Sociologue des nouvelles spiritualités
Social Compass, XXIV, 1977/1, 71-82
Régis Dericquebourg
Le Nord de la France1 a vu s’installer de nombreux mouvements religieux dissidents qui ont eu des audiences très diverses comme le montre ce tableau : 2
| A.U.C.M 3 | 10 membres |
| Quakers | 12 membres |
| Science chrétienne | 15 membres |
| Eglises du Christ | 40 membres |
| Amis de l’Homme | 50 membres |
| Eglise catholique libérale | 50 membres |
| Alliance des Eglises évangéliques Indépendantes | 80 membres |
| Adventistes | 100 membres |
| Mouvement missionnaire intérieur laïque | 210 membres |
| Assemblées évangéliques | 250 membres |
| Armée du Salut | 300 membres |
| Mormons | 585 membres |
| Baptistes | 785 membres |
| Antoinistes | 3 000 membres |
| Témoins de Jéhovah | 15 000 membres |
: Mélanges de Science Religieuse, XXXVIII, 1981, N°2, p.127-132.
Par Régis Dericquebourg
Les Témoins de Jéhovah se présentent au public de deux façons. La première est la manière dont se manifeste leur pratique sociale, qu’on ne peut cependant connaître effectivement qu’en les fréquentant assidûment ; la presse écrite et parlée nous en donne toutefois un écho à l’occasion de cas de refus de transfusions sanguines ou de cas d’insoumission à l’armée. Ces faits sont parcellaires et la presse ne saurait prétendre à donner une connaissance correcte du mouvement jéhoviste. Aussi les Témoins de Jéhovah ne seraient-ils connus que d’une infime partie des non-Témoins s’ils n’aimaient à faire connaître leur doctrine et leur mouvement grâce à une abondante littérature de leur crû : périodiques donnés gratuitement ou cédés à bas prix, livres bien reliés vendus à des prix modiques, tracts… Or, à travers cette seconde voie d’information du public, se dessine une définition du « Mouvement » 1 par lui-même, définition impliquée dans le discours et par rapport à laquelle en fin de compte le profane est amené à réagir.
Il nous a donc paru utile de consacrer une note à cette définition du mouvement telle qu’elle est véhiculée dans les textes jéhovistes à usage interne ou établis en vue de faire du prosélytisme. Nous l’avons dégagée d’une riche littérature accumulée au -cours des années que nous avons passées à observer ce groupe religieux. Cette définition comporte à notre avis sept traits que nous nous proposons de considérer un par un.
Régis Dericquebourg
InR. Dericquebourg ed. Points de vue sur la thérapie religieuse, Cahiers de la Maison de la recherche, N° 23, Villeneuve d’Ascq, Université de Lille 3-Charles De Gaulle, Cahiers de la Maison de la recherche, coll. Atelier.Cet article traite du salut dans cinq groupes religieux minoritaires qui placent au centre de leurs pratiques et de leurs croyances la thérapie spirituelle des maladies : La Science chrétienne, l’Antoinisme, la Scientologie, Invitation à la Vie et les Groupes de Prière de Maguy Lebrun.
Régis Dericquebourg
Les adeptes du Christ de Montfavet. Vers la résurgence d’un culte ou la transformation d’un groupe religieux minoritaire en un cercle de pensée ?,
Numéro 15 – février 2008.
L’Alliance Universelle se situe dans le courant des adeptes du Christ de Montfavet. Ce mouvement m’intéresse à double titre : d’abord parce que c’est un mouvement guérisseur, ensuite parce que l’Alliance Universelle est la troisième manifestation sociale de la spiritualité de Georges Roux dit « le Christ de Montfavet ». Elle succède à l’Église Chrétienne Universelle qui succédait à l’Agence Chrétienne d’Information, qui, elles-mêmes ont présenté différentes formes. Elle offre donc un exemple de recomposition interne d’un courant religieux. Je vais faire quelques remarques sociologiques à partir d’une étude en cours en m’attardant sur trois mutations dans le Rouxisme : celle de la carrière du fondateur, celles des recompositions du courant qui s’est créé autour de l’enseignement rouxien, celles des charismes qui légitiment ce dernier. En me centrant sur ces aspects, je suis conduit à écarter des questions intéressantes qui portent sur le contenu de la doctrine du fondateur, sur ses parentés avec d’autres mouvements religieux, sur le régime alimentaire préconisé et ses rapports avec l’histoire des régimes alimentaires de l’entre-deux-guerres et des années cinquante et sur celles du sens de l’universalisme religieux que revendique l’Alliance Universelle.
