: Mélanges de Science Religieuse, XXXVIII, 1981, N°2, p.127-132.

Par Régis Dericquebourg

Les Témoins de Jéhovah se présentent au public de deux façons. La première est la manière dont se manifeste leur pratique sociale, qu’on ne peut cependant connaître effectivement qu’en les fréquentant assidûment ; la presse écrite et parlée nous en donne toutefois un écho à l’occasion de cas de refus de transfusions sanguines ou de cas d’insoumission à l’armée. Ces faits sont parcellaires et la presse ne saurait prétendre à donner une connaissance correcte du mouvement jéhoviste. Aussi les Témoins de Jéhovah ne seraient-ils connus que d’une infime partie des non-Témoins s’ils n’aimaient à faire connaître leur doctrine et leur mouvement grâce à une abondante littérature de leur crû : périodiques donnés gratuitement ou cédés à bas prix, livres bien reliés vendus à des prix modiques, tracts… Or, à travers cette seconde voie d’information du public, se dessine une définition du « Mouvement » 1 par lui-même, définition impliquée dans le discours et par rapport à laquelle en fin de compte le profane est amené à réagir.

Il nous a donc paru utile de consacrer une note à cette définition du mouvement telle qu’elle est véhiculée dans les textes jéhovistes à usage interne ou établis en vue de faire du prosélytisme. Nous l’avons dégagée d’une riche littérature accumulée au -cours des années que nous avons passées à observer ce groupe religieux. Cette définition comporte à notre avis sept traits que nous nous proposons de considérer un par un.

I. Le Mouvement de la Tour de Garde, groupe eschatologique.

S’appuyant sur un certain nombre de versets bibliques (Matthieu 24, 34 et 36; Sophonie I, 18; Jérémie 25, 29 et 25, 3, Ezéchiel 39, 12-16), les Témoins de Jéhovah prétendent que ce monde, qu’ils nomment : « le présent système de choses », doit prendre fin prochainement lors de la bataille d’Harmaguédon 2. Russell, le fondateur du mouvement, a attendu cet événement pour l’année 1914 et son successeur Rutherford a avancé d’autres dates. Récemment la date de 1975 a été prédite, mais, au début de cette même année 1975, les périodiques jéhovistes ont invité les adeptes à ne pas avoir l’esprit fixé sur une date précise. L’année 1914, devenue une prévision erronée, a été réinterprétée comme date à laquelle le Christ a été intronisé au ciel dans sa fonction de roi, alors que Satan était jeté à cette même date sur la terre. Depuis, les peuples de la terre gouvernée par Satan connaissent des tribulations (tremblements de terre, famines, guerres), qui iront en s’accroissant jusqu’au jour d’Harmaguédon maintenant très proche… La description du moment de la fin est très violente ; elle insiste sur la mort affreuse d’un grand nombre d’êtres humains et elle met l’accent sur la désagrégation des Eglises établies et en particulier de l’Eglise catholique considérée comme Babylone la Grande, forteresse corrompue et liée aux puissants de ce monde.

Il est intéressant de noter que pour le fondateur du mouvement, Harmaguédon serait la « lutte du travail contre le capital ». Aussi Russell était-il attentif à tous les mouvements sociaux de son époque (grèves, troubles de 1905 en U. R. S. S…) qui préfiguraient un conflit social ample et généralisé devant conduire, non pas à un gouvernement des travailleurs, mais à la chute de tous les systèmes sociaux et à leur remplacement par une théocratie mondiale. Dans son principal ouvrage : Etudes dans les Ecritures, Russell dresse à des fins démonstratives un bilan des richesses des nantis et dépeint en parallèle la condition des peuples misérables. Il semble que Rutherford ait, dès sa succession, effacé cette conception de l’eschatologie. Il serait intéressant de s’interroger sur les causes de ce changement. Maintenant, les textes eschatologiques parlent d’épidémies, de famines, de luttes violentes entre les hommes pour assurer leur survie… Ainsi, pour les Témoins de Jéhovah, les derniers temps ont commencé et le déroulement violent du scénario final va s’accélérer. Le mouvement jéhoviste s’apparente donc aux mouvements eschatologiques.

