CAP Liberté de Conscience – Il est souvent dit que Daesh utilise les mêmes méthodes de manipulation mentale que les sectes, mais sans jamais préciser quelles sont ces fameuses méthodes. Ne s’agit-il pas tout simplement des mêmes méthodes utilisées couramment par les hommes politiques, les publicistes, les démarcheurs, enfin tous ceux qui ont quelque chose à vendre ?

Régis Dericquebourg – Le discours sur les Islamistes armés et en particulier sur leurs convertis remet à la mode la notion de « manipulation mentale » qu’on applique au recrutement des groupes religieux minoritaires. Cette notion est souvent connectée à celle de « lavage de cerveau », « d’emprise mentale » ou, dans la reprise de la loi mussolinienne du Plaggio par la France, « l’état de sujétion ». Toutes ces notions ne trouvent pas d’application juridique, sauf la dernière qui a été appliquée à un numérologue trop faible pour la contester. Cela a permis une jurisprudence à bon compte puisqu’il ne pouvait pas aller très loin dans le jeu juridique. Il n’avait pas les moyens de croire en la justice de son pays, comme on dit. On reprend aussi la notion de « dérives sectaires » en disant que les activités des Islamistes violents sont des dérives sectaires de l’Islam. Cette expression n’a pas non plus de fondement juridique mais elle est répétée à l’infini. On l’applique aux Témoins de Jéhovah, aux protestants évangéliques, à l’Aumisme, à l’Eglise de la Scientologie, mais je pose la question : en quoi Daesh, Boko Haram, Aqmi peuvent-ils ressembler à ces mouvements ? La notion de dérives sectaires pose problème. Si on découvre un cas de pédophilie ou de malversation dans une « secte », on dira que c’est une dérive sectaire, mais si on regarde le nombre d’affaires de pédophilie ou d’opacité financière dans les Eglises établies, je dirais plutôt que ce qui se passe dans une « secte » n’est qu’une dérive ecclésiale. De même, une question d’abus financier dans une « secte» n’est-il pas une dérive politique, dans la mesure où la corruption et l’extorsion d’argent via la fiscalité pour le rendre aux peuples sous la forme de la misère est l’apanage des politiciens ? La violence est monopolisée par les Etats et les délinquants, et non par les dites sectes.

Les notions précitées de manipulation mentale et de dérives sectaires permettent de remettre en selle des méthodes psychologiques ou autres dites de « déradicalisation », qui peuvent s’apparenter aux méthodes de « déprogrammation » faites à la demande des familles. Ces méthodes coûteuses n’ont rien déprogrammé du tout mais elles ont définitivement coupé les convertis de leur famille. En plus, elles ne fonctionnent pas. Je renvoie au livre de Dirk Anthony et Massimo Introvigne : Le lavage de cerveau. Mythe ou réalité paru chez L’Harmattan, qui fait une synthèse intéressante sur tout cela et que devraient lire nos « déradicalisateurs ». Les « déprogrammeurs » ont parfois été emprisonnés car ils séquestraient les convertis, sauf au Japon semble-t-il, où la police intervient peu, considérant que c’est une affaire familiale privée. Cela concerne les convertis au moonisme, pour lesquels les familles font appel aux « déprogrammeurs » parce que la conversion de leur enfant ne leur plaît pas. Human Rights Without Frontiers Int. s’est déplacé au Japon pour vérifier cela et faire un rapport qu’on peut lire sur son site. Si le gouvernement décide de « déradicaliser » les convertis, on va voir arriver tous les malins avec leur méthode miracle, attirés par les subventions, c’est-à-dire par l’argent des contribuables. Pour les dites sectes, j’ai autrefois fortement critiqué une expérience commandée par un directeur du ministère des Affaires sociales à un de ses amis qui se prétend psychanalyste. En gros, ils vont utiliser ce qu’on appelle « la réforme de la pensée » qu’on utilise dans les thérapies cognitives. C’est simpliste, inefficace et faussement scientifique.

