Vers une sortie de la logique sectaire ? In Françoise Champion & Martine Cohen (ed.)/ Sectes et démocratie, Paris, Seuil, 1999. pp.105-125.

Par Régis Dericquebourg

Au terme d’une étude sur la Société de la Tour de Garde réalisée entre 1973 et 1979[1], celle-ci nous apparaissait comme le type même de la secte au sens sociologique, c’est-à-dire non péjoratif.

Nous ne cherchions pas à mettre en évidence le caractère sectaire du jéhovisme. Nous voulions décrire la dynamique sociale d’un groupe qui nous semblait étrange et analyser ses rapports aux institutions. Le fonctionnement interne du mouvement et l’insertion des croyants minoritaires dans la société nous importaient plus que les problèmes de classification. Toutefois, en rassemblant des conclusions partielles, nous repérions un ensemble de caractéristiques qui formaient le tableau de l’idéal-type de la secte que dresse Bryan Wilson en commentant Troeltsch.

Pour le sociologue d’Oxford, la secte est un groupe auquel on adhère volontairement. L’adepte doit y mériter son appartenance; celui qui dévie de la pratique et de la doctrine risque l’exclusion. La secte est exclusive, car elle se considère comme un peuple à part. Elle propose à ses fidèles un idéal de perfection personnelle; se considérant comme un groupe élitiste, elle réclame de ses participants un engagement supérieur à celui exigé par les Églises. Elle comporte toujours une forte proportion de laïques. Elle affiche une animosité ou du moins une indifférence envers  le système social global et l’Etat. Enfin, la secte exerce une emprise totale sur ses membres. Elle tend à les maintenir «hors du monde» et leur dicte la conduite à adopter envers «le monde » [2].

Selon la typologie comparative de Bryan Wilson, qui est fondée sur les attitudes d’un groupe envers le monde, nous classions le jéhovisme parmi les « sectes révolutionnaires ». En effet, les Témoins de Jéhovah estiment que les systèmes sociaux et politiques actuels sont mauvais et impossibles à améliorer. Par conséquent, ils aspirent à une nouvelle dispensation divine mettant fin «au présent système de choses », et dont bénéficieront ceux qui ont accepté «la vérité» et le style de vie qu’elle implique.

Vingt ans après cette étude, le jéhovisme a évolué. En France, ses effectifs ont doublé[3], et, en examinant son évolution, nous pouvons nous demander s’il ne s’éloigne pas du type secte.

Le jéhovisme sort-il de la logique sectaire ? Pour répondre à cette question, nous mettrons en regard les caractéristiques de la Société de la Tour de Garde des années 1970-1980 avec les changements résultant de révisions doctrinales ou installés progressivement sous l’effet d’une adaptation au monde sans qu’ils aient fait l’objet d’un débat dans les instances de direction.

Le jéhovisme sectaire

Il y a vingt ans, nous présentions cette description systématisée du jéhovisme.

Les Témoins de Jéhovah, un groupe enclavé

La Société de la Tour de Garde classe les individus en trois catégories: les profanes, ou «ennemis de la vérité », les postulants en cours d’instruction, appelés « amis de la vérité », et les baptisés, dits « dans la vérité ». Elle recommande formellement à ses membres de limiter les contacts avec les premiers aux seules relations de travail et de prosélytisme, car ils peuvent constituer une mauvaise influence. Elle incite les enfants de Témoins à ne pas jouer avec les autres, et les jeunes gens à choisir leur conjoint à l’intérieur de la secte. D’autre part, les liens avec la parenté se distendent si celle-ci ne partage pas l’engagement. En conséquence, les Témoins sont conduits à limiter leurs relations avec le monde et forment un groupe à part dans la société, un isolat social.

