Sociologue des nouvelles spiritualités
Une étude de Régis Dericquebourg.
Parue sur le site du Cesnur (Cesnur.org)
La France compte trois millions de chômeurs, cinq cent mille sans abri ou sans domicile fixe ; en décembre, une dizaine de personnes sont mortes de froid dans la rue. Le nombre de repas distribués par les restaurants du cœur augmente sans cesse. Un français sur quatre n’a pas accès aux soins médicaux.
La France a le taux de violence au travail le plus élevé, elle compte beaucoup de zones d’ombre sur le travail des enfants (Le Monde du 22/23 novembre 1998). Les lycéens viennent de nous apprendre que leurs conditions de vies sont « paradisiaques « . Le niveau des collégiens est tel qu’un nombre croissant d’enseignants demandent que leur établissement soit classé en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Si leurs demandes et leurs revendications ne sont pas entendues, ils pourront toujours ronger l’os sectaire en faisant un projet éducatif aussi inutile que les précédents. Les banlieues flambent. La corruption politico-financière touche beaucoup de partis y compris les plus moralisateurs et ceux qui se donnent une image de chevalier blanc prêt à nettoyer la France. Le capitalisme a généralisé la précarité de l’emploi. Le politique s’efface devant l’économique.
Par Régis Dericquebourg
In quest’articolo accennerà alla terapia religiosa e alla guarigione spirituale. Mi riferisco non alle guarigioni miracolose conosciute nel cattolicesimo1, ma alla terapia spirituale dei mali fisici e psichici e anche delle sventure (perché in questo campo la malattia ha un significato esteso nel senso di infirmitas del medio Evo) che viene proposta da gruppi religiosi minori specializzati nella capacità religiosa di curare. La «Chiesa della Scienza cristiana», l’«Antoinisme», l’«Invitation à la Vie», i gruppi di preghiera di Maguy Lebrun e della Chiesa di Scientology che in una certa misura «curano» le malattie, l’Alleanza universale (ex chiesa cristiana universale di Georges Roux) ne sono degli esempi. In questi gruppi religiosi la guarigione non è considerata come un miracolo, che è un intervento eccezionale con il quale Dio ricorda di tanto in tanto agli uomini la sua presenza e la sua potenza per risvegliare la fede nei «tiepidi». È «semplicemente» il risultato dell’applicazione di una tecnica di meditazione che deve ben riuscire, come un medico che prescrive una posologia ritenuta efficace. In alcuni lavori precedenti2 ho descritto questi tipi di gruppi enumerando le caratteristiche che fondono al tempo stesso la loro specificità e che li differenziano da altri movimenti religiosi. Le cure spirituali in uso in questi gruppi sono la preghiera, il fluido, l’energia d’aurore, il cambiamento dei piani di coscienza, la riconciliazione con il proprio passato o con gli altri, la liberazione dei traumi della vita presente e delle vite precedenti.
Par Régis Dericquebourg
For many years, I have been studying a subset of the religious field that I have named healing religions or religions with therapeutic vocation or also healing Churches. I will give some examples later on.
Par Régis Dericquebourg
Paru in Archives de Sciences Sociales des Religions, n° 68/1-1989Les conduites et l’idéologie jéhovistes sont qualifiées de façons diverses et souvent contradictoires par leurs observateurs. On définit les Témoins de Jéhovah tantôt comme des révolutionnaires, tantôt comme des conformistes stricts. Dans le premier cas, les auteurs mettent l’accent sur leurs aspects « libertaires » en s’appuyant sur leur refus de participer au jeu politique et syndical, sur leur antimilitarisme et sur leur critique radicale des institutions inventées par l’homme. Ils prennent aussi en compte le fait que leur organisation est considérée par les régimes totalitaires comme une menace pour l’ordre établi et qu’elle dérange les gouvernements démocratiques sur certains points. À l’opposé, les seconds, plus sensibles à leur fidélité au style de vie des classes moyennes américaines ne voient dans ce groupe qu’une ramification de « l’american way of life ».
Un travail précédent (1) nous avait obligé à préciser l’attitude de ce groupe religieux envers « le monde ». À l’époque, nous avions conclu que la Société de la Tour de Garde (2) véhiculait une protestation socio-religieuse parfois radicale (3).