II. Les Témoins de Jéhovah, groupement millénariste.

Le millénarisme est l’attente d’un royaume de repos et de paix 3, d’un âge d’or, que l’on retrouve dans beaucoup de groupes religieux. Pour ceux-ci, un paradis terrestre adviendra un jour annoncé par un messie. La croyance en une « Nouvelle Terre » idyllique existe dans le bouddhisme mais aussi dans le judaïsme, le christianisme – où elle trouve son expression, entre autres, dans l’Apocalypse de Jean 4, – et dans l’islam. A un certain moment de l’histoire de l’humanité, les justes décédés seront ressuscites et les justes vivants seront adjoints au Christ pour restaurer le paradis ; les pécheurs seront admis, après un jugement, à bénéficier du monde nouveau. Les conditions et la date d’instauration du millénium ont fait l’objet de nombreuses spéculations. Des prophètes ont tenté d’en calculer le moment à partir de chiffres figurant dans la Bible et d’en décrire les prodromes en scrutant les Ecritures. Généralement, ils y ont vu une phase préliminaire d’épidémies, de sécheresse, de famines, de tremblements de terre orchestrée par l’Antéchrist. L’avènement du millénium peut venir d’en-haut en dehors de toute volonté humaine ou après une période de préparation pendant laquelle un messie et ses fidèles jouent un grand rôle.

Les sociologues ont remarqué que le millénium représente aussi une société sans classe et même un « monde à l’envers » où les élus seraient les pauvres, et qu’il allie ainsi des aspirations sociales à des croyances religieuses. Ils ont également montré les liens qui existent entre l’apparition des groupes millénaristes et la protestation sociale qui naît pendant certaines phases économiques 5. En ce sens, on peut se référer à la description que l’historien Normann Cohn donne de la geste de ces mouvements religieux au Moyen Age dans le Nord de l’Europe 6. On a pu montrer aussi l’existence de traits millénaristes dans certaines révolutions politiques a-religieuses comme la révolution russe. Et si les Eglises établies ont abandonné les idées millénaristes, on sait que celle-ci, héritées notamment du judaïsme, ont eu une survivance dans l’Eglise ancienne jusqu’au IVe siècle, avant d’être condamnées par le concile d’Ephèse en 431.

Les Témoins de Jéhovah considèrent qu’après la bataille d’Harmaguédon qui a été évoquée plus haut, « la terre doit encore se transformer en un immense paradis» 7 administré par le Christ 8 aidé des 144 000 élus dont beaucoup, Témoins de Jéhovah de la première heure, sont déjà au ciel. Paradis restauré, la terre « ne sera plus divisée politiquement. Il n’y aura plus d’orgueil nationaliste pour exacerber la haine, l’hostilité et la soif de sang. S’il existe encore des armes meurtrières après Harmaguédon, elles seront rapidement supprimées pour toujours. Alors les journaux n’auront plus besoin de publier une liste des morts, des blessés ou des disparus. Il n’y aura plus de veuves et d’orphelins de guerre, plus de maisons et de villes bombardées et détruites » 9. Toutes les maladies et les souffrances disparaîtront et la terre retrouvera une harmonie naturelle. Mais plus encore, pendant mille ans les morts ressusciteront avec leur corps et leur psychisme d’autrefois. Chaque ressuscité sera instruit des « enseignements divins ». A la fin des mille ans une épreuve attend tous ces ressuscites : Dieu déliera Satan et ses démons prisonniers depuis Harmaguédon dans un abîme, et chaque habitant de la terre devenu parfait aura l’occasion de renier Satan. Ceux qui ne le renieront pas seront détruits par la « seconde mort », la mort définitive. Après cela, Satan et ses démons seront détruits pour toujours. Ceux qui auront su profiter de cette « seconde chance » seront proclamés justes pour la vie éternelle et c’est au terme de ce millénium qu’un paradis s’instaurera sur une terre peuplée de purs.

Il convient de noter l’importance sociologique de cette deuxième chance pour un public de personnes modestes tel que l’est l’auditoire du Mouvement de la Tour de Garde. En effet, à ces déçus du système économique, souvent des émigrés, on accorde une seconde chance de réussite, cette fois éternelle.

