Sociologue des nouvelles spiritualités
Par Régis Dericquebourg
D’une manière générale, la religion et la santé sont liées. Une simple mise en perspective le montre. Dans l’Antiquité grecque, les soins étaient placés sous les auspices d’Asclépios, dieu de la médecine, devenu Esculape chez les Romains La médecine unani proche de l’Islam a ses praticiens (Hahim) (Kakar, 1997) et ses lieux de pèlerinage pour les malades. Dans ses récits de voyage (1347), Ibn Battuta décrit les guérisons de paralytiques près du tombeau dAli (Battuta, 1982).
Les spiritualités asiatiques, bouddhisme et hindouisme, proposent une extinction des souffrances et développent urne médecine liée à leurs croyances comme la médecine Yan-Ji qui est à la confluence de la biomédecine et de trois traditions religieuses : le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme.
On trouve aussi dans leurs marges des guérisseurs-médiums et invocateurs de déesses spécialisées dans un type de maladie. Les pasteurs protestants peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. Chez les catholiques, on trouve le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières pour les malades1, l’onction des malades dont le pape a rappelé, il y a peu de temps, l’importance2.
On trouve aussi les dévotions populaires aux saints guérisseurs dans le catholicisme romain mais aussi dans l’orthodoxie puisqu’il n’est pas rare de trouver dans ses chapelles et ses églises des figurines représentant un organe laissé en remerciement de sa guérison. Aux marges du protestantisme et du catholicisme, on trouve des mouvements pentecôtistes et charismatiques centrés sur le don de guérison (Laurentin, 1974 ; Mac Nutt, 1974 et 1977, Csordas, 1997 ; Mac Guire, 1982 ; Cox, 1995).
Louis Hourmant nous rappelle que dans la tradition religieuse japonaise « les pratiques de guérison apparaissent comme fortement présentes, tant dans le fond chamanique que dans les religions établies et dans les nouvelles religions ». Parmi ces dernières, Mahikari et la Sokka Gakkaï (Hourmant, 1999) ont des « préoccupations de santé ».
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By Régis Dericquebourg
Lecture at the 30th meeting of the SISR, in Saint Jacques de Compostelle, July, 27-31, 2009; workshop / Healing Church / Health Religions. Session 43.
I will mention here an on-going study on healing rooms. They held my attention because they belong to my field of study, religious therapy [i] and also because there was one created in 2007, some miles away from my place (Wattignies, North of France), offering ground for observation.
Even if the healing room movement claims a genealogy of 14 protestant preachers going back to 1870 to which their disciples attribute a particular healing charisma; it is relatively new. It would have been founded in 1999 in Spokane, Washington where John Lake had already established healing centres. The movement had only a relative success in spite of the regular increase in reception centres.
In 2009, the IAHR (International Association of The Healing Room) which groups them, counted 949 as follows: 382 in the US and 567 abroad of which 152 in Europe (with 3 in incoming countries Moldavia (2) Macedonia (1), and 7 in France. We cannot speak of a typically American phenomenon since in November 2010; there are 1159 of which 368 in the US and 791 abroad (we don’t know if the site[ii] is regularly updated).
The International Association for the Ministry of Healing (AIMG) related to the IARH but operating in Europe, depicts healing rooms in the following terms: “A place where trained people pray for the sick”. “We wish to bring forth salvation and healing through Jesus Christ.
We commit ourselves to keep an eye on and to pray for the healing of those who wish it”. Healing rooms privilege the image of Christ the Healer which is one of the images among others in the interpretation of his mission and in the awakening of the gift of healing (the formation). I found this description in the pioneer Bachelor’s dissertation that Laeticia Krummenacher, ethnology student at Neufchatel University dedicated to a healing room in Geneva[iii].
The goal of this student is to explain the place and meaning of healing for those resorting to the Ministry of healing. Laeticia Krumenacher doesn’t include healing rooms among the Healing Churches I have typified.
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Par régis Dericquebourg
I have devoted part of my research to religious therapy, circumscribing within the religious field a domain which I typified and called “Healing Churches”.
The first religions in my sample, Invitation to life and Christian Science, are Christian. The others are not: Antoinism stems from spiritism, Universal Alliance from Georges Roux’s followers and Scientology’s doctrines seem to belong to esotericism.