Une forte emprise sur les fidèles

De la même façon qu’ils restreignent les échanges avec le système social, les Témoins doivent aussi éviter les médias, dont l’influence peut être néfaste pour leur spiritualité et pour leur morale. De ce fait, beaucoup de Témoins lisent peu de revues et de journaux en dehors des nombreuses publications de la Tour de Garde; ces dernières sont lues abondamment, sans esprit critique. Les mettre en question serait un « péché contre « l’esprit », le pire! Les dirigeants recommandent aux adeptes de ne jamais se réunir sans la présence d’un surveillant de congrégation afin d’éviter que les discussions religieuses éventuelles n’aboutissent à une critique de la doctrine.
D’autre part, la parole des fidèles est réduite à une répétition des écrits doctrinaux. Les études se font par questions et réponses. Un surveillant pose les questions inscrites en bas de page, les réponses sont une phrase du texte. Il s’agit d’un apprentissage et non d’un débat. Un surveillant de la congrégation de Lille disait en 1975 : « On ne vient pas chez nous pour apporter ses idées.» La discussion faisant appel à l’interprétation des Écrits et des Écritures est donc en principe impossible. Les idées sont produites par le Collège de direction de Brooklyn. Elles ont valeur de vérité [4].
Sur un autre plan, le mouvement entend régenter tous les aspects de la vie privée de ses croyants, et un aîné de congrégation peut faire une visite à l’improviste au domicile d’un Témoin, pour s’assurer que le foyer vit conformément aux préceptes jéhovistes [5].
Ainsi, un Témoin ne peut le demeurer qu’à condition d’être un sujet orthodoxe, c’est-à-dire un sujet qui «accepte et même demande que sa pensée, son langage et son comportement soient régulés par le groupe idéologique dont il fait partie et notamment par les appareils de pouvoir du groupe[6] ». La Société de la Tour de Garde elle-même est orthodoxe dans la mesure où elle considère ce type de régulation comme légitime.
Un exemple de cette emprise nous est fourni par les représentations entretenues chez les adeptes. Ceci n’est certes pas spécifique au jéhovisme, puisque tout groupe est traversé par un imaginaire collectif. Mais, chez les Témoins, celui-ci apparaît de façon évidente. En premier lieu, la Société de la Tour de Garde cultive l’idée d’une persécution. Bien entendu, les Témoins la subissent dans certains pays et ils ont été victimes du nazisme. Toutefois, dans les nations où ils ne sont pas inquiétés par les gouvernants, ils interprètent tout geste d’indifférence ou d’inimitié comme une manifestation d’hostilité. La « victimisation» est un élément de leur validation du croire. En effet, selon leur doctrine, ceux qui propagent la «vérité» seront nécessairement persécutés. En second lieu, les fidèles affirment que leur communauté est chaleureuse, alors qu’en réalité la gestion et l’expansion passent avant l’émotion groupale et que la solidarité interne est faible. En troisième lieu, ils pensent colporter une vérité immuable, bien que leur doctrine ait subi des changements dans un passé lointain et récent. Ils affirment également qu’ils gouvernent ensemble la congrégation locale, alors que chaque détail de son fonctionnement est pratiquement réglé par le quartier général de Brooklyn. L’un d’eux me disait que c’était une autogestion, alors qu’il s’agit d’une télégestion. Enfin, ils sont convaincus de vivre dans un monde sans conflits, alors que les inimitiés et les rivalités existent; ils se représentent leur mouvement comme une enveloppe maternelle rassurante, unitaire et féconde en nourritures spirituelles, et comme un corps dont chaque partie est indispensable au bon fonctionnement de l’ensemble. Ces deux dernières représentations contribuent à entretenir le sentiment que l’organisation est le déjà-là du paradis restauré. Ces représentations ne peuvent se maintenir que grâce à l’emprise constante des dirigeants et à une déformation de la réalité par les adeptes pour la rendre conforme à leurs désirs.

Un groupe volontaire

On ne naît pas Témoin de Jéhovah, on le devient. Que l’on soit élevé dans une famille jéhoviste[7] ou que l’on soit entré en contact avec l’Association de la Tour de Garde grâce à des proclamateurs, il faut demander personnellement le baptême. Celui-ci peut être refusé si le candidat n’a pas rendu sa vie conforme à certaines exigences, par exemple s’il vit en concubinage, s’il fume, s’il abuse de boissons alcoolisées ou s’il n’a pas acquis une connaissance suffisante de la doctrine.

Un groupe élitiste

La Société de la Tour de Garde prétend être l’unique organisation de salut voulue par Dieu, et elle a la conviction d’être la seule à dispenser la vérité dans le domaine religieux. La conséquence est double : 1) seuls les fidèles seront sauvés lors de l’apocalypse; ceci implique d’exclure de ses rangs tous ceux dont les conduites ne sont pas conformes aux principes du mouvement; 2) elle divise le monde en deux parties : les profanes, qu’il faut fréquenter le moins possible car ils sont sous l’influence de Satan, et les fidèles eux-mêmes.

L’élitisme se manifeste aussi sur le plan de la vie personnelle. « On est Témoin de Jéhovah vingt-quatre heures sur vingt-quatre », disait un aîné de congrégation au pupitre. Cela signifie que la spiritualité ne doit jamais quitter le fidèle et que sa vie doit être en tout point exemplaire et conforme aux préceptes jéhovistes.

L’engagement religieux est plus intense que celui des Églises établies. Le Témoin de Jéhovah ne peut être un «tiède ». Il est entièrement accaparé par sa pratique religieuse (plusieurs réunions de cultes chaque semaine, assemblées, prosélytisme systématique de maison en maison, fonctions éventuelles dans la congrégation). Avec les activités professionnelles, il lui reste peu de temps à consacrer à sa famille et aux loisirs. Dans les faits, le problème de la coexistence entre la vie religieuse et la vie familiale a été résolu en considérant le foyer comme un prolongement de la congrégation. Il est conseillé d’étudier les écrits jéhovistes et de prier en famille, de prendre ses loisirs avec d’autres Témoins sous la surveillance d’un aîné de congrégation, d’inviter les «pionniers spéciaux» (proclamateurs à temps plein) sa table. Quand un adepte en infraction avec les préceptes jéhovistes est écarté du groupe religieux, ses proches, s’ils appartiennent au mouvement, doivent éviter les discussions avec lui, comme ils doivent le faire avec n’importe quel exclu. Ainsi conçue, la famille devient un appendice de l’organisation.
D’autre part, sur son lieu de travail ou dans d’autres endroits, le Témoin doit faire de la prédication occasionnelle.
De cette façon, la frontière entre l’espace religieux et la vie privée ou publique est abolie.

Un groupe relativement protestataire

Dans son histoire, la Société de la Tour de Garde apparaît protestataire à plusieurs titres.
Elle l’est d’abord comme analyseur social, c’est-à-dire comme groupe qui, par certaines prises de position envers des aspects de la société (refis du service militaire, opposition à la théorie de l‘évolution, refus des transfusions sanguines, refus de saluer les emblèmes nationaux), pousse les institutions à recourir à la répression; il dévoile ainsi leur caractère répressif et révèle les aspects sur lesquels elles n’entendent pas transiger. Dans la typologie des analyseurs sociaux établie par Loureau, les Témoins de Jéhovah pourraient être classés dans la catégorie des déviants idéologiques. Trois exemples peuvent le montrer.
Les Témoins de Jéhovah sont, en principe, insoumis à l’armée. Ils ont jusqu’à une date récente refusé le service civil de remplacement qui leur était offert (voir plus bas). Emprisonnés pour cette raison, ils contribuaient à montrer le caractère militariste de certains pays. Le rejet des transfusions sanguines et l’obligation de s’y soumettre contre leur gré dévoilent le monopole d’une médecine officielle sur le sens de la vie et de la mort. L’anti-évolutionnisme conduit les Témoins à affirmer qu’une théorie officielle est imposée aux élèves, ils voient en ceci une atteinte à la liberté de savoir[8].