III. Les Témoins de Jéhovah, groupement utopique.

Les conditions de vie paradisiaque établies pendant le millénium, demeureront éternellement après l’épreuve finale. Elles donnent lieu à une imagerie stéréotypée dans les livres des Témoins de Jéhovah, encore que les textes soient peu abondants ; les conversations entre Témoins sont plus riches à cet égard. En général, la description qu’ils donnent du paradis rétabli prolonge celle que nous avons donnée du millémium. Aussi nous ne la reprendrons pas. Ajoutons simplement que l’homme aura détruit toutes les ruines de la bataille d’Harmaguédon. Les conditions climatiques deviendront excellentes et l’homme sera le jardinier du Royaume. Il s’agira d’une théocratie idyllique où les enfants qui naîtront seront des « enfants soumis » 10. Ce type de société ne peut être réalisé par l’homme et il ne peut advenir que grâce à l’intervention de Dieu. Cependant, les Témoins prétendent que, dans leurs congrégations, ce monde idéal est ébauché; c’est le déjà-là du Royaume, preuve que celui-ci est possible à travers une utopie pratiquée. Nous avons également remarqué que le royaume futur n’est pas prétexte à l’imagination d’innovations sociales telles qu’un système communautaire ou toute autre modèle socio-économique. Il ne s’agit pas non plus de la vision d’une société hyper-technique où les machines libéreraient l’homme.

IV. Les Témoins de Jéhovah, groupement volontaire,

On devient Témoin de Jéhovah en prenant « une grande décision » d’engagement que nul ne peut prendre à la place du sujet lui-même 11. Se vouer à Dieu est une décision personnelle, volontaire, qui signifie qu’on va opérer une rupture dans son mode de vie. Il paraît donc exclu de baptiser les enfants, car il ne s’agirait pas alors de volition personnelle. En général, le baptême se reçoit lorsqu’on a étudié la doctrine pendant plusieurs mois avec un Témoin et que l’on a commencé à fréquenter la congrégation. Ou encore, si le postulant est issu d’une famille de Témoins, le baptême a lieu à un âge raisonnable, quand le sujet se sent capable de s’engager religieusement.

Dans tous les cas, le baptisé signe une déclaration de baptême chrétien comportant un certain nombre de modes de comportement qu’il devra respecter. En cas de manquement, un surveillant de congrégation rappellera au Témoin l’acte qu’il a signé.

L’entrée dans le groupe religieux repose donc sur une volonté réfléchie d’adhésion. En requérant un tel engagement, le Mouvement de la Tour de Garde peut exiger de ses adeptes une pratique rigoureuse.

V. Les Témoins de Jéhovah, groupement élitiste.

Les Témoins de Jéhovah sont élitistes à deux points de vue : a) parce que la possibilité de vivre dans le paradis terrestre rétabli ne sera donnée qu’à eux — du moins à la plupart d’entre eux — et à ceux qui se rallient à leur enseignement. La preuve qu’ils sont les seuls à mériter le paradis est que sortiront de leurs rangs les 144 000 oints qui gouverneront la terre aux côtés du Christ. Les Témoins de Jéhovah sont tellement persuadés d’être les seuls à bénéficier du salut qu’ils incluent dans la généalogie de leur mouvement les héros bibliques, se créant ainsi une généalogie fantastique; b) parce qu’ils mettent nettement à part dans leur comportement pratique les non-Témoins et les profanes ou « ceux du monde », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas « dans la vérité ». Ils déconseillent, en conséquence, la fréquentation des « gens du monde », considérant que « c’est uniquement dans la compagnie fraternelle de la société du monde nouveau » qu’ils pourront survivre « quand ce monde passera » 12. Cette option doctrinale se traduit dans la pratique par une rupture avec le système, de sorte que le Témoin n’a que deux modes de contact avec « le monde » : le travail qu’il fait pour gagner sa vie et la prédication qui l’oblige à côtoyer des profanes.

