Régis Dericquebourg

On a beaucoup commenté les deux types de charisme proposés par Max Weber : le charisme prophétique et le charisme de fonction. Jean-Martin Ouedraogo a livré un récapitulatif raisonné et exhaustif(1) de leurs attributs en désignant les commentateurs qui ont mis en relief chacun de ces derniers. On peut les rappeler. Le premier, charisme personnel ou charisme plénier, se définit par rapport à deux critères fondamentaux indissociables : « la qualité extraordinaire (à l’origine déterminée de façon magique tant chez les prophètes et les sages, thérapeutes et juristes, que chez les chefs de peuples chasseurs et les héros guerriers) d’un personnage pour ainsi dire doué de forces ou de caractères surnaturels ou surhumains en dehors de la vie quotidienne, inaccessibles au commun des mortels »(2) et sa reconnaissance par des suiveurs. Le porteur d’un charisme personnel s’écarte de l’ordre du quotidien et favorise la création de liens sociaux. En principe, sa survie dépend d’une économie aléatoire (offrandes, mécénat…), et il doit prouver (magiquement, héroïquement) ses dons extraordinaires par des succès (apport de bénéfices matériels ou immatériels). Le charisme a un caractère révolutionnaire par rapport aux époques et aux institutions. Il est mal reçu par les administrations et les autorités en place à cause de son caractère protestataire. Son porteur dicte des exigences nouvelles. Du point de vue sociologique, il désigne un mode de domination qui est en même temps un mode d’obéissance(3) ainsi qu’un moteur du changement venant en temps de crise(4). Par principe, les sociologues et les politologues mettent en relief les conditions sociales du caractère innovant du discours prophétique, le processus social de son acceptation, les causes de la formation d’un mouvement de suiveurs et les transformations sociales qu’il produit(5). Le second type, le charisme de fonction, est impersonnel. Il correspond à « une qualité exceptionnelle reconnue par une institution qui la porte à plénitude par confirmation rituelle ; celle-ci fonde la légitimité du pouvoir auquel elle prétend faire accéder ceux qui l’ont reçue ; elle les oblige à reproduire les obligations articulées par l’institution, propriétaire du charisme de fonction ; ce dernier tire sa légitimité, en dernière analyse, de l’appropriation par une institution, d’un charisme personnel fondateur »(6).



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