Par Régis Dericquebourg

Témoin de Jéhovah. Encyclopédie catholicisme.

Les Témoins de Jéhovah sont réunis dans une organisation qui s’appelle officiellement : La société de la Tour de Garde. Celle-ci est issue d’un schisme qui s’est produit en 1918 à l’intérieur du mouvement des Étudiants de la Bible constitué légalement aux États-Unis en 1884 par Charles Taze Russell, le fils d’un riche commerçant d’Alleghany élevé dans une l’Eglise presbytérienne, puis converti à l’Adventisme avant de fonder son propre groupe religieux. Son enseignement consigné dans les six volumes des Études dans les Écritures est essentiellement centré sur l’attente de la fin des temps dont la conception est originale : un conflit mondial entre le Travail et le Capital abolira tous les systèmes politiques et sociaux existants et débouchera sur le retour du Christ et le rétablissement du paradis terrestre. Après son décès, en 1916, le mouvement des Étudiants de la Bible a été dirigé par Joseph Franklin Rutherford (1869-1942).

L’autoritarisme dont il fit preuve et les modifications qu’il apporta à l’enseignement du fondateur furent à l’origine d’une scission. En 1931, il donna à ses suiveurs le nom de Témoins de Jéhovah. Son successeur Nathan Homer Knorr (1905-1977) fit de la Société de la Tour de Garde une véritable entreprise de prédication et accrut de façon sensible de nombre de fidèles. Le président actuel, Frederick Franz, universitaire et longtemps doctrinaire du mouvement, dut affronter des remous internes provoqués par les revirements doctrinaux des dirigeants.

D’un point de vue doctrinal, les Témoins de Jéhovah prennent à la lettre certains versets bibliques. Ils rejettent la théorie de l’évolution, affirmant que le monde a été créé il y a six mille ans et que les premiers hommes furent Adam et Eve. Ils prétendent avoir trouvé le vrai nom de Dieu (Jehovah). Selon eux, le Christ est le « premier né » de Dieu, il aurait donc eu une existence antérieure à son incarnation. Il est le rédempteur envoyé par Dieu. Il est identifié à l’archange Michel. Le culte de Marie est exclu. Jésus aurait été mis à mort le 14 de Nisan de l’an 33 de notre ère sur un poteau et non sur une croix. Les Témoins de Jéhovah n’acceptent donc pas le symbole de la croix. Ils ne vénèrent pas non plus le poteau car il s’agit d’un instrument de supplice. L’homme n’a pas d’âme mais il est l’âme. Après la mort, il ne reste pratiquement rien et la résurrection sera une seconde création. Au nom de l’identité entre l’âme, le sang et la vie, ils refusent les transfusions sanguines et la consommation de viande non saignée. Les témoins ont les yeux fixés sur la fin des temps. Ils tentent de la dater en s’appuyant sur la chronologie biblique. La fin de ce monde a été annoncée plusieurs fois en vain : sous la direction de Russel (1878 – 1914), puis pendant le mandat de ses successeurs : 1918, 1925, 1975, Les attentes déçues entraînèrent quelques défections mais n’entravèrent pas l’expansion de l’organisation jéhoviste. Dans ses vues, l’Association des Témoins de Jéhovah est le seul canal que Dieu utilise pour accorder le salut aux hommes. Toutes les autres religions sont considérées comme des erreurs. Le catholicisme est la cible d’une agressivité particulière.

La vie religieuse jéhoviste est peu sacramentelle. Le baptême par immersion pris à l’âge de raison est une simple manifestation de la conversion. La Cène est commémorée le 14 de Nisan.  Seuls ceux qui estiment, en toute conscience, faire partie des 144 000 élus qui iront siéger aux côtés de Dieu après leur mort prennent les emblèmes ce jour-là. Les services religieux sont peu émotionnels. Ils sont axés sur l’acquisition de la doctrine et sur sa diffusion. Ils consistent en réunions d’étude pendant laquelle les fidèles écoutent les discours, lisent ensemble les publications du mouvement ou s’entraînent à la prédication.
Dans la vie quotidienne, les Témoins n’accomplissent pas, par pacifisme, le service militaire. Ils considèrent le salut au drapeau comme une marque d’idolâtrie. Ils ne fument pas pour éviter de souiller le corps mais ils peuvent boire modérément des boissons alcoolisées.