Pour terminer de répondre à votre question, chez Daesh il y a certainement un processus d’influence qu’on trouve dans toute propagande religieuse, commerciale ou politique, c’est-à-dire une exposition à un message et la mise en place d’une rhétorique, c’est-à-dire d’un argumentaire construit pour être persuasif.

CAP LC – Il est souvent dit que les jeunes deviennent djihadistes parce qu’ils recherchent un sens à leur vie. C’est également vrai pour ceux qui sont attirés par les fameuses sectes. Si la France avait laissé libre cours aux sectes, celles-ci n’auraient-elles pas pu fournir un refuge, un point de chute, une alternative à tous ces jeunes, plutôt que ceux-ci n’aient plus comme seule issue de tomber dans le piège de Daesh ?

Régis Dericquebourg – Je ne sais pas pourquoi les jeunes s’engagent dans le Djihadisme. Les spécialistes de la conversion religieuse et les sociologues de l’Islam en sauront plus lorsqu’ils pourront faire des entretiens avec des convertis et enquêter sur leur situation sociale. Sans vouloir réduire l’importance de ce phénomène, je dirais que les jeunes gens, mais aussi les Djihadistes ou les candidats Djihadistes, car ils ne sont pas tous jeunes, sont souvent attirés par des causes qu’ils idéalisent. Il y a des précédents dans l’engagement des jeunes pour des causes. Des jeunes gens sont partis aider les républicains espagnols, d’autres ont rejoint la division Charlemagne, d’autres sont allés combattre dans les mouvements révolutionnaires d’Amérique latine. Des gens moins jeunes sont partis autrefois en croisade pour « délivrer la chrétienté ». Quand j’étais au lycée, il y a eu la guerre des six jours et des jeunes gens disaient qu’ils voulaient partir défendre l’Etat d’Israël. On trouve le désir de s’engager pour une cause que l’individu croit juste. Ce désir est déterminé, comme l’est aussi, dans un second temps, sa mise en œuvre car tous ne passent pas de l’idéalisation d’une cause à l’engagement réel.

C’est compliqué car on a dit que ces radicaux ne connaissent pas le Coran ou le connaissent très mal. Une doctrine religieuse donne un sens à la vie et elle livre un mode de vie avec ses principes moraux, ses interdits et ses obligations. C’est une Weltanschauung + une éthique. Le Djihadiste est censé avoir trouvé un sens à la vie avec le Coran quand il fréquentait sa mosquée. Mais, d’après ce que j’entends de la part des Islamologues qui s’expriment, c’est surtout le discours radical qui les attire, et ce discours des prédicateurs radicaux véhicule une protestation sociale très forte. Je l’avais constaté chez les Témoins de Jéhovah, quand je les ai étudiés : le discours protestataire attire des personnes exclues de la richesse et de l’action politique et syndicale, et qui compensent la privation relative, comme l’ont appelée des sociologues américains, par la certitude d’être des élus de Dieu, de ne plus avoir grand-chose à voir avec un système qu’elles condamnent et d’avoir droit au paradis restauré à la fin de ce monde terrestre. Mais chez les Témoins de Jéhovah des débuts, la protestation n’était qu’une condamnation ferme et pacifique de la société vouée à la poursuite des biens matériels et sous l’emprise de Satan. Dans les faits, elle aboutissait à une vie tranquille, méfiante des sources de mauvaise influence de style classe moyenne inférieure, et finalement attestataire et conformiste en apparence. Ces millénarismes s’éloignent du type des groupes millénaristes du Moyen Age regroupés autour d’un petit prophète, qui furent souvent violents et finalement écrasés par la force.

Il est possible que des Musulmans par la famille ou des convertis exclus des habitus sociaux valorisés par les élites, qui le ressentent ou qui ont une instruction leur permettant de l’analyser, trouvent dans ce Djihad les voies de la mise en œuvre d’une protestation sociale radicale. Je peux être d’accord avec vous sur les alternatives que peuvent être les groupes religieux minoritaires qui expriment cette protestation et qui la canalisent ensuite vers les activités de prosélytisme et les activités humanitaires. Les Témoins de Jéhovah ont converti des Musulmans, qui se réunissent parfois en « congrégations orientales ». Un étudiant algérien a fait une brillante recherche de DEA sur ces Témoins de Jéhovah convertis sous ma direction il y a quelques années. Il a trouvé une bonne proportion de Kabyles parmi eux. On trouve aussi des Musulmans convertis au protestantisme évangélique. Un jour, certains sont venus témoigner de leurs difficultés dans un colloque de votre association à Paris sur la liberté religieuse. Je m’en souviens.