Régis Dericquebourg
Religion et santé sont intimement liées. Dans l’Antiquité grecque, les soins étaient placés sous les auspices d’Asclépios, dieu de la médecine devenu Esculape chez les Romains. Dans certaines sociétés traditionnelles, les chamans et les medecine-men, après avoir atteint l’extase par divers procédés exorcisent les patients et se rendent aux enfers pour arracher l’âme des malades aux Esprits ou aux démons. Ils la réintègrent ensuite, car la maladie est attribuée à une perte d’âme. La cure de ces thérapeutes passe donc par un contact avec le surnaturel et peut être considérée comme magico-religieuse. Les Eglises asiatiques, bouddhisme et hindouisme, proposent une extinction des souffrances et développent une médecine liée à leurs doctrines. On connaît le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières(1) pour les malades, ainsi que les dévotions populaires dans le catholicisme. Chez les protestants, les pasteurs peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. Aux marges de certaines Églises, le traitement spirituel est pris en charge par des groupes charismatiques.
Dans les chapelles orthodoxes, il n’est pas rare de voir des figurines métalliques représentant un organe, laissées en témoignage de sa guérison. Les Églises Indépendantes africaines (protestantes ou catholiques) qui ont la plus large audience sont celles qui ont créé en leur sein une fonction de thérapeute religieux, lequel est le plus souvent un sorcier converti au christianisme qui demande l’intercession de Dieu au lieu d’appeler les esprits des ancêtres(2).
Par Régis Dericquebourg
Dans le christianisme, le millenium est la période de mille ans qui suit la seconde venue du Christ sur la terre. À l’issue de ce temps, la résurrection générale aura lieu, le jugement dernier sera prononcé et les justes entreront dans le paradis éternel où il n’y aura ni famine, ni maladie, ni mort.
L’attitude millénariste correspond à une attente de l’établissement du Royaume de mille ans promis dans l’Apocalypse et s’achevant par le salut des « vrais croyants ». Généralement, cette attente s’accompagne d’hypothèses sur la date et la manière de sa venue. Actuellement, les Témoins de Jéhovah illustrent cette attitude.
Pour l’historien Norman Cohn, on peut « appeler millénarisme tout mouvement inspiré par la notion d’un salut :
a) collectif en ce sens qu’il serait l’apanage des fidèles en tant que groupe ;
b) terrestre, puisqu’il serait réalisé en ce monde et non pas dans un paradis extra-terrestre ;
c) imminent, devant se manifester à la fois bientôt et tout d’un coup ;
d) total car il doit transformer en son entier la vie sur terre et non pas simplement l’améliorer ;
e) surnaturel, puisqu’il ne se manifesterait pas par des moyens ordinaires ».(1)
L’Église Catholique a condamné l’attente du millenium (lors du concile d’Ephèse) après l’avoir attendu, considérant que la constitution de l’Église symbolise le millenium. Le temps de l’Église s’étend depuis la mort du Christ jusqu’à son retour et la résurrection des morts. Le Catholicisme a fourni une autre forme d’eschatologie : le salut individuel (jugement particulier) après la mort.
Social Compass, XXIV, 1977/1, 71-82
Régis Dericquebourg
Le Nord de la France1 a vu s’installer de nombreux mouvements religieux dissidents qui ont eu des audiences très diverses comme le montre ce tableau : 2
| A.U.C.M 3 | 10 membres |
| Quakers | 12 membres |
| Science chrétienne | 15 membres |
| Eglises du Christ | 40 membres |
| Amis de l’Homme | 50 membres |
| Eglise catholique libérale | 50 membres |
| Alliance des Eglises évangéliques Indépendantes | 80 membres |
| Adventistes | 100 membres |
| Mouvement missionnaire intérieur laïque | 210 membres |
| Assemblées évangéliques | 250 membres |
| Armée du Salut | 300 membres |
| Mormons | 585 membres |
| Baptistes | 785 membres |
| Antoinistes | 3 000 membres |
| Témoins de Jéhovah | 15 000 membres |
: Mélanges de Science Religieuse, XXXVIII, 1981, N°2, p.127-132.
Par Régis Dericquebourg
Les Témoins de Jéhovah se présentent au public de deux façons. La première est la manière dont se manifeste leur pratique sociale, qu’on ne peut cependant connaître effectivement qu’en les fréquentant assidûment ; la presse écrite et parlée nous en donne toutefois un écho à l’occasion de cas de refus de transfusions sanguines ou de cas d’insoumission à l’armée. Ces faits sont parcellaires et la presse ne saurait prétendre à donner une connaissance correcte du mouvement jéhoviste. Aussi les Témoins de Jéhovah ne seraient-ils connus que d’une infime partie des non-Témoins s’ils n’aimaient à faire connaître leur doctrine et leur mouvement grâce à une abondante littérature de leur crû : périodiques donnés gratuitement ou cédés à bas prix, livres bien reliés vendus à des prix modiques, tracts… Or, à travers cette seconde voie d’information du public, se dessine une définition du « Mouvement » 1 par lui-même, définition impliquée dans le discours et par rapport à laquelle en fin de compte le profane est amené à réagir.
