Sociologue des nouvelles spiritualités
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Vivre. Revue pluraliste, Liège (B), Maison Albert Schweitzer, Printemps, 1998/1. P.63-80.Personne ne nie que depuis la décennie 1960, le champ religieux se transforme. Mais en dehors de ce constat, les appréciations des sociologues à propos du changement en cours et de son aboutissement divergent.
Des auteurs annoncent le transfert à la société des éléments habituellement pris en compte par les religions comme S. Freud(1) (1856-1939) et E. Durkheim(2) (1858-1917) l’ont fait en leur temps. D’autres constatent un retour du «religieux» sous des formes nouvelles, d’autres enfin pensent que les croyances traditionnelles se perpétuent à travers des sectes et autres mouvements religieux selon un processus de rupture et de continuité.
L’appréciation de l’évolution du champ religieux dans les sociétés occidentales au regard des groupes religieux minoritaires passe par l’examen de ces interprétations.
Par Régis Dericquebourg
Colloque national organisé par le Centre de formation et d’études judiciaires, auditorium Louis Edmond Pettiti de la maison du barreau, le 29 janvier 2003. Paru In Jean Marc Florand (ed.) : Les nouvelles formes du sentiment religieux : un défi pour la laïcité moderne ? Paris l’Harmattan, 2003. p. 143-167.La population française et ceux qui la gouvernent ont assimilé à des degrés variables diverses innovations sociales. Nous pouvons citer quelques exemples. L’écologie considérée comme une préoccupation de passéistes opposés au progrès dans la décennie 1950-1960 a été acceptée par les politiciens chez qui elle devient une nécessité inscrite dans les programmes électoraux. L’homosexualité a cessé d’être vue comme un outrage à « l’ordre naturel ». L’union des homosexuels a été officialisée (Pacs) et la discrimination envers homosexuels est sanctionnée par les juges. Beaucoup de revendications féministes ont été prises en compte. L’objection de conscience a été admise. L’autonomie des adolescents est reconnue, l’interruption volontaire de grossesse a été légalisée et réglementée. Or, si la France comme d’autres pays a assimilé un nombre de pratiques sociales et d’opinions nouvelles, elle reste réticente, même parfois opposée à la présence de groupes religieux minoritaires (dits «sectes ») sur son sol, ce qui n’est pas neuf puisqu’on les historiens ont montrés qu’il en allait de même au Moyen Age (cf Norman Cohn, Christopher Hill…). Certes, on ne tue plus les croyants marginaux mais ils inquiètent toujours. Il suffit de faire une revue de presse sur le sujet pour s’en apercevoir et de compter le nombre de rapports parlementaires consacrés aux sectes parus depuis les années 1980-. Il suffit aussi de constater l’importance qu’ont pris les associations antisectes du point de vue de leur audience et de leur financement public.
Par Régis Dericquebourg
The population of France and the persons that govern it have variously adopted diverse social innovations. Let us cite several examples. Ecology, long considered the concern of backward-looking opponents to progress in the decade of the 1950’s, is now accepted by politicians as a necessary element of the electoral platform. Homosexuality has ceased to be seen as an offence against the “natural order”. The union of homosexuals has been legalized, and discrimination against homosexuals is punished by judges. Many feminist demands have been granted. Conscientious objection has been accepted. The autonomy of adolescents is recognized, voluntary interruption of pregnancy has become legalized and regulated.
However, if France like other countries has assimilated a number of new opinions and social practices, she remains reticent, perchance opposed to the presence of religious minorities (so-called sects). That this is nothing new has been demonstrated by historians who have traced it to the middle ages (See the work of Norman Cohn, Christopher Hill, and others.) Of course one no longer murders marginal believers, but their presence is still unsettling. All it takes is to survey the press on the subject and count the number of parliamentary reports consecrated to sects since the 1980’s. Or again consider the attention and funding given to anti-sect militants by the public powers.
The critical question is what place should be granted to these religious movements if one refuses to acknowledge them as religions.
Une étude de Régis Dericquebourg.