Georges Roux (1903-1981), l’employé des postes, l’artiste, le mystagogue et le prophète
Les adeptes du Christ de Montfavet ont été peu décrits. Du point de vue documentaire, seule une notice qu’on peut qualifier de travail sérieux (bien que bousculant parfois la chronologie) rédigée par Gérard Dagon, parue dans Petites Églises de France (1968) et un article de leur revue Messidor (donc ad Intra) sont à notre disposition. Pour le reste, quelques biographies (Cornuault, 1978) sont des caricatures qui font de G. Roux un personnage excentrique et controversé à cause de décès survenus dans son cercle de consultants. Elles ne permettent pas l’analyse sociologique. D’autre part, Georges Roux a évoqué son itinéraire spirituel qui s’étend de sa formation religieuse catholique jusqu’à sa vocation prophétique mais il s’agit d’une autobiographie mettant en perspective un cheminement spirituel. Il faut donc poursuivre le travail de Gérard Dagon. La seule aide dont je dispose pour l’instant est celle de Jacqueline Roux et de mon intermédiaire, un journaliste que j’ai sensibilisé à l’investigation sociologique. Il est difficile de leur faire parler de G. Roux car la thèse officielle est qu’en tant qu’homme, il n’est rien du tout et qu’il ne faut pas s’y attarder. J’espère trouver des informateurs qui ne soient pas seulement ad intra. Du point de vue du recueil des données, j’ai fait deux entretiens avec la fille du prophète, j’ai lu les ouvrages de G. Roux, j’ai assisté à l’une de leur assemblée dite « communion de l’esprit ». J’ai passé quelques jours à la « Préfète », l’habitation de Georges Roux aujourd’hui occupée par sa fille, où j’ai pu consulter sa bibliothèque.
Régis Dericquebourg
Dans la France des années 1960-1970, les médias et les hommes politiques se préoccupaient peu des sectes alors qu’elles étaient au moins aussi nombreuses qu’aujourd’hui et qu’elles attiraient plus de fidèles.
En une vingtaine d’années, les religions et les religiosités parallèles sont passées au-devant de l’actualité. Elles constituent un filon journalistique qui semble inépuisable1. Elles appartiennent au registre des indignations que le politicien normalement démagogue doit exprimer. Le discours médiatique devenu de plus en plus critique s’est ancré dans la représentation sociale des sectes2.
En effet, les problèmes sociaux ne tombent pas du ciel et ne sont pas des entités sui generis. Du point de vue épistémologique, on peut les considérer comme des fictions élaborées à partir d’une collection de faits choisis et reliés entre eux par des acteurs sociaux en fonction de leurs idéologies, de leurs intérêts, de leurs stratégies politiques ou économiques et de rapports de forces. Les problèmes doivent parfois plus à ceux qui les construisent qu’à la conduite des acteurs « problématisés » 3.
Lire l’article complet …
Par Régis Dericquebourg
PREAMBULE
J’étudie des groupes religieux minoritaires depuis une vingtaine d’années et lorsqu’on s’occupe d’un champ social, on n’est pas nécessairement indifférent aux réactions qu’il provoque. Nous nous plaçons sous le registre du conflit social. Dans le cas de l’étude des groupes religieux minoritaires, on est d’autant moins indifférent que l’on est pris à témoin par les fidèles ou que l’on est mis à l’index par les opposants aux sectes. On n’ignore pas non plus des faits comme l’affaire de l’Ordre du temple solaire1 ou comme les traitements rigoureux infligés aux jeunes gens de la communauté La Citadelle2 et sanctionnés par la justice pour ne citer que ces exemples.
Face à des réactions à chaud, il devient difficile de se faire une idée exacte. On cherche à relativiser. Les persécutions contre les sectes ont toujours existé. Les cathares ont été éradiqués du paysage religieux : les premiers Témoins de Jéhovah américains étaient enduits de goudron et de plumes et expulsés des villes. Quelques milliers de Témoins allemands ont été victimes du nazisme. Dans ses débuts, l’Armée du salut a été accusée de commettre les pires abominations. Les attaques actuelles contre les sectes dans les sociétés occidentales et pluralistes ne sont peut-être qu’un nouvel épisode du conflit entres les sectes et les sociétés. Chaque résurgence d’hostilité envers les groupes religieux minoritaires renvoie à un contexte spécifique.
Par Régis Dericquebourg
In Pour en finir avec les sectes, Paris, Dervy, 1996, pp. 255-260.