D’autre part, la pratique sociale de la Société de la Tour de Garde rencontre sur certains points — sans le vouloir et pour des raisons différentes — le mouvement contre-culturel et protestataire des années 1960-1970 en Occident: mise en cause de l’idéologie du travail et de la réussite sociale (chez les Témoins, elle est considérée comme une entrave à une pratique religieuse intense); refus de la consommation ostentatoire, condamnation du mercantilisme; refus de s’aligner sur la vie sociale ambiante (en ne participant pas aux fêtes traditionnelles et conviviales et en refusant de se situer dans l’histoire du inonde).

On constate également que, dans leurs publications et dans leurs conversations, les Témoins tiennent un discours agressif envers les institutions[9]. Nous avons constaté qu’ils applaudissaient les « discours bibliques » véhéments. Les Églises établies sont qualifiées de « prostituées des États », les systèmes politiques sont jugés oppressifs, corrompus, militaristes. Des références bibliques (« Babylone la Grande ») appuient cette critique radicale. Les Témoins aspirent à la destruction de ces institutions. Toutefois, ils ne font rien qui puisse aller dans ce sens. Ce n’est pas leur affaire. Dans leurs vues, Dieu seul mettra fin à tout cela.

Enfin, les Témoins dénoncent le système social présent en lui opposant l’utopie du Royaume restauré. Celle-ci accentue par contraste les défauts du monde actuel. On trouve là le caractère protestataire de l’utopie qui en appelle au passé contre le présent, selon la formule de J. Séguy, pour qui l’utopie est «tout système idéologique total visant, implicitement ou explicitement, par l’appel à l’imaginaire seul (utopie écrite) ou par passage à la pratique (utopie pratiquée) à transformer radicalement les systèmes sociaux globaux existants[10]« .

Dans notre thèse et dans nos articles sur le jéhovisme, nous avions insisté sur le caractère radical de sa protestation. Or, celle-ci nous apparaît aujourd’hui relative. Sur certains points, les Témoins acceptent les pratiques sociales ambiantes. Par exemple, les Témoins désapprouvent le concubinage dans leurs rangs. Ils sont obligés de se marier civilement. On trouve là un compromis avec la société. On pourrait imaginer que les Témoins, par hostilité envers l’Etat, organisent des mariages religieux et évitent de passer devant un représentant local de la République. Sur ce point, la comparaison avec des radicaux politiques (les libertaires) s’impose. Les anarchistes n’officialisent pas leur union devant le maire, car ils refusent de soumettre leurs affaires privées à l’État. On le voit : les Témoins se situent en retrait par rapport aux plus radicaux. Leurs actes ne reflètent pas nécessairement la radicalité de leur discours.

De même, les Témoins ont toujours recouru à la justice humaine pour régler leurs différends avec la société, alors que, dans leurs vues, seule la justice divine est légitime. Les procès qui jalonnent leur histoire depuis les débuts montrent qu’ils sont même passés maîtres dans l’art de la procédure judiciaire. On aperçoit là les limites de leur radicalisme — celui-ci étant défini en sociologie comme le refus de recourir aux instances établies de règlement des conflits. Un avocat Témoin de Jéhovah a acquis une notoriété en assurant la défense des groupes religieux minoritaires «au nom de la liberté de pensée, de conscience et de culte ». Il est le seul à avoir choisi la voie d’une défense non exclusive, mais il nous a affirmé que de nombreux Témoins partagent ses vues libérales. Un Témoin canadien a été autorisé par la Société de la Tour de Garde à faire des études juridiques en vue d’exercer la profession d’avocat[11]. Une défiance totale et radicale devrait les conduire à s’abstenir de l’action juridique. Un exclusivisme rigoureux obligerait l’avocat précité à s’abstenir de défendre des personnes soutenant des doctrines religieuses qui, du point de vue jéhoviste, sont sataniques.

Nous constatons aussi que les Témoins de Jéhovah n’ont pas créé d’écoles confessionnelles. Aux États-Unis, il y a eu une tentative en ce sens, mais l’expérience a pris fin. En France, ils s’accommodent donc de l’école publique, alors que, dans les régions où ils sont nombreux comme le Nord et le Pas-de-Calais, ils pourraient fonder des écoles afin de soustraire leurs enfants à l’influence du «monde ».