Il est vrai que les mouvements antisectes et les agences gouvernementales antisectes, relayés par les médias, ont répété les mêmes stéréotypes sur le danger des sectes chrétiennes, gnostiques, néo-hindouistes et autres comme un disque rayé. A les entendre, Tom Cruise était plus dangereux que Ben Laden. Je n’entends d’ailleurs pas beaucoup ces auteurs de livres antisectes qui sont sur les rayons de ma bibliothèque condamner les Djihadistes. Il se peut qu’ils soient partis lutter en treillis contre Boko Haram, ou qu’ils se battent contre les Islamistes en Syrie, la kalachnikov à la main. C’est moins lâche que d’attaquer un professeur de yoga qualifié de « gourou sectaire », pour citer ce qui s’est passé autrefois dans l’Aisne avec un professeur de yoga âgé de 80 ans. N’oublions pas non plus le combat des antisectes du Nord contre un ingénieur scientologue qui travaillait à la centrale de Gravelines. Un groupe antisecte dirigé à l’époque par une Catholique très conservatrice mettait en garde les autorités contre le danger de mettre un scientologue « seul la nuit aux commandes d’une centrale nucléaire » (sic).La CGT locale fut « invitée » à se joindre au combat (Par qui ?). L’ingénieur fut déplacé. On délirait collectivement. C’était le bon temps !

Globalement, en attirant le regard sur les groupes religieux minoritaires appelés « sectes » au sens péjoratif, ces mouvements ont détourné l’attention des politiciens et de la police. J’ai connu le temps où les RG (comme on les appelait à l’époque) assistaient aux réunions des Témoins de Jéhovah. Pendant ce temps, les Islamistes avaient la paix. Regardez la Belgique. Un procès vient de clore 18 ans de procédure contre les Scientologues, et pendant que la justice essayait de coincer un groupe de Scientologues pacifiques, une autre poignée d’Islamistes recrutaient, armaient leurs recrues ou les envoyaient dans des camps d’entraînement. Les rationalistes belges menaient un combat contre l’obscurantisme des dites sectes, des Raéliens aux Protestants évangéliques, en passant par la Scientologie et l’Antoinisme.

CAP LC – Au nom de la laïcité, la France a interdit les signes religieux ostensibles. Du coup, privés de toute référence au religieux, les jeunes se sont faits piéger par la propagande de Daesh sur internet. Etait-ce une bonne idée de vouloir « tuer  » Dieu dans les écoles?

Régis Dericquebourg – Je ne pense pas que l’interdiction des signes religieux ostensibles dans certains lieux publics ait joué un rôle dans le recrutement des Islamistes. De toute manière, cette interdiction ne me semble pas vraiment appliquée. Pourrait-elle l’être ? Je ne le crois pas, car la Cour européenne de justice et la Cour européenne des Droits de l’Homme n’ont pas la même appréciation sur cette question que la France et leur jurisprudence s’impose à la France par la subsidiarité. Ces Cours ont un point de vue pratique et non idéologique. Ainsi, pour une hôtesse d’accueil travaillant dans un aéroport anglais, il a été jugé au niveau européen que le licenciement motivé par le port du foulard islamique n’était pas fondé, car ce foulard ne l’empêchait pas d’informer les clients correctement. En revanche, un infirmier licencié parce qu’il refusait de soigner un gay au nom de sa religion a été débouté, car son refus avait porté préjudice au patient. De toutes façons, l’expérience soviétique montre que l’on ne parvient pas à détruire les croyances religieuses. Il existe aussi des écoles confessionnelles musulmanes.

