétisme et moyens techniques.

Russell s’adapte parfaitement aussi au développement technique de la société industrielle américaine. Il sait profiter de l’extension du réseau ferroviaire pour organiser des tournées en train. Il met également à profit les nouvelles techniques de l’imprimerie pour ses diffusions massives de tracts et de brochures, rappelant en cela le temps où, grâce à Gutenberg, les Bibles purent circuler. Il ne néglige pas non plus le cinéma qui démarre. En 1908, des salles de projection s’ouvrent dans toutes les villes et villages du pays (leur nombre peut aller de 3 à 100 selon la taille de la localité) et, dès 1914, Russell sort un film « Le Photodrame de la création », utilisant ainsi un moyen de diffusion capable de toucher un large public.

VI. — PROPHÉTISME DANS LA SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE : RATIONALITÉ DE MARCHÉ ET ÉCONOMIE DU CHARISME

Qu’apporte l’exemple de Russell à une réflexion sur les aspects sociaux du charisme prophétique? À la lumière de ce que nous venons d’évoquer, nous pouvons entrevoir quelques aspects d’un prophétisme en société industrielle marquée par la rationalité.

Nous remarquons d’abord que Russell ne doute pas de sa vocation prophétique missionnaire. Très tôt dans sa vie, son problème a été d’inscrire son discours dans l’ordre du discours religieux : il a voulu parler à partir de Dieu. Pour ce faire, il papillonne d’abord dans divers groupes religieux, où il puise un certain nombre de ses principes; puis rassemblant des éléments de ces discours, il ajoute sa note personnelle et originale marquée par l’environnement social du monde industriel. Son rôle Consiste alors à développer son propre discours et à constituer des signifiants-maîtres sans admettre d’en partager la production. Car même en milieu culturel industriel le prophète est un maître qui veut être seul.

Russell ne voulait pas partager la production de sa doctrine. Au sein de son équipe, il ne supportait ni les contradicteurs, ni ceux qui voulaient l’influencer. Sa mésentente conjugale aurait eu pour origine le désir de son épouse de participer à la rédaction de la doctrine, en exigeant notamment d’affirmer un point de vue féministe… S’estimant inspiré par Dieu, Russell ne pouvait pas admettre que quiconque modifiât le message divin. Dans la pratique, il s’assura le monopole de la production de la doctrine en écartant le premier co-rédacteur de son périodique, Barbour, en évinçant son épouse et en demeurant l’actionnaire majoritaire de l’Eglise qu’il avait fondée. Russell nommait aussi les membres de l’équipe dirigeante réunie autour de lui, alors que d’autres membres étaient élus par la congrégation d’Allegheny.

Il est manifeste que Russell voulait grouper des adeptes et organiser un mouvement religieux centré sur son enseignement. II s’est dépensé sans compter pour propager ses idées et fonder des cercles d’étudiants de la Bible. Il ne se contentait pas de prêcher à un auditoire en laissant à des personnes convaincues le soin de fonder une secte. Il l’a établie lui-même avec tous les moyens de la société industrielle. Il a utilisé ses talents d’homme d’affaire pour la faire croître. Nous voyons, à la lecture de ses bilans annuels19, qu’il investissait dans les pays qu’il estimait susceptibles d’accorder une audience à son message. Par exemple, il ne pensait pas que les pays catholiques lui seraient favorables et il dépensait peu pour y propager sa doctrine. Marketing religieux ? Cela y ressemble assez. On constate aussi à la lecture des comptes rendus annuels de la société de la Tour de Garde que Russell ne continuait pas à investir dans les pays où son mouvement ne progressait pas. On peut se demander si la démarche russellienne n’est pas imprégnée du principe protestant selon lequel l’élection se mérite par un travail dans le monde, le prophète se confirmant dans la réussite de son œuvre de propagation. En effet, quand Russell décida de consacrer sa fortune à la diffusion de ses idées religieuses, il affirma qu’il aurait de l’argent tant que Dieu l’approuverait.