D’autre part, chez nos voisins belges, il nous a été signalé que les Témoins inscrivent leurs enfants au cours de morale laïque. (Un cours obligatoire de morale dispensé par les grandes confessions est donné dans les écoles belges; ceux qui ne souhaitent pas bénéficier d’un cours de morale religieuse choisissent le cours de morale laïque.) On conçoit que les Témoins de Jéhovah évitent les cours de morale fondés sur d’autres confessions. On comprend moins bien qu’ils permettent à leurs enfants de suivre des cours de morale laïque, vu l’animosité qu’ils ont manifestée envers les États, les pouvoirs politiques et leurs emblèmes [12]. Et pourtant, les Témoins de Jéhovah acceptent les cours de morale obligatoires («  Nos enfants suivent le cours de morale. Mais cela dépend du choix de chaque parent[13] »). Certes, trois arrêts du Conseil d’Etat ont dispensé des jeunes Témoins du cours de morale laïque[14]. Toutefois, les responsables de la Société de la Tour de Garde ont minimisé la portée de ces recours en précisant qu’il s’agissait de cas où le jéhovisme avait été mis en cause. Selon eux, «si la morale reste dans le domaine acceptable, les parents ne voient pas pourquoi ils empêcheraient leurs enfants d’assister au cours […j. Le cours de morale n’a pas été “jeté tabou” par les Témoins de Jéhovah. C’est un cas précis qui a été utilisé et la décision du Conseil d’Etat n’est qu’un instrument de référence de façon à faire prévaloir un droit que nous estimons légal à partir du moment où l’Etat a reconnu qu’une telle politique agressait les enfants […j. Notre but n’est pas d’imposer une, règle mais de laisser le libre arbitre à chacun… ». On constate avec intérêt que les responsables évoquent la conscience des fidèles à plusieurs reprises dans le-cours de l’entretien. Nous verrons plus loin que les dirigeants de la Société de la Tour de Garde laissent à présent les fidèles apprécier selon leur conscience des pratiques qui étaient soumises à l’autorité du mouvement il y a vingt ans. Ils utilisent même l’expression « libre arbitre» chère à leurs interlocuteurs. Est-ce purement tactique ?

De même, les Témoins paient leurs impôts en vertu de la formule: « Rendons à César ce qui est à César et,.à Dieu ce qui est à Dieu.» Interrogés sur cette concession à l’Etat, ils nous ont répondu qu’ils aiment « rouler sur des routes bien faites », ce qui signifie qu’ils acceptent, en attendant la « fin du monde », le contrat avec l’État. Or on sait que des groupes religieux radicaux du XVIIe siècle anglais refusèrent de payer toute forme de taxes[15].

Toutes ces caractéristiques nous ont fait considérer le mouvement jéhoviste comme un groupe protestataire, bien qu’il existe chez les Témoins un conformisme social qu’on ne trouve pas dans d’autres groupes radicaux. Toutefois, sous l’apparence d’un groupe de gens conformistes de type «classe moyenne inférieure», on trouve aussi un mouvement protestataire.

Un groupe de laïques

La Société de la Tour de Garde n’a pas de clergé. Toutes les fonctions sont assurées par des fidèles élus au sein des congrégations, puis dans la hiérarchie, par des laïques occupant des postes à plein temps.

On le voit : le jéhovisme semble correspondre à la définition idéal-typique de la secte. Toutefois, son histoire récente montre une évolution. La Société de la Tour de Garde paraît sortir de la logique sectaire.

La sortie d’une logique sectaire

Quelques indices me font penser que les Témoins de Jéhovah ont évolué sur plusieurs plans.

L’engagement dans l’action humanitaire

Autrefois, les Témoins de Jéhovah étaient indifférents à l’aide aux personnes frappées par le malheur et les catastrophes, puisque ce sont des conséquences du péché d’Adam qui font partie des vicissitudes de la «fin des temps» annoncées par les Écritures. Dans leurs vues, apporter un soulagement matériel aux hommes allait à l’encontre des desseins divins.

Or les Témoins français ont aidé les victimes des inondations de Vaison-la-Romaine, Nîmes, Bollène, pendant l’hiver 1994- 1995. Des Témoins de Jéhovah apportent leur contribution au sein d’organisations philanthropiques laïques, comme les «restaurants du cœur». Le Bethel s’est mobilisé lors du génocide du Rwanda. Ses membres ont installé un hôpital en moins de vingt-quatre heures grâce à un mouvement de solidarité dans leurs rangs. Un de leurs membres éminents, maître Paturel [16], nous a signalé que des jeunes Témoins emprisonnés pour insoumission à l’armée avaient proposé au ministère de la Défense de partir en mission humanitaire au Rwanda. Pour des raisons diverses, l’opération n’a pas pu être concrétisée.

Sur un autre plan, les Témoins ne croient pas que l’on puisse améliorer la société par l’action politique et réformiste. Dans leurs vues, Dieu mettra fin aux problèmes que rencontre l’humanité lors de la fin du monde en apportant une nouvelle «dispensation ». L’aggravation des problèmes sociaux est un signe des temps. D’autre part, celui qui attend la «fin du monde» n’a pas de temps à consacrer à la vie publique. Il préfère se préparer au rendez-vous avec Dieu. Pour ces raisons, les Témoins ne s’engageaient pas dans la vie politique et ne participaient pas aux élections. Pour prolonger leur abstentionnisme social, ils ne se syndiquaient pas.

Or, actuellement, des Témoins se syndiquent, ce qui semble indiquer qu’ils souhaitent dès maintenant améliorer leur sort et celui des salariés et, on le verra plus loin, depuis peu, la Société de la Tour de Garde laisse à ses fidèles le soin d’apprécier personnellement s’ils peuvent voter dans les élections municipales et nationales.

L’ emprise bousculée par la question de la sexualité

La Société de la Tour de Garde, très puritaine, entendait régler la vie sexuelle des adeptes. Sous le mot «fornication », elle plaçait l’homosexualité et les pratiques sexuelles ne visant pas la procréation. En 1972-1973, elle rappela ces principes. Il s’ensuivit des dénonciations qui aboutirent à des exclusions.
De nombreuses questions et des lettres de protestation furent adressées au Collège de direction de Brooklyn. Incapable de statuer sur les cas présentés, celui-ci précisa, le 15 décembre 1978, qu’en l’absence d’indications claires dans la Bible, les couples mariés portaient la responsabilité de leurs actes devant Dieu. Une brèche s’ouvrait dans l’emprise disciplinaire, puisque la conscience des fidèles se substituait à la régulation officielle sur la vie sexuelle.