Et Quand j’ai étudié la Société de la tour de garde entre 1973 et 1979, celle-ci m’apparaissait comme le type même de la secte au sens sociologique, c’est-à-dire non péjoratif. Elle se calquait sur le type idéal troeltschien de la secte que Bryan Wilson développe dans la définition de ce type de groupement : 1) La secte est un groupe auquel on adhère volontairement, et qui se réserve le droit de refuser les postulants. 2) Ses adeptes doivent mériter par la qualité de leur conduite leur appartenance au mouvement et celui-ci se réserve le droit d’expulser le déviant. 3) La secte est exclusive car elle se considère comme un peuple à part. 4) Elle propose à ses fidèles un idéal de perfection personnelle. 5) Elle comporte toujours une forte proportion de laïcs. 6) Elle affiche une animosité ou du moins une indifférence envers le système social global et l’Etat. 7) Elle se considère comme un groupe élitiste et elle réclame de ses participants un engagement supérieur à celui exigé par les Eglises. 8) La secte exerce une emprise totalitaire sur ses membres. Elle tend à les maintenir « hors du monde » et leur dicte la conduite à adopter envers « le monde » 1..
Mystagogie et religions de guérison : Max Weber revisité
Régis Dericquebourg
Archives de Sciences Sociales des Religions janvier-mars, 113 (2001) 149-158
Max Weber évoque la mystagogie parmi les formes de la domination religieuse. Toutefois, il évoque celle-ci de manière succincte. L’essentiel tient en vingt-cinq lignes dans Économie et Société (1). À d’autres endroits, le mystagogue est le plus souvent cité à titre d’exemple, sans plus.
D’autre part, le type-idéal du mystagogue n’est pas livré avec la même clarté que celui du prophète, du magicien ou du prêtre. Il comporte de nombreuses lignes de fuites qui le rendent quelque peu difficile à cerner.
Dans cet article, nous tenterons de clarifier la notion de mystagogie chez Weber et nous envisagerons sa pertinence pour interpréter l’évolution de certains groupes religieux minoritaires à vocation thérapeutique (2).
Dans sa sociologie de la religion, Max Weber esquisse le type-idéal du mystagogue par une série de démarcations et de rapprochements avec celui du prophète, du magicien et du gourou.
Lire l’article complet …
Régis Dericquebourg : Les groupes religieux minoritaires : protestation, refus du monde et action humanitaire. In Bréchon et Duriez : Religion et action dans l’espace public, Paris, L’Harmattan, 2000? p. 75-87.
La théorie de la protestation socioreligieuse qui fut développée dans les années 1960-70 reste un outil utile pour analyser les rapports entre les groupes religieux minoritaires et la société ambiante. Le couple protestation (explicite ou implicite)-attestation permet toujours d’évaluer le discours et les pratiques des mouvements religieux d’une manière synchronique ou diachronique. Ainsi, on constate que les religiosités parallèles qui ont succédé à l’effervescence religieuse protestataire de la contreculture des années 1960-70 sont largement attestaires et qu’à l’intérieur de mouvements religieux qui véhiculaient une protestation, celle-ci s’est atténuée pendant les deux dernières décennies.
Dans cet article, nous présenterons trois groupes religieux minoritaires qui se situent différemment par rapport à la protestation, à la rupture avec le monde et au compromis avec celui-ci. Nous examinerons les liens entre ces phénomènes et nous nous interrogerons sur le choix de l’action humanitaire comme mode d’entrée dans l’espace public dans deux mouvements.
Par Régis Dericquebourg
Le cas des Témoins de Jéhovah. In (D. Casajus ed.) : L’excellence de la souffrance , numéro de Système de pensée en Afrique Noire ,EPHE-CNRS, 17, 2005, pp.91-120.
La réflexion développée ici se fonde sur ce qui est depuis longtemps notre champ de recherche : les groupes religieux minoritaires. Le cas examiné est celui des Témoins de Jéhovah, qui s’inscrit naturellement dans la problématique développée dans ce volume puisqu’ils insistent sur les souffrances endurées au cours de leur histoire. Nous ne nous en sommes cependant pas tenu à ce premier examen.
En effet, le lien que les Témoins de Jéhovah font entre leurs souffrances et les compétences qu’elles leur auraient permis de gagner repose sur des présupposés implicites qu’il nous a paru intéressant de considérer en eux-mêmes. Pour cela, nous avons réalisé auprès d’échantillons d’étudiants une série de tests visant à mesurer jusqu’à quel point ces présupposés étaient partagés. Or à notre surprise, nous avons constaté que ces étudiants ne les partageaient pas, mais qu’ils en avaient d’autres, les amenant à faire un lien, d’une tout autre nature, entre souffrance et compétence.
| L | Ma | Me | J | V | S | D |
|---|---|---|---|---|---|---|
| « avr | ||||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 |
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 |
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 |
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||