VI. Les Témoins de Jéhovah, groupement militant.

Une des tâches les plus importantes pour tout Témoin de Jéhovah est d’amener de nouveaux membres à l’organisation 13. Le moyen en est la prédication intensive justifiée par Matthieu 28, 19 et Matthieu 24, 14; elle repose sur l’exemple du Christ qui a saisi « toutes les occasions pour prêcher » 14. Dans leurs écrits, les Témoins rationalisent leur activité de prédication incessante en affirmant qu’ils portent la responsabilité de la mort spirituelle des profanes qu’ils n’auront pas avertis. Les textes jéhovistes incitent également à une émulation incessante; on rappelle sans cesse aux Témoins qu’ils doivent prêcher en toute occasion (ce qui est caractéristique des religions de salut) et ces rappels, on le sait, sont suivis d’effets. D’ailleurs, l’ardeur prédicante des adeptes du Mouvement de la Tour de Garde est enviée de beaucoup d’autres groupes religieux. De plus, un Témoin de Jéhovah doit afficher son appartenance religieuse en toutes circonstances et consacrer tout le temps laissé libre par son travail à faire du prosélytisme et à assister aux réunions de culte 15. On constate également que les textes invitent à abolir toute barrière entre la vie privée et la vie religieuse; tout doit être subordonné à celle-ci. C’est pourquoi le Témoin de Jéhovah nous fait penser au militant d’un parti totalitaire de masse.

VII. Les Témoins de Jéhovah, groupement radical.

Les Témoins de Jéhovah prétendent qu’ils sont les seuls à détenir la vérité et le vrai culte. En conséquence, ils seront les seuls survivants de la bataille d’Harmaguédon et ils seront chargés d’instruire les ressuscites pendant le millénium. En tant que seuls détenteurs de la doctrine vraie et de la pratique juste, les Témoins de Jéhovah sont complètement opposés aux autres religions qu’ils condamnent et dont ils se démarquent. Ils ne transigent avec aucune, même avec celles dont ils partagent certaines conceptions. Pour justifier cette position, les Témoins aiment à raconter que le prophète fondateur s’est séparé de son associé à cause d’un désaccord sur un point doctrinal; en fait, il y avait plus que cela 16. Depuis, ce « précédent » a été érigé en principe : pas de compromis. Plus qu’une indifférence à l’égard des autres religions, il y a chez les Témoins de Jéhovah une condamnation radicale de celles-ci. M. Rutherford, le successeur du prophète, a lancé des campagnes de grande envergure pour dénigrer les groupes religieux et les Eglises, en visant plus particulièrement le catholicisme qu’il accusait d’être du côté des politiciens en temps de guerre et de diffuser une doctrine erronée 17.

Les Témoins de Jéhovah se montrent tout aussi radicalement anti-politiciens. Ils ne pensent pas que l’action politique puisse amener le bonheur sur la planète et ils considèrent les organisations telles que l’O. N. U. comme une vanité. En fait, pour les adeptes du Mouvement de la Tour de Garde, les chefs politiques sont gouvernés par Satan et ils méritent d’être combattus. En pratique, le Mouvement recommande à ses adeptes la neutralité politique et syndicale sous forme d’abstention. De même les Témoins ne pensent pas que la science puisse rendre l’homme heureux, mais ils n’en rejettent pas les applications.

La radicalité que les Témoins de Jéhovah affichent dans leurs écrits est mise en pratique. Cependant, si on se réfère au concept de radicalité en sociologie (ne pas recourir aux instances institutionnelles de règlement des conflits), on perçoit les limites à cet égard de la pratique du mouvement car les Témoins acceptent très souvent de régler leurs litiges avec les institutions devant les tribunaux et leur histoire est jalonnée de nombreux procès.