La fin de l’insoumission à l’armée.

Les Témoins refusent le service militaire en vertu d’une interprétation pacifiste de l’évangile. Pendant la guerre d’Algérie, les peines d’emprisonnement pour insoumission ont été lourdes. Toutefois, quand le statut d’objecteur a été accordé par le général de Gaulle, les Témoins n’ont pas voulu en bénéficier et ont préféré l’insoumission, car le statut ne garantissait pas, dans leur esprit, une rupture définitive avec l’armée. Nous l’avons vu plus haut, j’interprétais ce refus comme l’expression d’une attitude protestataire : volonté de maintenir une tension avec les systèmes sociaux et volonté de jouer le rôle d’analyseurs sociaux.

En février 1995, les choses ont changé. Un service civil conforme aux dispositions religieuses des Témoins de Jéhovah a été accordé par François Léotard, alors ministre de la Défense.
Selon les termes d’une circulaire ministérielle, les Témoins de Jéhovah qui en font la demande huit jours avant la date d’incorporation peuvent être affectés dans des associations ou des hôpitaux. Ils sont assurés de ne pas être rappelés dans des unités qui participeraient, même indirectement, aux combats en cas de guerre. Il est intéressant de constater que les Témoins ont accepté de négocier avec le ministère de la Défense, alors qu’autrefois ils auraient affiché leur indifférence à l’égard du « monstre étatique » et auraient préféré en être les « martyrs ».

Nous sommes curieux de savoir s’ils seront candidats au service civil volontaire qui remplacerait le service militaire. Il m’a été signalé un cas de Témoin pompier volontaire dans sa ville. Il n’en a pas été dissuadé par les responsables de sa congrégation.

Le dialogue à propos du refus des transfusions sanguines

Cette pratique fondée sur une interprétation des Écritures a provoqué des frictions entre les Témoins et la société. En principe, les Témoins refusent le recours aux transfusions à l’exception de quelques cas (principalement d’hémophiles) examinés par le Collège de direction de Brooklyn. Or, depuis une dizaine d’années, les Témoins ont accepté d’en discuter officiellement avec les médecins. Une instance de dialogue a été créée en 1982. Une autre lui a succédé en 1988.

Un bureau d’information des hospitaliers est actif en France depuis 1990. Il se compose d’un médecin et de sept autres membres. Il est établi à Boulogne-Billancourt. Il dépend du service d’information des hospitaliers localisé au quartier général de Brooklyn. Celui-ci rayonne sur les bureaux d’information présents dans 64 pays. Les bureaux nationaux ont des ramifications dans 864 comités de liaison des hospitaliers situés dans les grandes métropoles.

Chaque comité comporte des responsables de congrégation et, quand cela est possible, un médecin. Il se charge de trouver des équipes médicales disposées à soigner les Témoins qui doivent être opérés en respectant leurs convictions. En 1993, 27000 médecins dans le monde avaient accepté de collaborer avec ces comités.

Le bureau d’information des hospitaliers disposait, au 1er octobre 1993, d’un fonds de 1 400 documents médicaux. Il organise des séminaires sur les nouvelles techniques non sanguines à l’intention des membres des comités de liaison. Par exemple, en 1996, il a réuni des anesthésistes. Il peut recevoir des appels sur une ligne ouverte jour et nuit. Il dispose d’un réseau de télécopie qui peut diffuser rapidement les documents indispensables, aux médecins qui souhaitent s’informer.

D’autre part, en 1992, un contrat de groupe a été signé avec un assureur pour faciliter le transfert d’un patient d’un hôpital vers un autre établissement hospitalier qui utilise les procédés non sanguins.

Le bureau français signale qu’il rencontre peu de difficultés de traitement en raison de cette politique de prévention, mais que le seul problème, qu’il considère comme « résiduel », est celui des urgences.

Il m’a aussi été rapporté que certains Témoins acceptent d’être déchus de l’autorité parentale le temps de l’opération d’un enfant. De cette façon ils contourneraient la responsabilité d’un refus de transfuser l’enfant. Pour maître Paturel, Témoin de Jéhovah lui même, cette modalité est certainement exceptionnelle, puisque les parents se battent jusqu’au bout et se résignent à la transfusion forcée administrée en vertu de l’article 28 du décret de 1974 régissant les établissements hospitaliers.

Il y a près de vingt ans, nous considérions ce refus comme une volonté de maintenir un conflit avec la société et de mettre en cause peut-être indirectement le monopole de la médecine officielle sur la vie. Au fond, le problème était celui de se soigner et de mourir, selon leurs options. Le même problème est posé aujourd’hui par les opposants à la vaccination et par les partisans de l’euthanasie, mais on constate que les Témoins proposent un dialogue avec la profession médicale sans renier leurs principes. De ce fait, un certain nombre de médecins et de chirurgiens ont accepté de prendre en compte la spécificité jéhoviste à propos du sang.

La discussion avec l’État

Les Témoins de Jéhovah acceptent maintenant de demander le statut d’association cultuelle (loi de 1905). En faisant cette démarche, ils négocient avec le ministère de l’Intérieur et avec des représentants des Églises établies (pour adhérer à la Caisse des cultes). Une démarche analogue, entreprise en Allemagne, a abouti favorablement, fl n’est pas impossible que la France suive la même voie.