Il nous a donc paru utile de consacrer une note à cette définition du mouvement telle qu’elle est véhiculée dans les textes jéhovistes à usage interne ou établis en vue de faire du prosélytisme. Nous l’avons dégagée d’une riche littérature accumulée au -cours des années que nous avons passées à observer ce groupe religieux. Cette définition comporte à notre avis sept traits que nous nous proposons de considérer un par un.
Régis Dericquebourg
InR. Dericquebourg ed. Points de vue sur la thérapie religieuse, Cahiers de la Maison de la recherche, N° 23, Villeneuve d’Ascq, Université de Lille 3-Charles De Gaulle, Cahiers de la Maison de la recherche, coll. Atelier.Cet article traite du salut dans cinq groupes religieux minoritaires qui placent au centre de leurs pratiques et de leurs croyances la thérapie spirituelle des maladies : La Science chrétienne, l’Antoinisme, la Scientologie, Invitation à la Vie et les Groupes de Prière de Maguy Lebrun.
Régis Dericquebourg
Les adeptes du Christ de Montfavet. Vers la résurgence d’un culte ou la transformation d’un groupe religieux minoritaire en un cercle de pensée ?,
Numéro 15 – février 2008.
L’Alliance Universelle se situe dans le courant des adeptes du Christ de Montfavet. Ce mouvement m’intéresse à double titre : d’abord parce que c’est un mouvement guérisseur, ensuite parce que l’Alliance Universelle est la troisième manifestation sociale de la spiritualité de Georges Roux dit « le Christ de Montfavet ». Elle succède à l’Église Chrétienne Universelle qui succédait à l’Agence Chrétienne d’Information, qui, elles-mêmes ont présenté différentes formes. Elle offre donc un exemple de recomposition interne d’un courant religieux. Je vais faire quelques remarques sociologiques à partir d’une étude en cours en m’attardant sur trois mutations dans le Rouxisme : celle de la carrière du fondateur, celles des recompositions du courant qui s’est créé autour de l’enseignement rouxien, celles des charismes qui légitiment ce dernier. En me centrant sur ces aspects, je suis conduit à écarter des questions intéressantes qui portent sur le contenu de la doctrine du fondateur, sur ses parentés avec d’autres mouvements religieux, sur le régime alimentaire préconisé et ses rapports avec l’histoire des régimes alimentaires de l’entre-deux-guerres et des années cinquante et sur celles du sens de l’universalisme religieux que revendique l’Alliance Universelle.
Georges Roux (1903-1981), l’employé des postes, l’artiste, le mystagogue et le prophète
Les adeptes du Christ de Montfavet ont été peu décrits. Du point de vue documentaire, seule une notice qu’on peut qualifier de travail sérieux (bien que bousculant parfois la chronologie) rédigée par Gérard Dagon, parue dans Petites Églises de France (1968) et un article de leur revue Messidor (donc ad Intra) sont à notre disposition. Pour le reste, quelques biographies (Cornuault, 1978) sont des caricatures qui font de G. Roux un personnage excentrique et controversé à cause de décès survenus dans son cercle de consultants. Elles ne permettent pas l’analyse sociologique. D’autre part, Georges Roux a évoqué son itinéraire spirituel qui s’étend de sa formation religieuse catholique jusqu’à sa vocation prophétique mais il s’agit d’une autobiographie mettant en perspective un cheminement spirituel. Il faut donc poursuivre le travail de Gérard Dagon. La seule aide dont je dispose pour l’instant est celle de Jacqueline Roux et de mon intermédiaire, un journaliste que j’ai sensibilisé à l’investigation sociologique. Il est difficile de leur faire parler de G. Roux car la thèse officielle est qu’en tant qu’homme, il n’est rien du tout et qu’il ne faut pas s’y attarder. J’espère trouver des informateurs qui ne soient pas seulement ad intra. Du point de vue du recueil des données, j’ai fait deux entretiens avec la fille du prophète, j’ai lu les ouvrages de G. Roux, j’ai assisté à l’une de leur assemblée dite « communion de l’esprit ». J’ai passé quelques jours à la « Préfète », l’habitation de Georges Roux aujourd’hui occupée par sa fille, où j’ai pu consulter sa bibliothèque.
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