Parue sur le site du Cesnur (Cesnur.org)
La France compte trois millions de chômeurs, cinq cent mille sans abri ou sans domicile fixe ; en décembre, une dizaine de personnes sont mortes de froid dans la rue. Le nombre de repas distribués par les restaurants du cœur augmente sans cesse. Un français sur quatre n’a pas accès aux soins médicaux.
La France a le taux de violence au travail le plus élevé, elle compte beaucoup de zones d’ombre sur le travail des enfants (Le Monde du 22/23 novembre 1998). Les lycéens viennent de nous apprendre que leurs conditions de vies sont « paradisiaques « . Le niveau des collégiens est tel qu’un nombre croissant d’enseignants demandent que leur établissement soit classé en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Si leurs demandes et leurs revendications ne sont pas entendues, ils pourront toujours ronger l’os sectaire en faisant un projet éducatif aussi inutile que les précédents. Les banlieues flambent. La corruption politico-financière touche beaucoup de partis y compris les plus moralisateurs et ceux qui se donnent une image de chevalier blanc prêt à nettoyer la France. Le capitalisme a généralisé la précarité de l’emploi. Le politique s’efface devant l’économique.
Par Régis Dericquebourg
In quest’articolo accennerà alla terapia religiosa e alla guarigione spirituale. Mi riferisco non alle guarigioni miracolose conosciute nel cattolicesimo1, ma alla terapia spirituale dei mali fisici e psichici e anche delle sventure (perché in questo campo la malattia ha un significato esteso nel senso di infirmitas del medio Evo) che viene proposta da gruppi religiosi minori specializzati nella capacità religiosa di curare. La «Chiesa della Scienza cristiana», l’«Antoinisme», l’«Invitation à la Vie», i gruppi di preghiera di Maguy Lebrun e della Chiesa di Scientology che in una certa misura «curano» le malattie, l’Alleanza universale (ex chiesa cristiana universale di Georges Roux) ne sono degli esempi. In questi gruppi religiosi la guarigione non è considerata come un miracolo, che è un intervento eccezionale con il quale Dio ricorda di tanto in tanto agli uomini la sua presenza e la sua potenza per risvegliare la fede nei «tiepidi». È «semplicemente» il risultato dell’applicazione di una tecnica di meditazione che deve ben riuscire, come un medico che prescrive una posologia ritenuta efficace. In alcuni lavori precedenti2 ho descritto questi tipi di gruppi enumerando le caratteristiche che fondono al tempo stesso la loro specificità e che li differenziano da altri movimenti religiosi. Le cure spirituali in uso in questi gruppi sono la preghiera, il fluido, l’energia d’aurore, il cambiamento dei piani di coscienza, la riconciliazione con il proprio passato o con gli altri, la liberazione dei traumi della vita presente e delle vite precedenti.
Par Régis Dericquebourg
For many years, I have been studying a subset of the religious field that I have named healing religions or religions with therapeutic vocation or also healing Churches. I will give some examples later on.
Par Régis Dericquebourg
Paru in Archives de Sciences Sociales des Religions, n° 68/1-1989Les conduites et l’idéologie jéhovistes sont qualifiées de façons diverses et souvent contradictoires par leurs observateurs. On définit les Témoins de Jéhovah tantôt comme des révolutionnaires, tantôt comme des conformistes stricts. Dans le premier cas, les auteurs mettent l’accent sur leurs aspects « libertaires » en s’appuyant sur leur refus de participer au jeu politique et syndical, sur leur antimilitarisme et sur leur critique radicale des institutions inventées par l’homme. Ils prennent aussi en compte le fait que leur organisation est considérée par les régimes totalitaires comme une menace pour l’ordre établi et qu’elle dérange les gouvernements démocratiques sur certains points. À l’opposé, les seconds, plus sensibles à leur fidélité au style de vie des classes moyennes américaines ne voient dans ce groupe qu’une ramification de « l’american way of life ».
Un travail précédent (1) nous avait obligé à préciser l’attitude de ce groupe religieux envers « le monde ». À l’époque, nous avions conclu que la Société de la Tour de Garde (2) véhiculait une protestation socio-religieuse parfois radicale (3).