La question du vote

La Société de la Tour de Garde n’autorisait pas ses fidèles à adhérer à un parti politique et à se rendre aux urnes, pour se tenir à l’écart des affaires du monde[17].

En 1973, dans un de leurs livres d’étude[18], les Témoins justifiaient l’abstention en rappelant que les premiers chrétiens n’acceptaient aucune charge politique dans l’Empire romain.
Dans les années 1970-1980, nous entendions les fidèles parler des élections avec humour. Il semblait y avoir un consensus à propos de la « grève des urnes », comme chez les libertaires. Il y avait une exception : les Témoins déposaient un vote «nul» dans l’urne dans les pays où le vote était obligatoire (la Belgique par exemple).

Or, au début de l’année 1998, une circulaire diffusée dans les congrégations françaises a annoncé dans des termes très circonstanciés que la décision de voter était un choix personnel[19], mais que le Témoin devait éviter les querelles politiques en se souvenant que le Christ disait : «Mon Royaume n’est pas de ce monde. »
Prennent-ils réellement part aux scrutins? Ceci est une autre affaire. Il importe seulement de constater le changement.

En résumé, dans les négociations sur le service civil et sur le refus des transfusions, les Témoins ont accepté de faire un pas en direction de l’Etat et de la médecine officielle, qui ont, en retour, fait un pas dans leur direction.

Pour le service civil, la République a modifié l’application d’une loi qui a plus de trente ans. Autrefois très contraignant, le service civil avait été adouci pour les objecteurs et, en 1995, l’Etat a accepté de reconnaître la « petite différence » des Témoins.

De leur côté, des médecins acceptent de reconsidérer la rationalité médicale à la lumière d’une croyance, de faire des recherches sur les thérapies non sanguines et, quand cela est possible, d’adapter leur art aux convictions des patients Jéhovistes. Il est vrai que le refus des transfusions par des non-Témoins à cause de l’ affaire du sang contaminé» a aussi contribué, à modifier la position des chirurgiens.

L’attitude des Témoins évolue. Ils font des « concessions» aux instances politiques et aux systèmes sociaux. Certains s’engagent dans l’action réformiste. Ils peuvent voter s’ils le souhaitent. Toutefois, les femmes n’ont toujours pas de responsabilités dans les congrégations.

Le jéhovisme dans son ensemble évolue. Le niveau social des recrues s’élève. Assiste-t-on à une évolution vers une Dénomination qui s’installe dans la société pour durer?

Discussion

Une sortie de la logique sectaire semble se dessiner. Comment peut-on l’expliquer ?

Une première cause serait la durée. La chose a été signalée par les sociologues : au fur et à mesure que les générations de fidèles se succèdent, la radicalité et l’enthousiasme religieux de la secte s’émoussent[20]. Celle-ci passe des compromis avec le monde, elle évolue vers la Dénomination et peut-être vers le type Église.
Il est possible qu’après une série de rendez-vous manqués avec la fin du «présent système de choses» (prochaine, puisque la bataille finale d’Harmaguedon doit se produire avant que la génération qui a vécu en 1914 ne s’éteigne), la Société de la Tour de Garde commence à s’installer.

A moins de faire d’autres prédictions fondées sur une nouvelle chronologie biblique, l’avenir du mouvement est en jeu. Même si, selon Festinger, on peut conserver la foi après l’échec d’une prophétie [21], la répétition des échecs risque de faire perdre sa crédibilité au mouvement. Dans le passé, des groupes millénaristes n’ont pas survécu à des attentes vaines. D’autres ont cessé de fixer les dates du retour du Christ. Il est possible que le jéhovisme commence à négocier une attente plus floue du paradis restauré.

Une autre raison, également signalée par les sociologues, résiderait dans l’élévation du niveau social des recrues. Les sectes millénaristes recrutent dans les couches défavorisées de la population[22]. Le jéhovisme n’a pas échappé à ce déterminisme sociologique. Le fait est signalé par Jean Séguy.[23] Nous l’avons constaté dans notre étude : dans le Nord et le Pas-de Calais, la Société de la Tour de Garde a fait souche chez les ouvriers mineurs polonais avant de s’étendre à d’autres couches d’émigrés et à des ouvriers de l’industrie textile et sidérurgique [24].
Toutefois, le niveau social des recrues s’élève peu à peu (des enfants de Témoins sortent de la condition sociale des parents grâce à leurs études, de nouvelles populations sont attirées); les « classes moyennes inférieures », puis, dans une plus faible proportion, les classes moyennes supérieures sont aujourd’hui touchées, même si les plus modestes demeurent majoritaires.
La séparation avec le monde, l’engagement intense sont plus difficiles à maintenir parmi les nouvelles recrues. Un des indices de l’embourgeoisement fut la levée de l’obligation de faire dix heures de prédication par semaine. Il fut dit à l’époque que les proclamateurs pouvaient faire plus, mais on peut se demander si beaucoup de Témoins n’avaient pas des difficultés à faire état de dix heures de prédication dans leurs rapports d’activité.
On en trouve un autre indice lorsque la question de transférer au samedi soir les réunions de culte du dimanche après-midi fut posée. La réponse fut négative, mais certains ne voulaient-ils pas disposer d’une journée entière pendant le week-end ? On peut se demander si les personnes se situant à un rang social plus élevé ne vont pas souhaiter une pratique moins contraignante et juger archaïques certains fonctionnements de la secte.

D’autre part, les Témoins qui suivent des études secondaires et supérieures lisent des ouvrages qui offrent d’autres perspectives que la littérature jéhoviste. Il n’est sans doute plus aussi facile de les maintenir dans une orthodoxie.