CAP LC – Au contraire, ne faudrait-il pas réintroduire Dieu dans les écoles sous forme de cours sur les religions ?

Régis Dericquebourg – En Belgique d’où finalement viennent les auteurs de l’attentat du Bataclan, il y a des cours de religion. L’étudiant dont j’ai mentionné le mémoire de DEA tout à l’heure est professeur de religion en Belgique. Cela semble avoir changé sous la pression des rationalistes et il semble que les cours de religion soient devenus des « cours de rien », comme les professeurs de religion les ont appelés. En France, la religion est abordée en Histoire et en Français mais il n’y a pas de cours de religion. Néanmoins, il y a des aumôniers de lycées et collèges, comme dans l’armée ou les prisons. L’analphabétisme religieux est quand même manifeste en France.

CAP LC – Quelle vision un jeune ado a-t-il de notre société? Réchauffement climatique, pollution galopante, scandales politiques, hommes politiques incompétents ou corrompus, consommation à outrance, répartition injuste des richesses, chômage, absence de Dieu et de toute transcendance. Bref un néant comme vision d’avenir. Face à cette situation, n’est-il pas normal que des jeunes ados soient tout bonnement révoltés et se radicalisent ?

Régis Dericquebourg – Je vois plutôt une grande résignation. Je ne vois pas de pensée révolutionnaire radicale. Ce qui est intéressant, ce sont les modes de vie communautaires, les consommations alternatives, coopératives, les systèmes d’échange et d’économie parallèle non marchande qui sont un laboratoire de l’utopie comme cela a existé dans le mouvement communautaire et coopératif libertaire américain à la fin du 19ème siècle. Le vieux système continue de tourner mais les gens sortent du système.

CAP LC – Des jeunes se mobilisent pour Daesh parce que Daesh a un projet de société. Quel projet de société notre société occidentale a-t-elle à proposer à ces jeunes?

Régis Dericquebourg – Je ne connais pas le projet de société de Daesh. Peut-être une théocratie dictatoriale, comme les révoltes millénaristes qui ont abouti à des sociétés qui ont mal tourné ? La société occidentale est aux mains des petits bricoleurs politiciens qui proposent des bricolages politiques, qui sont des dosages différents entre le libéralisme total et le socialisme radical. Entre les deux, chaque groupe politique propose sa nuance de mélange mais globalement nous entrons dans ce que Marx appelait « la troisième phase du capitalisme » : celle où les banquiers dictent leur loi aux Etats.

Je pense qu’il y a une très grande colère chez les jeunes. La société est de plus en plus inégalitaire en dépit des discours lénifiants sur l’égalité des chances. Les contrats de travail s’enchaînent quand ils peuvent en avoir, mais un jour cela s’arrête et il n’y a plus rien. Les conditions de travail sont violentes. Vous avez remarqué aussi que le FN fait des scores importants dans les ex-villes minières du Pas-de-Calais chez les gens modestes, en vertu de son discours radical qui était autrefois dévolu au PC. Daesh joue peut-être aussi pour certains ce rôle. Dans ce cas, il n’y a pas besoin d’explication par la manipulation mentale. Le désespoir suffit.

CAP LC – La plupart des groupements dits « sectes » ont quant à eux des propositions pour une autre société. Ainsi le groupement de la Méditation Transcendantale affirme, recherches scientifiques à l’appui, que la pratique collective de la méditation a un impact positif sur la conscience collective, et permet une diminution des actes violents. Dans la situation actuelle, cela serait vraiment très utile. D’autres propositions sont également faites par d’autres groupes. Ces propositions ont-elles plus de chance d’être prises en compte aujourd’hui ?

Régis Dericquebourg – Je constate que le yoga entre dans les écoles. Les enseignants de yoga que je rencontre disent que les enfants viennent nombreux aux activités qu’ils proposent. Jusqu’à quand ? Un jour la Miviludes demandera peut-être son interdiction au nom de la lutte contre l’emprise sectaire des « gourous » yogis. Pour moi, tout est possible. Même détachées de la spiritualité et ramenées à des exercices, ces méthodes inquiètent et peuvent servir de cible à des antisectes qui attaquent « petit ».