For this reason, my interest in spiritual therapy was oriented towards esotericism, in order to assess the case of therapy and psyche within this “form of thought”. Of course, esotericism is not a healing religion since it is not a religion.
Par Régis Dericquebourg
Témoin de Jéhovah. Encyclopédie catholicisme.Les Témoins de Jéhovah sont réunis dans une organisation qui s’appelle officiellement : La société de la Tour de Garde. Celle-ci est issue d’un schisme qui s’est produit en 1918 à l’intérieur du mouvement des Étudiants de la Bible constitué légalement aux États-Unis en 1884 par Charles Taze Russell, le fils d’un riche commerçant d’Alleghany élevé dans une l’Eglise presbytérienne, puis converti à l’Adventisme avant de fonder son propre groupe religieux. Son enseignement consigné dans les six volumes des Études dans les Écritures est essentiellement centré sur l’attente de la fin des temps dont la conception est originale : un conflit mondial entre le Travail et le Capital abolira tous les systèmes politiques et sociaux existants et débouchera sur le retour du Christ et le rétablissement du paradis terrestre. Après son décès, en 1916, le mouvement des Étudiants de la Bible a été dirigé par Joseph Franklin Rutherford (1869-1942).
Par Régis Dericquebourg
L’antoinisme est une religion de guérison implantée essentiellement en France et en Belgique, fondée par Louis Antoine. (7 juin 1846, Mons-Crotteux, Belgique – 25 juin 1912, Jemeppe-sur-Meuse, Belgique).
Ce dernier, issu d’ une famille catholique très modeste de la région de Mons (Belgique), a été houilleur puis métallurgiste. A quarante-deux ans, déçu par un prêtre qui ne fournit pas de réponses à ses questions existentielles, il s’initie au spiritisme et fonde un groupe spirite d’obédience kardeciste dont il devient la figure de proue. En pratiquant la médiumnité, il se découvre un don de guérison. Il écrit quelques opuscules destinés à faire connaître le spiritisme autour de lui. Peu à peu, il se démarque de ce dernier pour élaborer sa propre doctrine qu’il appelle l’enseignement moral puis le nouveau spiritualisme. Cette théodicée est contenue dans trois ouvrages : La Révélation d’Antoine le Généreux (1909), Le Couronnement de l’œuvre révélée (1909) et Le Développement de l’enseignement du Père (1910).
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Conférence prononcée à Genève – 2003
Par Régis Dericquebourg
En France, les rapports entre les religions et l’État sont soumis au principe de la laïcité. Ceci est le résultat d’une histoire qui selon la sociologue J. Baubérot est marquée par deux étapes.
Le premier fut le concordat. Voté le 8 avril 1802, il s’agissait d’ une convention entre le Pape et le gouvernement français. Dans cette convention, le catholicisme est reconnu comme la religion de la majorité des français et non plus comme la religion de l’État mais le pluralisme religieux est fondé en droit puisque deux tendances du protestantisme et, en 1808, le judaïsme sont reconnus dans une France qui, du point de vue religieux, se définissait comme catholique.
Dans les faits, le concordat a établi le régime des cultes reconnus qui sont à l’époque : le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme. D’autre part, le législateur reconnaissait à la religion une mission de service public bien que l’État et la société ne faisaient plus cause commune, chacun pouvant proposer une morale concurrente.
Le régime du concordat a duré un peu plus d’un siècle avant d’être remplacé par la loi de 1905 préparée sous la poussée des associations de libres-penseurs. Elle marque le seconde étape du processus de la laïcité.
Par Régis Dericquebourg
L’objet de cette consultation est de faire le point sur la Scientologie d’un point de vue sociologique.
La question posée est : la Scientologie est-elle une religion ? Et si oui, quel type de religion ?
Nous tenterons d’apporter des éléments de réponse. Nous décrirons aussi quelques aspects de la Scientologie telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui.
Le texte que nous avons rédigé est le fruit d’une étude de l’Eglise de Scientologie qui se poursuit. Elle a aboutit à quelques articles et à quelques contributions dans des colloques.
Notre présentation n’est ni polémique, ni apologétique.
Cette consultation ne peut donner lieu à un débat de fond sur la définition de religion. On peut toutefois s’accorder comme l’a fait Bryan Wilson sur un nombre minimum de caractéristiques que l’on trouve dans la plupart des religions. Il s’agit en somme d’une définition utile. Nous n’ignorons pas que cette perspective écarte provisoirement le débat sur la définition de religion que les nouvelles formes de religion imposent.