Le résumé thématique de l’œuvre de la Société de la Tour de Garde fait donc apparaître celle-ci comme un groupe eschatologique, millénariste, utopique, élitiste, volontaire, militant et radical dans sa protestation. En ce sens, ces caractéristiques rejoignent celles qui figurent dans la définition que Bryan Wilson donne de la secte 18. Pour cet auteur, les sectes ont en commun l’élitisme, le caractère volontaire de l’allégeance des adeptes, l’exclusivité, le sens de l’identité, le mérite conditionnant l’agrégation, et une légitimation. Ces traits génériques peuvent être nuancés selon les cas. L’exclusivité apparaît chez les Témoins comme une composante du radicalisme et de l’élitisme; en effet, les Témoins possèdent seuls, selon eux, la vérité et le vrai culte; l’adoption de ceux-ci ne peut être qu’exclusive puisque tous les autres groupes religieux se trompent. Le sens de l’identité dérive de leur militantisme et de leur élitisme, deux aspects qui leur font écrire « qu’on est Témoin de Jéhovah vingt-quatre heures sur vingt-quatre». Cette dernière assertion laisse entendre qu’un Témoin de Jéhovah ne doit jamais cesser de se montrer en conformité avec la doctrine qu’il adopte et qu’il est, avant tout, un adepte du Mouvement de la Tour de Garde, les autres activités ne venant qu’en second lieu. Le mérite, quant à lui, est corollaire du caractère volontaire et de l’élitisme puisque, demandant son adhésion au mouvement jéhoviste, le récipiendaire ne sera accepté que s’il est instruit de la doctrine et jugé digne d’être Témoin. La qualité de Témoin n’est pas accordée inconditionnellement. Elle sera même remise en cause en cas de faute ou de tiédeur dans la pratique religieuse.

Les caractères d’eschatologisme, de millénarisme ou d’utopie différencient davantage les Témoins de Jéhovah des autres sectaires. Il existe en effet des mouvements qui ont en commun avec eux les autres caractéristiques signalées mais qui ne sont ni eschatologiques, ni utopiques, ni millénaristes; c’est le cas par exemple des sectes de guérison ou des groupes introversionnistes. Dans la taxinomie de Wilson, les Témoins de Jéhovah appartiennent, en raison de ces trois traits, aux sectes révolutionnaires.

Il reste évidemment à valider cette définition par l’examen de la pratique sociale jéhoviste, car un groupe religieux peut manifester, en réaction par rapport au milieu ambiant, des caractéristiques qui n’appartiennent pas aux sectes, ou encore développer des éléments d’une pratique sociale qui ne sont plus en accord avec les textes. L’examen des écrits jéhovistes donne ainsi une première orientation de recherche au psychosociologue et au sociologue des religions.

Résumé.

L’auteur s’efforce de dégager les principales caractéristiques de la doctrine jéhoviste telle qu’elle est exposée dans les multiples périodiques, tracts et livres répandus par les Témoins de Jéhovah. Sont relevés les traits suivants : eschatologie, millénarisme, utopie, élitisme, militantisme et radicalisme. Cet inventaire des points doctrinaux constitue un chapitre de présentation d’une thèse consacrée au Mouvement jéhoviste (« Les Témoins de Jéhovah, dynamique d’un groupe religieux et rapport à l’institution, essai de description psychosociologique d’une secte», thèse de 3e cycle, Lille, 1979, polytypée). Il contribue à situer ce groupe religieux minoritaire parmi les autres groupes de type secte et à orienter l’analyse de leur pratique sociale dans certaines directions. Les textes jéhovistes sont cités autant que possible afin de porter à la connaissance des lecteurs un échantillon de leurs écrits, en général méconnus.

1 « Mouvement de la Tour de Garde » ou « Société de la Tour de Garde » sont des désignations de l’organisation des Témoins de Jéhovah.

2 « L’Apocalypse de Jean (XVI, 13-16) situe en ce lieu mythique « la guerre du grand jour de Dieu maître de tout ».

3 Article «Millénarisme» de l’Encyclopedia Universalis par LE GOFF, tome II, pp. 30-32, éd. 1968.

4 Apocalypse, 20, 4-6 : «Je vis aussi des trônes, sur lesquels s’installèrent ceux qui reçurent le pouvoir déjuger; c’était les âmes de ceux qu’on avait décapités à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et tous ceux qui n’avaient ni la Bête ni sa statue et n’en n’avaient pas reçu l’empreinte au front et à la main. Ils vécurent une vie nouvelle et régnèrent avec le Christ, mille ans. C’est là la première résurrection. Heureux et saint qui participe à la première résurrection ! sur eux la mort n’a pas de prise, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec lequel ils régneront durant les mille ans » (Maredsous).