Tout ce qui permet de pacifier les relations entre les humains selon une volonté personnelle est bon à prendre.

Ces techniques donnent aussi une approche du monde plus détachée et plus réflexive. Les gouvernants souhaitent-ils que les gens sortent du « prêt-à-penser », qu’ils réfléchissent sur leur existence et qu’ils se donnent d’autres buts que ceux qu’on leur assigne : courir dans le couloir qui leur est tracé comme un nageur de compétition ?

English version

Daesh and mind manipulation

par Régis Dericquebourg

february 2016

CAP Liberté de Conscience – Il has often been said that Daesh uses the same methods of mind control than cult, without ever stating precisely what these specific methods would be. In reality, don’t they use in fact the methods usually practiced by politicians, advertising agents, peddlers, in brief all those who have something to sell ?

Régis Dericquebourg – The speech about armed islamist and in particular about converted one has put the notion of ‘mind control’ back in fashion, as applied to the recruiting done by minoritary religions. This notion is often connected to the one of ‘brainwashing’, ‘mental ascendancy’, or to the notion of ‘subjection state’ in the sense of the Plaggio law that Mussolini had passed against his opponents. All these notions have no legal application, except for the last one which, however was applied to a very small number. This allowed for an easy jurisprudence, since the judiciary system was not really involved. The notion of ‘cult excesses’ was thus presented, saying that the activities of violent islamists were cults excesses of Islam. This expression has not judiciary basis, but it can be employed over and over again. It is applied to Jehovah Witness, to evangelic protestants, to the religious movement Aumism, to the Church of Scientology. However I ask the question : in which way Daesh, Boko Hara, Aqmi bear any similarity to such movements ? The notion of cult excesses raises a problem. If one would discover a case of pedophilia or misappropriation in a ‘cult’, one will talk about a cult excess. However, if one looks at the number of cases of pedophilia or financialy opacity in the established churches, I would rather say that the cult would a church excess. Same, if one would find a financial abuse in a cult, should not one talk about a political excess ? Corruption and extortion of money happen through fiscal measures and get some people miserable. Violence seems to be a monopoly of delinqgants and of the State rather than one of the cults.

These notions of mind control and cult excess allow the promotion of psychological methods of ‘de-radicalization’, which be likened to ‘deprogramming’ methodes done on the request of families. These costly methods did not get any result except from definitively separating the victims from their families. The book made by Dirk Anthony et Massimo Introvigne : Brainwashing. Myth or reality? (L’Harmattan), does an interesting synthesis of the subject, and should be read by our ‘de-radicalizers’. ‘Deprogrammers’ have something been sentenced to prison because they were confining illegally cult members, except in Japon where the police does not really intervene, considering the matter as familial and private. In the case of Moonism, some families appealed to deprogrammers, because they would not appreciate the conversion of their children. Human Rights Without Frontiers Int. went in Japan to check this and produce a report which one can read on their site. If the government decides to ‘de-radicalize’ the converted, all the astutes one will arrive, seduced by subventions, that is taxpayers money. In the past, about these cults, I highly criticised an experience ordered by a director of the Ministry of Social Affairs to one of this friends who pretends to be a psycho-analyst. Grossly, they will use what is called ‘thought reforming’ as used in cognitive therapies. Which is simplistic, unefficient and falsely scientific.

To answer completely your question, in Daesh, there certainly is a process of influence which one finds in any religious, commercial or political propaganda : one is exposed to a message and a rhetoric, that is an arguing built so as to be persuasive.

CAP LC – It is often said that some young people become djihadists because they are looking for a meaning of their life. This is also true of those who are seduced by the cults. If France has given freedom of action to cults, would not those have provided a refuge, a landing place, an alternative for these young people, rather than having as the only solution the Daesh trap ?