Enfin, les Témoins sont maintenant suffisamment nombreux et socialement visibles pour qu’on ne puisse plus les ignorer dans les pays démocratiques. La puissance publique finit par se pencher sur leur situation. Le ministère de la Défense a trouvé choquant d’emprisonner des jeunes gens de bonne moralité pour un motif de conscience. Les médecins finissent peut-être par prendre eu compte les arguments de leurs patients Témoins.

Selon Faris, «puisque le sectaire est l’aspect individuel de sa secte, il change quand son groupe change et son groupe change quand changent ses relations [25] » Quand la puissance publique fait un pas en direction d’un groupe religieux, celui-ci tend à faire un pas vers elle. Nous pouvons donc faire l’hypothèse que les Témoins auront des rapports moins conflictuels avec la société.
Le désenclavement du jéhovisme et son évolution possible vers le type de la Dénomination ont sans doute inquiété leurs opposants, qui ont contesté la circulaire du ministre de la Défense, car ils ne pourraient plus appliquer l’argument de la déviance aux Témoins.
Ceci concorde avec la théorie de l’amplification de la déviance. Plus un groupe est considéré comme déviant, plus il se comporte comme tel et plus il risque la répression, ce qui le pousse à plus de déviance.
Mais, à l’inverse, plus il est reconnu, moins il se conduit en déviant et moins il est réprimé.

Toutefois, le jéhovisme n’est pas encore une Dénomination.
Celle-ci est définie comme un groupe volontaire dont les procédures d’admission sont purement formelles, qui est tolérante, qui admet les «tièdes », qui n’est pas orthodoxe, qui fait moins de prosélytisme, qui a un recrutement social plus hétérogène, pour ne citer que les critères relatifs à ceux de la secte.
Le passage de la secte à la Dénomination n’est pas un phénomène qui se produit de façon mécanique avec le temps. La tension qui peut apparaître entre la séparation authentique avec le monde et le désir de respectabilité sociale n’est pas résolue de la même manière dans toutes les sectes. Ce problème est discuté par Bryan Wilson[26].

On sait par ailleurs que le jéhovisme a été ébranlé, dans les années 1980, par une crise interne qui a opposé des « traditionalistes» et des «légalistes » [27] Actuellement, les plus opposés aux changements sont qualifiés de «rutherfordistes », du nom du premier président de l’organisation, partisan d’une ligne dure.

En créant des instances de négociation avec les autorités, en recourant aux tribunaux, en s’orientant vers l’action sociale, la Société de la Tour de Garde développe une stratégie visant à se maintenir comme une organisation qui préserve l’essentiel de sa spécificité tout en acquérant le respect. On trouve peut-être ici le point de départ d’un compromis en vue d’une installation dans la société.

Les Témoins de Jéhovah publient leurs chiffres

Nombre de filiales 104
Nombre de pays 233
Nombre de congrégations 81 908
Assistance au Mémorial 12 921 933
Nombre des participants au Mémorial dans le monde 8 757
Nombre maximum de proclamateurs du Royaume 5 413 769
Moyenne mensuelle du nombre de proclamateurs 5 167 258
Pourcentage d’accroissement par rapport à 1995 4,4
Nombre de baptêmes 366 579
Moyenne mensuelle du nombre de pionniers 645 509
Total des heures consacrées à la prédication 1 140 621 714
Moyenne mensuelle du nombre d’études bibliques 4 855 030
 
Au cours de l’année de service 1996, la Société Watch Tower a dépensé 60 932 324,26 $ (soit environ 304 700 000 francs) pour permettre aux pionniers spéciaux, aux missionnaires et aux surveillants itinérants d’accomplir leur ministère.
(Source : Annuaire des Témoins de Jéhovah « Rapport mondial : totaux pour 1996».)

ARTICLES DE RÉGIS DERICQUEBOURG

« Les Témoins de Jéhovah dans le nord de la France – Implantation et expansion», Social Compass, vol. 24, 1977, P. 7 1-82.
« Le Bethel, ordre religieux jéhoviste ? », Archives de sciences sociales des religions, vol. 50, n° 1, 1980.
« Les Témoins de Jéhovah dans les groupes sectaires d’après leurs écrits officiels », Mélanges de science religieuse, vol. 38, n°2, 1980, P. 127- 132.
«Quelques caractéristiques du mouvement jéhoviste », Conscience et Liberté, n°33, 1987.
« En attendant le Royaume », in B. Blandre, Les Témoins de Jéhovah, un siècle d’histoire, Paris, DDB, 1987, 1992.
«Les Témoins de Jéhovah et le rapport d’enquête parlementaire », in M. 1ntrvigne et J. G. Melton (éd.), Pour en finir avec les sectes. Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, Paris, Albin Michel, 1997.