Cependant, sa réussite qui ne se situe pas dans la réalisation de ses prophéties, a dépendu essentiellement de son travail acharné et inlassable. Dans son pari initial, Russell savait sans doute qu’il serait un prophète laborieux. Il n’a pas, pour éclairer l’humanité de sa vérité, misé sur la publication de six volumes d’interprétations bibliques et de prophéties, en attendant que des effets se produisent (il aurait pu faire ce pari : mes écrits seront publiés et achetés si Dieu les approuve). Loin d’adopter une attitude introvertie, il a fait, du monde, son champ d’action. Il a exigé de ses adeptes essentiellement une prédication, ce qui est caractéristique des religions prophétiques.

Nous voyons aussi que le discours religieux de Russell s’articule avec les discours politiques et sociaux de l’époque: il reprend la protestation sociale et prétend que Harmaguédon sera la lutte du travail contre le capital, rejoignant pour une part le schéma marxiste de l’histoire. Il condamne l’évolutionnisme appliqué au social, doctrine qui justifie que les plus pauvres sont de véritables inadaptés (Spencer). Il joint à sa théorie les actions des premiers sionistes et explique le sens de la pyramide de Giseh, qui de son temps suscite la curiosité. En fait, il donne un sens aux événements à la lumière de la Bible. Michel de Certeau note à propos du prophète: « Le prophète vient là où il y a manque de signifiants. II est tout proche de la publicité. Il fournit des repères « autorisants ». Il s’inscrit dans une économie de signes, et comble un déficit de « valeurs » symboliques. Il puise dans le répertoire qu’il a à sa disposition, le lexique dévot qui survit, disponible dans les sous-sols d’une société… »20

Le discours prophétique est ce qui vient à parler quand les signifiants manquent, à la façon des symptômes, dans le psychisme individuel, selon les psychanalystes. Le prophète est-il le symptôme d’une société qui ne parvient plus à dire le sens de ses activités ? En somme est-il porteur d’un certain discours sur le social plus que d’un discours sur Dieu ? Est-il donc celui qui est engagé dans un métalangage social en ce sens qu’il parle d’une autre façon du « symbolique» ? Telles sont les questions que l’on peut se poser à propos du prophète en évoquant le cas de Russell. Si la réponse est positive, elle rejoint la description wéberienne de la conception du monde chez le prophète comme vue unitaire et significative de la vie21.

L’exemple de Russell confirme aussi l’avis de Bryan Wilson explicitant Weber 22, selon lequel le charisme n’est pas tant un élément de la personnalité qu’un titre socialement reconnu. En effet, Russell a déployé une activité intense en vue de parvenir à une reconnaissance: voyages, procès pour diffamation, débats contradictoires en témoignent. Nous pouvons dire plus précisément encore que le prophète n’est pas seulement celui qui est investi par d’autres en sa qualité, mais qui investit lui-même dans sa reconnaissance sociale.

Dans la préface de son livre The Noble Savages, Wilson soutient que le concept de charisme convient aux sociétés traditionnelles mais non aux sociétés industrielles, à l’exception de ses marges. La raison en serait que le charisme s’accommode mal de la rationalité et de la technologie. Or, avec Russell, nous voyons évoluer un prophète qui gère son charisme. En effet, dans la biographie qui précède, nous avons mis en évidence que ce prophète moderne n’est pas quelqu’un qui s’en remet à l’action divine pour la reconnaissance de son prophétisme et la diffusion de son message. Il gère lui-même son prophétisme, aussi bien que le développement de son mouvement religieux. Il calcule; il suppute les chances de réussite. Marketing religieux? Cela y ressemble. Il sait profiter de la technologie, même de la plus neuve: techniques nouvelles de l’imprimerie, du cinéma, du phonographe… Il s’efforce de coordonner les assemblées locales qui se créent sous son influence et les fait administrer. Ainsi, la rationalité de l’entreprise religieuse vient au secours de l’irrationalité du discours. Chez les Témoins de Jéhovah, ses successeurs, la rationalité de l’entreprise est même considérée comme la preuve que Dieu inspire les chefs du mouvement. Dieu est efficace! Il nous semble donc que, contrairement à ce qu’affirme Wilson, il peut exister des prophètes de l’ère industrielle qui gèrent leur charisme selon les modèles d’efficacité et de rentabilité propre aux sociétés industrielles. Russell en constitue un exemple.