Régis Dericquebourg – I don’t know why some young people engage in Djihadism. Specialists of religious conversion and Islam sociologists will know more when they will be able to interview converted ones and investigate on their social situation. Without reducing the importance of the phenomenon, I would say that Djihadist or candidates are not all young, are often drawn by causes they themselves idealize. There are precedents in the engagement of young people in causes. Young guys went to help the spanish republicans, others went to join the fascistic Division Charlemagne, others went to fight in revolutionary movements of Latin Africa. Older people went in the crusade to ‘free christianity’. When I was in school, the six day war happened, and some young people want to defend Israel. The individual likes to engage in a cause which he judges just. This desire is determined, as also is, later on, its implementation, because all do not go from idealization of a cause to a real engagement.

All that is is complexe because it has been said that these radicals do not know Koran or know it very badly. A religious doctrine gives a meaning to life and delivers a way of life with moral principles, prohibitions and obligations. It is a Weltanschauung (own concept of the world plus an ethics).

The Djihadist is supposed to have found a meaning to life with Koran when he was attending his mosque. However, from what I hear from some Islamologists, they are mainly seduced by the radical speech, which drives a very strong social protestation. I did see this in Jehovah Witnesses when I studied them : protest speech draws people excluded from wealth, political and union actions, and which compensate the “relative deprivation” – as some american sociologists have called it – by the certainty of being God elected, to not have anything to do with a system they condemn, to be worthy of paradise after this terrestrial world. In the first Jehovah Witness, protest was only a firm and pacific condemnation of a society devoted to the pursuit of material goods under the ascendancy of Satan. Factually, it would lead to a calm life, distrusting sources of bad influence from the lower middle class, and in the end, apparently conformist. These millenarian are far from the millenarian groups of Middle Age, all grouped around a small prophet, often violent and finally crushed by force.

It might be that people who are Moslims by their families or converted ones, excluded from the social habits which the elite favour, who feels so or have an instruction allowing them to analyse it, find in Djihad the ways of implementing a radical social protest. I can agree with you about the alternatives which the minority religions can represent, by expressing this protest and channel it through proselytism and humanitarian activities. Jehovah Witnesses have converted some Moslims, which sometimes meet in ‘oriental congregations’. A few years ago, under my direction, an algerian student did a high level brilliant research about these Jehovah Witnesses. He found a good proportion of Kabyls among them. One also finds Moslims converted to evangelical protestantism. One day, some came to testify about their difficulties in a seminar of your association on religious freedom, in Paris. I remember it.

It is true that the anti-cult movements and anti-cult government agencies, relayed by the medias, have repeated the same stereotypes about the danger of christian, gnostics, neo-hinduist cults, over and over. If one hears them, Tom Cruise would be more dangerous than Ben Laden. In fact, I rarely hear the author of anti-cult books condemn the Djihadists. Maybe they endorsed a trellis and went to fight against Boko Haram or to fight against Islamists in Syria, a kalachnikov in hand. This would be less coward than attacking a yoga teacher, qualified as a ‘sectarian guru’, to quote what happened some time ago with a yoga teacher aged 80. Let us not forget the fight of anticult people in the north against a scientologist engineer who was working in the nuclear plant of Gravelines. An antisect group, then lead by a very conservative catholic did warn the authorities about the danger of placing a scientologist ‘alone in the night at the command of a nuclear plan’ ! The local trade union was ‘invited’ to join the fight (by who ?). It was a collective delirium. Those were the days !

Globally by drawing the attention on minority religious groups pejoratively called ‘cults’, these movements have diverted the attention of politicians and police. I have known the time where RG (french intelligence agency) would attend the meeting of Jehovah Witnesses. At the same time, Islamists were operating in peace. Look at Belgium. A trial recently closed 18 years of procedure againt Scientologists, and while justice was trying to catch a group of pacific scientologists, a handful of Islamists were recruiting, arming their recruits or sending them in training camps. The rationalists of Belgium were leading a fight againt obscurantism of those cults, from Raelians to evangelical protestants, including Scientologie and Antoinism.

CAP LC – In the name of laicity, France did forbid blatant religious signs. Thus, deprived of any reference to the religious, young people were trapped by the Daesh propaganda on the Internet. Was it a good idea to ‘kill’ God in school ?