[[20]] religieux aux États-Unis, numéro spécial de Social Compass, 1974, vol. 21, n 3.[[20]]

Footnotes    (↵ returns to text)
  1. Thèse : Les Témoins de Jéhovah, dynamique d’un groupe religieux et rapports à l’institution, Paris, Sorbonne, 1979. Pour cette étude, j’ai choisi la méthode de l’observation participante. Le nom officiel du mouvement des Témoins de Jéhovah est la Société de la Tour de Garde, traduction de Watchtower Society. Je dirai aussi «Association de la Tour de Garde », ou tout simplement « le jéhovisrne ».
  2. Bryan Wilson, Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970. Voir aussi «The sociology of sects », in Religion in a Sociological Perspective, Oxford, New York, Oxford University Press, 1982.
  3. 130000 fidèles en 1997. Les Témoins de Jéhovah tiennent une comptabilité exacte de leurs effectifs et des heures de prédication. Ils les publient dans leur annuaire (cf. tableau en fin de chapitre).
  4. Il fut même un temps où les Témoins faisaient entendre à ceux qui leur ouvraient la porte un petit discours enregistré sur un disque de phonographe.
  5. Pour la théorie de l’emprise, voir l’œuvre de Robert Pagès.
  6. Jean-Pierre Deconchy, L’Orthodoxie religieuse, Paris, Ed. Ouvrières, 1971.
  7. La socialisation religieuse intrafamiliale favorise l’engagement religieux de I ‘enfant, mais il devra un jour demander le baptême. Il semble fréquent que les enfants de Témoins ne suivent pas la voie des parents. L’exemple le plus célèbre est celui d’Eisenhower, dont la mère était Témoin de Jéhovah.
  8. Jean Séguy a développé ceci dans « Le phénomène sectaire comme révélateur social», Autrement, n° 12, février 1977, p. 63-77. L’antiévolutionnisme est hérité de Russell, fondateur des Étudiants de la Bible dont le jéhovisme est issu. L’antiévolutionnisme de Russell apparaissait protestataire dans la mesure où le livre de Darwin On the Origin of species (1859) avait servi à étayer une thèse sociologique de Spencer propagée aux Etats-Unis par Sunner (What Social Classes Owe to Each Other, 1883), selon laquelle la vie est une lutte constante sans merci qui se solde par la survie des plus forts. Le libéralisme américain a été fortement influencé par les idées de Spencer. Selon Nouhailhat, «le darwinisme social justifiait la compétition économique, la pauvreté, l’exploitation et la souffrance au nom du progrès ». Il rejetait les principes chrétiens sur lesquels reposait la démocratie américaine (Y. M. Nouhailhat, Les États-Unis . l’avènement d’une puissance mondiale, Paris, Richelieu, 1973, p. 49-50).
  9. Rappelant le discours des groupes radicaux décrits par Christopher Hill in Le Monde à l’envers, Paris, Payot, 1977.
  10. J. Séguy, « Une sociologie des sociétés imaginées: monachisme et utopie», Annales ESC, mars-avril 1971, p. 328-354.
  11. Gary Botting, Fundamental Freedoms and Jehovah’s Witttesses, Calgary, University of Calgary Press, 1993.
  12. Depuis 1935, ils refusent de saluer les drapeaux nationaux. Cf. James Penton, Apocalypse Delayed, Toronto, University of Toronto Press, 1985, p. 143.
  13. Entrevue avec messieurs Keppens et Clique, responsables de Témoins de Jéhovah à Bruxelles, Espaces de Liberté, n° 185, novembre 1990.
  14. Arrêt Sluys (1985), arrêt Lallemand (1989), arrêt Vermeersch (1990).
  15. Christopher Hill, Le Monde à l’envers, op. cit.
  16. Avocat et Témoin de Jéhovah; auteur de plusieurs ouvrages sur le jéhovisme: Et Pharaon dit : « Qui est Jéhovah? », Privas, Les Ateliers du Coiron, 1993. La Dernière Croisade, Privas, Force L, 1996, Sectes, Religions et Libertés publiques, Paris, La Pensée Universelle, 1996.
  17. James Penton, Apocalypse Delayed, op, cit., p, 280.
  18. Watchtower Bible and Tract Society, La Paix et la Sécurité véritables — d’où viendront-elles?, Brooldyn, New York, 1973, p. 124-131.
  19. En ces termes: «Après un échange de correspondances avec le Bethel de France et à l’approche d’une consultation électorale, le Collège de direction a établi la ligne de conduite suivante et tient à apporter ces précisions en rapport avec le vote. A condition que le principe de la neutralité soit respecté, c’est à chaque chrétien de décider en conscience de se rendre ou non au bureau de vote. La congrégation chrétienne n’intervient pas dans ces questions qui relèvent de la conscience individuelle et de la vie privée et n’entraîne en aucun cas des sanctions ni une limite aux privilèges de service au sein de la congrégation. Mais, comme le dit Jean 17,14, tout chrétien doit maintenir sa neutralité. Ainsi donc le fait de se rendre au bureau de vote n’est pas en soi une violation de la neutralité et cette décision est laissée à la décision de chaque chrétien… »
  20. Avec des nuances examinées par Jean Séguy in Nouveaux Mouvements.
  21. Leon Festinger, Hank Reicken et Stanley Schachter, When Prophecy Fails, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1956.
  22. Le millénarisme a reçu plusieurs définitions. Voir Jean Séguy, « Sociologie de l’attente », in Le Retour de Dieu, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint Louis, 1983, et la présentation que j’en ai faite dans Tychique, n° 129, septembre 1997.
  23. Jean Séguy, «Messianisme et échec social les Témoins de Jéhovah », Archives de sociologie des religions, n°21, 1966, p. 89-99; «Sectes et religions nouvelles», Les Études, décembre 1963, p. 328-341.
  24. Voir R. Dericquebourg, « Les Témoins de Jéhovah dans le nord de la France. Implantation et expansion», Social Compass, vol. 24, 1977, p. 71-82.
  25. . J. Wach, Sociologie de la religion, Paris, Payot, 1955, p. 173-174.
  26. Bryan Wilson, «An analysis of sect development », American Sociological Review, vol. 24, n° 1, février 1959.
  27. Raymond Franz, Crisis of Conscience, Atlanta, Commentary Press, 1983.
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