A travers ses écrits et ses activités, la Société de la Tour de Garde apparaît comme une secte (au sens sociologique) eschatologique, millénariste, utopique, volontaire, élitiste, protestataire, militante et radicale.
Eschatologique car les Témoins attendent la fin de ce monde à l’issue de la bataille d’Harmaguedon, toujours imminente. L’embrasement du monde à la suite d’une lutte des travailleurs contre les capitalistes prévu par C.T.Russell a été remplacé par un catastrophisme plus classique (tremblements de terre, épidémies, famines …).

Millénariste parce que les Témoins attendent le rétablissement du Royaume de Dieu pour mille ans. A la fin de cette période, les hommes auront la possibilité de renier Dieu. Ceux qui le feront mourront définitivement. Les autres entreront dans le paradis restauré. Le caractère utopique est le corollaire du millénarisme. Les Témoins conçoivent le paradis restauré comme une théocratie où la mort, la maladie, l’exploitation de l’homme seront abolies mais actuellement l’organisation jéhoviste est dans l’esprit des fidèles le déjà-là du Royaume. La société de la Tourd e Garde est un groupe volontaire au sens où on reçoit le baptême après en avoir fait personnellement la demande. Celui-ci peut être refusé si le candidat ne se conduit pas conformément aux principes jéhovistes. Cette religion peut être qualifiée d’élitiste dans la mesure où elle prétend être la seule organisation de salut voulue par Dieu, que seuls ceux qui se convertissent seront sauvés et quelle partage les hommes en deux groupes : les profanes qu’il faut fréquenter le moins possible parce qu’ils sont sous l’influence de Satan et les fidèles eux-mêmes. Protestataire car les Témoins condamnent en termes violents les sociétés actuelles et refusent certaines pratiques sociales et médicales communément admises. La secte est radicale car elle rejette par principe tout compromis avec les systèmes sociaux (juridiques et politiques). Dans la pratique, cette attitude est plus nuancée car les Témoins sont passés aîtres dans l’art de la procédure judiciaire.

Enfin, le militantisme est un trait fondamental du Jéhovisme, l’adepte étant sans cesse mobilisé pour se soumettre à l’ardente obligation de faire des disciples.
Ce groupe religieux possède donc toutes les caractéristiques de la secte : adhésion volontaire, appartenance accordée selon le mérite, exclusivité (elle forme un peuple à part), idéal de perfection personnelle imposé aux adeptes, forte proportion de laïcs, exigence d’un engagement plus important que dans les autres Églises, emprise exercée sur tous les aspects de la vie, refus de la compromission avec les systèmes sociaux qui l’entourent. Bryan Wilson qualifie l’Association des Témoins de Jéhovah de secte révolutionnaire dans la mesure où, toute réforme humaine étant vaine, elle souhaite la disparition du monde actuel pour le remplacer par « une nouvelle terre ».

La Société de la Tour de Garde recrute dans les classes sociales modestes et dans les classes moyennes inférieures. Dans beaucoup de pays occidentaux, elle attire les immigrés. Elle semble, faire souche sur le terrain catholique. En dépit du malaise interne qui a traverse et de la répression qu’elle subit dans certains pays, les effectifs de l’organisation jéhoviste progressent. En 1993, on comptait 4 709 889 fidèles (soit un accroissement de 4,5% par rapport à 1992) dans le monde dont 122 254 « en France et 27 145 en Belgique.

B. Blandre, Les Témoins de Jéhovah, Paris-turnhout, Maredsous, 1991 ; Les Témoins de Jéhovah, un siècle d’histoire, Paris, desclée de Brouwer, 1987, 1992 – M.Introvigne, Les Témoins de Jéhovah, Paris, Cerf, 1990. – Chr.Paturel, Et Pharaon dit : « Qui est Jéhovah ? », Chomerac, Les Ateliers du Coiron, 1993.

Marquer/Partager via AddInto