Régis Dericquebourg – I do think that forbidding blatant religious signs in some public places did play a role in the recruitment of islamists. In fact, this prohibition does not really seem to be applied. Could it be ? I do no think so because the European court of Justice and the European Court of Human Right do not have the same opinion on that question. Their jurisprudence weighs upon France. These courts have a pratical, non ideological viewpoint. Thus, for a receptionnist working in an english airport, it was judged at the european level that a dismissal based upon the wearing of the islamic scarf was unfounded, because this scarf does not prevent of informing correctly the customers. However, a male nurse dissmissed because he was refusing to cure a gay, in the name of his religion did not win, because his refusal did bear prejudice to the patient. In all cases, the sovietic experience shows that you cannot destroy religious beliefs. There also moslim religious schools.

CAP LC – On the contrary, should not we reintroduce God in the schools, in courses about the religions ?

Régis Dericquebourg – Belgium is the place where the actors the Bataclan assault were coming from and in this country, there are courses about religion. The student, of whom I spoke about before is a teacher of religion in Belgium. It seems to have changed under the pression of rationalists, and it seems that religion courses did become ‘courses about nothing’ as the religion teachers did call them. In France, religion is tackled in History and French courses, but there is no course about religion. However one find chaplains in secondary schools and colleges, as in army or prison. But the religious illiteracy is still evident in France.

CAP LC – What vision a young teenager may have of our society ? Climate warming, pollution, political scandals, incompetent or corrupted politicians, ultra consumption, unjust division of wealth, unemployment, absence of God and any transcendancy. That is a nothingness as a vision of the future. With such a situation, isn’t it normal that some young teenagers may be revolted and radicalizing ?

Régis Dericquebourg – I rather see a high resignation. I do not see a radical revolutionary thought. What is interesting are the community way of life, the alternative and cooperative consumption, systems of exchange and parallel non commercial economics, which are a laboratory of utopia as has existed in the community and cooperative libertarian movement at the end of the 19th century. The old system keeps on turning but people come out of it.

CAP LC – Young people rally around Daesh because Daesh has a project for a society. What projet for a society does our western society propose to the young ones ?

Régis Dericquebourg – I do not know the society projet of Daesh. Possibly a dictatorial theocraty like the millenarist revolts which leds to society which turned badly ? Occidental society is in the hands of small political handymen who propose political makeshift jobs, who have different dosages between total liberalism and radical socialism. Between the two, each political group propose its shade of mix, but globally, we are entering in what Marx did call ‘the third phase of capitalism’ : the one in which bankers dictate their law to states.

I think there is a big anger amongst the young ones. Society is more and more unequal, in spite of emollient speeches about equality of chances. Work contracts follow each other when they can get some, but one day, it stops, and there is nothing left. Work conditions are violent. Did you also notice that the FN (National Front) did high scores in the ex-mining cities of Pas-de-Calais, with humble people, in spite of its radical speech once devoted to Communist party. Daesh might also play for some this role. In this case, there is no need for an explanation by mind control. Despair is enough.

CAP LC – Most of the groups which are called ‘cult’ do have proposals for a different society. Transcental Meditation group asserts, with scientific research for their base, that the collective practice of meditation has a positive impact on collective awareness, and would lead to a lowering of violent acts. In the present situation, that would be very useful. Other proposals are made by others groups. Do those proposals have more chance to be considered today ?

Régis Dericquebourg – I see yoga entering in schools. Yoga teachers I meet tell me that children are numerous to their activities. Until when ? One day, Miviludes might ask for its forbidding in the name of the fight against the sectarian influence of yogi gurus. For me, all is possible. Even when detached from spirituality and only under the form of exercises, these method worry some people and they can be the target of small minded anti-cults.

All that permits to pacify the relationships between humans on a personal will is good. And these techniques give a more detached, more reflexive approach of the world. Do our governments want people to come off the ‘ready-made-thinkingness’, to think about their existence and give themselves other goals that the usual ones : run in the marked trail like a competition swimmer ?

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