5 Pour ce problème on peut consulter : HENRI DESROCHE, « Les messianismes et la catégorie de l’échec», Cahiers internationaux de sociologie, X, 1963, pp. 61-84; du même auteur : « Messianisme et utopie», Archives de sociologie religieuse, IV, 1959, pp. 31-4.6; V. WILSON : « Apparition et persistance des sectes dans un milieu social en évolution », Archives de sociologie des religions, 3, 1958, janvier-juin, pp. 140-150, ainsi que le numéro spécial de l’American Behvioral Scientist, 16, n° 2, 1972.

6 NORMAN COHN, Les fanatiques de l’Apocalypse, Paris, Julliard, 1962.

7 Société de la Tour de Garde : Du Paradis perdu au Paradis reconquis, New York, 1958, trad. française, 1961, p. 102.

8 Ibid., pp. 103-104.

9 Ibid., pp. 105-106.

10 Société de la Tour de Garde : De nouveaux cieux et une nouvelle terre, New York, 1953; trad. française, 1955, p. 298.

11 Ibid., p. 361.

12 Société de la Tour de Garde : La vérité qui conduit à la vie éternelle, 1968, p. 100.

13 Du paradis perdu au paradis reconquis, pp. 248-249.

14 Société de la Tour de Garde : Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, 1959, trad. française 1971, p. 20.

15 La pratique religieuse jéhoviste comporte cinq réunions par semaine : l’école du ministère théocratique où l’on enseigne l’art de faire des sermons sur un thème donné, la réunion de service consacrée à l’art d’employer son temps de manière efficace, l’art oratoire et à la technique de la prédication, la réunion d’étude du livre par groupe de quartier au cours de laquelle les Témoins de Jéhovah habitant dans la même partie d’une ville lisent ensemble sous la direction d’un aîné un livre publié par la secte, le discours public et la réunion d’étude de la Tour de Garde. Seules ces deux dernières réunions font vraiment partie du culte. Le discours public destiné comme son nom l’indique également aux profanes défend une thèse jéhoviste; la seconde réunion consiste en une lecture accompagnée de questions et réponses d’un périodique diffusé par la secte : La Tour de Garde. A l’exception de la réunion d’étude du livre, les divers services ont lieu au « temple », appelé « Salle du Royaume ».

16 R. DERICQUEBOURG : «Naissance d’un prophétisme en milieu industriel; rationalité de marché et économie du charisme; A propos de Charles Taze Russell», Mélanges de Science religieuse, vol. 36, n° 3, sept. 1979, pp. 175-190.

17 Extraits de F« Acte d’accusation » du 24 septembre 1924 dirigé contre l’Eglise catholique : « Nous accusons formellement Satan d’avoir ourdi une conspiration en vue de maintenir les peuples dans l’ignorance des bénédictions dont le Seigneur a dessein de les combler en leur octroyant la vie, la liberté et le bonheur; et nous accusons également d’autres personnages, à savoir les prédicateurs dépourvus de foi d’avoir formé des systèmes ecclésiastiques, soit des conseils, des synodes, des consistoires, des associations, etc. et de s’être désignés par les titres de pape, cardinal, évêque, docteur en théologie, pasteur, berger, révérend père, etc. et de s’être élevés à de telles fonctions, l’ensemble étant appelé « le clergé » dans le présent document ; ces ecclésiastiques ont constitué comme chef de file de leurs troupeaux d’ouailles, de puissants hommes d’affaires et des politiciens professionnels (…)

Nous constatons qu ‘ils nient que le Seigneur a le droit d’établir son Royaume sur la terre, alors qu’ils savent que Jésus a enseigné qu’il reviendrait à la fin du monde, laquelle serait signalée par le fait que les nations de la chrétienté s’engageraient dans une guerre mondiale suivie de famines, d’épidémies, de révolutions». Extrait de Les nations sauront que je suis Jéhovah — Comment ?, publié par la Watchtower Bible and Tract Society, Brooklyn, 1971 ; trad. française, 1974, p. 84.

18 WILSON BRYAN, Les sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970, pp. 26-35.

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