Régis Dericquebourg
Religion et santé sont intimement liées. Dans l’Antiquité grecque, les soins étaient placés sous les auspices d’Asclépios, dieu de la médecine devenu Esculape chez les Romains. Dans certaines sociétés traditionnelles, les chamans et les medecine-men, après avoir atteint l’extase par divers procédés exorcisent les patients et se rendent aux enfers pour arracher l’âme des malades aux Esprits ou aux démons. Ils la réintègrent ensuite, car la maladie est attribuée à une perte d’âme. La cure de ces thérapeutes passe donc par un contact avec le surnaturel et peut être considérée comme magico-religieuse. Les Eglises asiatiques, bouddhisme et hindouisme, proposent une extinction des souffrances et développent une médecine liée à leurs doctrines. On connaît le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières(1) pour les malades, ainsi que les dévotions populaires dans le catholicisme. Chez les protestants, les pasteurs peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. Aux marges de certaines Églises, le traitement spirituel est pris en charge par des groupes charismatiques.
Dans les chapelles orthodoxes, il n’est pas rare de voir des figurines métalliques représentant un organe, laissées en témoignage de sa guérison. Les Églises Indépendantes africaines (protestantes ou catholiques) qui ont la plus large audience sont celles qui ont créé en leur sein une fonction de thérapeute religieux, lequel est le plus souvent un sorcier converti au christianisme qui demande l’intercession de Dieu au lieu d’appeler les esprits des ancêtres(2).
Par Régis Dericquebourg
Dans le christianisme, le millenium est la période de mille ans qui suit la seconde venue du Christ sur la terre. À l’issue de ce temps, la résurrection générale aura lieu, le jugement dernier sera prononcé et les justes entreront dans le paradis éternel où il n’y aura ni famine, ni maladie, ni mort.
L’attitude millénariste correspond à une attente de l’établissement du Royaume de mille ans promis dans l’Apocalypse et s’achevant par le salut des « vrais croyants ». Généralement, cette attente s’accompagne d’hypothèses sur la date et la manière de sa venue. Actuellement, les Témoins de Jéhovah illustrent cette attitude.
Pour l’historien Norman Cohn, on peut « appeler millénarisme tout mouvement inspiré par la notion d’un salut :
a) collectif en ce sens qu’il serait l’apanage des fidèles en tant que groupe ;
b) terrestre, puisqu’il serait réalisé en ce monde et non pas dans un paradis extra-terrestre ;
c) imminent, devant se manifester à la fois bientôt et tout d’un coup ;
d) total car il doit transformer en son entier la vie sur terre et non pas simplement l’améliorer ;
e) surnaturel, puisqu’il ne se manifesterait pas par des moyens ordinaires ».(1)
L’Église Catholique a condamné l’attente du millenium (lors du concile d’Ephèse) après l’avoir attendu, considérant que la constitution de l’Église symbolise le millenium. Le temps de l’Église s’étend depuis la mort du Christ jusqu’à son retour et la résurrection des morts. Le Catholicisme a fourni une autre forme d’eschatologie : le salut individuel (jugement particulier) après la mort.
Social Compass, XXIV, 1977/1, 71-82
Régis Dericquebourg
Le Nord de la France1 a vu s’installer de nombreux mouvements religieux dissidents qui ont eu des audiences très diverses comme le montre ce tableau : 2
| A.U.C.M 3 | 10 membres |
| Quakers | 12 membres |
| Science chrétienne | 15 membres |
| Eglises du Christ | 40 membres |
| Amis de l’Homme | 50 membres |
| Eglise catholique libérale | 50 membres |
| Alliance des Eglises évangéliques Indépendantes | 80 membres |
| Adventistes | 100 membres |
| Mouvement missionnaire intérieur laïque | 210 membres |
| Assemblées évangéliques | 250 membres |
| Armée du Salut | 300 membres |
| Mormons | 585 membres |
| Baptistes | 785 membres |
| Antoinistes | 3 000 membres |
| Témoins de Jéhovah | 15 000 membres |
| L | Ma | Me | J | V | S | D |
|---|---|---|---|---|---|---|
| « juin | ||||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | 30 | |||