Résumé.

Cet article constitue une réflexion psychosociologique sur un personnage important dans l’histoire des sectes religieuses: le pasteur Charles Taze Russell, fondateur du mouvement des Etudiants de la Bible, groupe qui fut à l’origine des Témoins de Jéhovah. Après avoir retracé la vie de ce personnage, l’auteur montre comment le prophétisme de Russell correspond à la conceptualisation de Max Weber et comment il est lié à un contexte culturel et social déterminé. On a là le type d’un prophétisme en société industrielle, bien que certains sociologues en considèrent l’existence comme impossible. Le prophète gère son charisme et développe son mouvement selon les règles de l’économie capitaliste.

« Naissance d’un prophétisme en société industrielle; rationalité de marché et économie du charisme. A propos de Charles Taze Russell » in Mélanges de Science Religieuse, XXXVI, n°3, sept. 1979.

1.    Ce article continue une réflexion amorcée dans notre thèse de 3e Cycle: Les Témoins de Jéhovah; dynamique d’un groupe religieux; rapport à l’institution; essai de description psychosociologique.
2.     Principalement dans Max WEBER, Economie et Société, Paris, Pion, 1971.
3.     Gérard DAGON: Petites églises en France, éd. par l’auteur, 1 fascicule, 1966, pp. 31-37.
4.     A ce sujet, voir B. BLANDRE: «Russell, Barbour et le retour de Jésus en 1872 », Revue de l’Histoire des Religions, t. I, 1979, pp. 55-67.
5.    A. HOEKEMA: The Four Major Cuits, Grand Rapids, Michigan, William B. Eerdman Publishing Company, 1963.
6.    Watchtower Tract and Bible Society, Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, Brooklyn, 1959; trad. française, 1971, p. 17.
7.     G. HÉBERT, Les Témoins de Jéhovah, Montréal, éd. Bellarmin, 1960.
8.     Annuaire de la Watchtower Tract and Bible Society, Brooklyn, 1975, p. 78.
9.     J J• Ross était un pasteur baptiste de 1’Eglise baptiste de Hamilton (Ontario.)
10.    Cf. G. HBERT, op. cit. Marley COLE, Jehovah’s Witnesses, The New World Society, Londres, George Allen and Unwin L. J. D., 1956.
11.    Annuaire de la Watchtower…, p. 39.
12.     Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins.
13.    Max WEBER, Ethique protestante et esprit du capitalisme, Paris, PIon, 1967.
14.    Y. M. NOUHAILHAT, Les Etats- Unis l’avènement d’une puissance mondiale, Paris, éd. Richelieu, 19..
15.     Ibid.
16.     R. KAUFFMAN: Millénarisme et acculturation, Bruxelles, éd. de l’Institut libre de sociologie, 1964, P. 33.
17.     Combat entre les forces du mal et Dieu avant l’avènement du Royaume (réf. bibliques : Apocalypse, 16: 14, 16, 19; 17-21; II Cor. 4 : 4; Romains 16: 20). Harmaguédon est cher aux millénaristes qui portent leur attention aux temps de la fin. L’eschatologie russellienne (lutte du travail contre le capital) est originale. Elle fait penser au schéma marxiste, mais au lieu d’aboutir à la société des travailleurs, elle aboutit au royaume théocratique. Les Témoins de Jéhovah n’ont pas repris cette vision bien qu’ils se réclament de Russell. Ils ont préféré une fin de ce monde plus conforme aux vues millénaristes : épidémies, tremblements de terre, guerres…
18.     TUVESON, Redeemer nation, University of Chicago Press, 1968.
19.    ‘Chaque année Russell publiait dans le Zion’s Watchtower and Herald of Christ’s Presence un bilan. Le périodique a été réédité par le Mouvement missionnaire intérieur laique.
20.     Michel DE CERTEAU: ((Les mirages ne transforment pas le désert », in Les marchands de Dieu, Bruxelles, éd. Complexe, 1975, p. 66.
21.    Voir ci—dessus,
22.     Bryan WILs0N, The Noble Savages, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1975.

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