Par Régis Dericquebourg
L’homosexualité comme phénomène social in L’homosexuel(les) dans les sociétés civiles et religieuses, Strasbourg, Cerdic publication, 1985. pp 145-163.Il peut paraître étrange de présenter l’homosexualité comme un phénomène social. En effet, l’orientation dans le choix sexuel apparaît d’abord comme un phénomène psychologique personnel. Hesnard la définit de ce point de vue. « L’homosexualité consiste en une attirance érotique, préférentielle ou absolue, envers un partenaire sexuel de son propre sexe » et Haverlock Ellis, dans le chapitre : « L’inversion sexuelle» (1), débat de la question de l’orientation personnelle comme l’ont fait plus tard Hesnard dans sa Psychologie homosexuelle (2) et en partie H. Giese dans L’homosexualité de l’homme (3). Le problème étant celui des causes, différentes selon les auteurs. Mais en dehors du cas d’abstinence sexuelle, l’homosexuel a affaire à l’autre comme partenaire ou comme homophobe et, si l’on veut bien considérer que l’unité de base des phénomènes sociaux est le lien social ou l’interaction même, on fait entrer l’homosexualité dans l’ordre des phénomènes sociaux. Il n’est donc pas nécessaire d’inventer l’homosexualité en tant que réalité sociale, comme le fit Durkheim à propos du suicide lorsqu’il montre qu’un fait individuel isolé est aussi, au regard du sociologue, un fait social. Il suffit simplement de concevoir qu’il donne lieu à une multiplication d’interactions sociales. De toute façon, un fait individuel peut aussi être un fait collectif comme le montre S. Freud dans sa Psychologie collective et analyse du moi (4), lorsqu’il détruit l’idée qu’il existe une opposition profonde entre une psychologie collective et une psychologie individuelle en ces termes :
Par Par Régis Dericquebourg
Paru dans : Croyances et Sociétés, (Bertrand Ouellet et Richard Bergeron. Ed., Montréal, Fides, 1998. Pp. 79-102.Je me propose simplement de planter le décor d’une «guerre aux sectes» qui a lieu en France. Celle-ci a commencé il y a plus de 20 ans à l’initiative des groupes anti-sectes et elle a été relayée par une nébuleuse d’opposants aux groupes religieux minoritaires.
On l’a maintes fois signalé : la France fait exception dans la lutte contre les groupes religieux minoritaires. En effet, alors qu’en Occident celle-ci marque le pas (avec notamment la dissolution du CAN américain), elle reste vive en France et elle prend même actuellement de l’ampleur.
En présentant une série de constats, je privilégie la description. Je m’appuie sur une expérience de terrain vieille de 20 ans. J’ai utilisé des documents accumulés au fil des ans comme les décisions de justice, comme les articles de presse découpés par mes soins ou reçus de divers groupes religieux et conservés pour le cas où un étudiant voudrait bien faire une analyse de contenu sur la presse et les groupes religieux minoritaires.
Par Régis Dericquebourg
Paru dans Politico HermeticaDans nos travaux précédents, nous avons isolé un sous-ensemble du champ religieux minoritaire que nous avons appelé : mouvements religieux à vocation thérapeutique, Eglises de guérison ou tout simplement de religions de guérison(1). Ces dernières ont la particularité de placer au centre de leurs préoccupations le traitement spirituel de la maladie alors que dans les autres confessions les préoccupations de santé, quand elles sont présentes, ne sont que périphériques. Parmi ces dernières, nous pouvons citer l’exemple de l’Eglise catholique qui a des dévotions aux saints guérisseurs, des pèlerinages, des messes, une onction pour les malades mais ceux-ci restent secondaires par rapport à la recherche du salut de l’âme. Les premières rassemblent de multiples groupes religieux comme l’Antoinisme, la Science Chrétienne, Invitation à la Vie et l’Alliance universelle (dans la filiation des « disciples du Christ de Montfavet » . Dans chacun d’eux, nous trouvons la présence d’une religiothérapie qui passe par l’administration de médications spirituelles. Les religions à vocation thérapeutique fournissent aux sociologues un corpus d’interrogations très riche. L’une d’elles porte évidemment sur la fréquentation de ce type de religion dans une société où une médecine officielle à vocation scientifique s’est imposée et n’est plus fondamentalement remise en cause .
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